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La paille se fait rare... Et pourquoi ne pas utiliser du miscanthus ?

Cette année, les rendements ont été plus faibles et déjà la paille se fait rare. Et si c’était l’occasion de réfléchir à l’implantation d’une parcelle de miscanthus au niveau de l’exploitation pour couvrir les futurs besoins des volailles ou des bovins ? Le point avec Cécile Goupille et Sébastien Guiocheau, conseillers à la chambre d’agriculture de Bretagne.

Si le miscanthus peut avoir plusieurs débouchés, paillage en horticulture, combustible en chaufferie, matériau de construction…, c’est son utilisation comme litière qui intéresse les éleveurs en cette année de faible rendement en paille. Même si son pouvoir absorbant est un peu plus faible, 2,3 à 2,8 fois son poids brut contre 3 à 4 fois pour la paille, c’est l’une des alternatives possibles, comme les plaquettes de bois, la sciure… "Mais essayez d’abord avec du miscanthus acheté avant de vous lancer dans la culture", indique Cécile Goupille, conseillère culture-agronomie à la chambre d’agriculture de Bretagne.

Plus riche en lignine que la paille, le miscanthus ne s'écrase pas et se tasse moins.

Une litière qui ne croûte pas

"La paille broyée ne me donnant pas entière satisfaction, j’ai planté trois hectares de miscanthus pour, à terme, être autosuffisant en litière pour mes dindes", explique Bertrand Thomas, éleveur à Plouégat Moysan. Implantée en avril 2018, la parcelle n’a pas encore atteint son plein potentiel de production. Et pour l’instant, l’agriculteur n’a utilisé le miscanthus que sur un lot de poulet. "Plus riche en lignine que la paille, le miscanthus ne s’écrase pas et se tasse moins", affirme Sébastien Guiocheau, conseiller bâtiment à la chambre d’agriculture de Bretagne. Il est aussi plus filtrant". Une analyse que partage l’éleveur. "La litière est plus fuyante et n’a pas croûté. Le miscanthus étant abrasif, les coussinets sont restés propres. Et je n’ai pas eu de soucis de pododermatite".
"Pour améliorer le pouvoir absorbant du miscanthus, on peut broyer plus fin", détaille Sébastien Guiocheau. Mais la poussière est irritante. "Et mieux vaut porter un masque au moment du paillage". S’il faut entre 3 et 5,5 kg de paille broyée au m² pour un lot de poulets élevés sur sol battu, les quantités de miscanthus devront être un peu plus élevées, 4 à 6 kg/m². "Pour un poulailler de 1 000 m², avec 7 lots par an, il faudra moins de miscanthus, 1,7 à 2,5 ha, que de céréales, 4,2 et 7,7 ha, calcule Cécile Goupille. Mais la densité n’étant pas la même, il faudra prévoir deux fois plus de volume de stockage".

 

Adapté à la litière malaxée

En élevage de bovins, le miscanthus peut être utilisé en aire paillée. "Mais aussi sur aire malaxée", rajoute Sébastien Guiocheau. Cette nouvelle technique, qui vient d’Israël, consiste à épandre une couche importante de litière, 20 cm au moins, en début d’année. Puis à malaxer la surface tous les jours, avec un engin à dents ou rotatif, pour offrir une surface plus sèche à l’animal. En cours d’année, en fonction des besoins, un ou deux apports supplémentaires seront effectués, la litière restant en place un an.
"Pour que ça fonctionne, il faut un bâtiment ouvert, ce qui aidera au séchage de la litière". Avec 7 à 15 m²/animal, la litière malaxée offre un bon confort à l’animal. Et allège le travail de l’éleveur, qui y consacre une dizaine de minutes par jour. "Mais pour le moment, on manque un peu de recul, indique Sébastien Guiocheau. Un test vient d’être mis en place dans le Morbihan". En logettes matelas, le miscanthus peut aussi être utilisé, mais en granulés émiettés ou en poudre, ce qui nécessite un achat extérieur.

miscanthus

En alimentation animale

Le miscanthus peut aussi être utilisé en alimentation animale. "J’en distribue à mes vaches, explique Michel Cueff, éleveur à Saint Jean du Doigt. Elles ruminent mieux. Et, contrairement à la paille, elles ne ne trient pas". "Mais il n’a aucune valeur alimentaire, rajoute Sébastien Guiocheau. Et il faut limiter la distribution à 500 gr/VL pour ne pas dé-densifier la ration".

 

Une implantation coûteuse

Si le coût d’implantation du miscanthus est élevé, 3 500 à 4 000 €/ha si l’on compte la préparation du sol, les plants et la main d’oeuvre, la culture reste en place une bonne vingtaine d’années. "Il faut bien choisir sa parcelle", insiste Cécile Goupille. Le miscanthus étant sensible à la sécheresse, la parcelle ne doit pas être séchante, tout en étant suffisamment portante pour une récolte en fin d’hiver.
Très clairsemée au départ, la culture met longtemps à s’implanter. Il faut donc prévoir un désherbage, chimique ou mécanique, en années 1 et 2.
Broyé sur place en année 1, le miscanthus voit son rendement augmenter au fil des ans, passant de 4 à 6 t MS /ha en année 2 à 8 à 13 tonnes en années 3 et 4 et 15 à 20 tonnes dès la cinquième année.

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