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Le cidre dans la tourmente

"Nous avons perdu 84 % de notre chiffre d’affaires au mois d’avril". Constat sans appel pour Didier Nicol qui avec ses deux frères, Pascal et Jean-Michel, conduisent avec neuf salariés, le verger de 12 hectares et la cidrerie artisanale et familiale sur la presqu’île de Rhuys. Une production patrimoniale et un secteur fragilisé qui ne veulent pas être oubliés.

Comme bon nombre de producteurs de cidres en Bretagne, Didier et Chantal Nicol sont très impactés par la perte des marchés en crêperies et restauration.

800 000 bouteilles de cidre artisanal, dont 100 000 fermier (issu des pommes de la ferme), sortent des chais de la cidrerie familiale Nicol à Surzur (56). Des cidres primés, or et feuille de chêne, l’excellence du concours général agricole. "Tout a basculé le 13 mars avec la fermeture des crêperies et restaurants. On a mis nos neuf salariés au chômage après avoir continué en mars à embouteiller un peu. Tout s’est arrêté début avril". Un crève-cœur pour ce producteur tributaire de la politique commerciale que bon nombre des 54 ateliers cidricoles de Bretagne, avec les 200 producteurs de pommes qui leurs sont associés, ont choisi. "Depuis toujours, nous privilégions les crêperies, restaurants, bars et épiceries du terroir, pour 70 %, très peu en GMS et que très localement", relève-t-il. Quant aux 30 % restants ? Ils sont distribués en vente directe à la ferme ou à la maison du cidre du Hezo que dirige son épouse, Chantal Nicol. "Mais le cidre n’est pas un bien de première nécessité. Une grande partie de notre clientèle était confinée chez elle". Et ce ne sont pas les ventes faites sur appels téléphoniques à la maison du cidre et son musée - clos - ou sur le net, à peine 10 % du chiffre d’affaires habituel en vente directe, qui modifient la donne.

Il faut sauver la profession

Aider à un nouveau départ
Avec la perspective d’une saison touristique en demi teinte, l’incertitude quant aux dates de réouverture des restaurants, l’annulation des festivals et fêtes locales qui "n’augurent pas d’un redressement des ventes", c’est l’heure de l’après confinement. "Le 11 mai, est un nouveau départ". Une partie de la solution viendra de la vente directe. Fragilisées par les méventes, les cidreries risquent la double peine "avec un marché encombré d’un excédent impossible à écouler. Il faut sauver la profession", défend Didier Nicol, également vice-président de l’Union nationale interprofessionnelle cidricole. Pour lui, hors de question "de ne pas honorer les contrats que nous avons avec nos collègues agriculteurs apporteurs de pommes, on ne veut pas les mettre en difficulté". Exclue des mesures d’urgence mises en place par l’Union Européenne, la profession cidricole s’est invitée la semaine passée à la réunion interministérielle avec les secteurs du vin et de la bière. Elle a réclamé aussi des mesures de soutien rapides : "l’exonération des charges salariales et patronales comme pour la restauration, le dégagement de 200 000 hectolitres de cidre pour la distillation d’alcool industriel pour les besoins en gel hydro-alcoolique". Soit pour la cidrerie de Rhuys, 30 % des 7 000 hectolitres d’excédent impossible à passer en totalité en vinaigre. Sans compter "la destruction de 100 000 tonnes de pommes à l’automne". Car la récolte s’annonce prometteuse. "En trente ans, je n’ai pas vécu de telle crise. Pour les entreprises déjà en difficulté, ça va être très dur. On va faire le dos rond. On voyait arriver une nouvelle clientèle, jeune, intéressée par un cidre de qualité. Il nous faut tout recommencer".

 

Recul de l'activité chez Loïc Raison

Chez Loïc Raison, entreprise basée à Domagné (35), l'effet du confinement s'est aussi fait ressentir dès la fermeture des bars et des restaurants. "Si l'activité s'est maintenue dans les GMS, on estime en revanche un recul de nos ventes de 30 % sur le marché de la RHD", estime Gurvan Protche, directeur du site. Cette baisse des ventes s'est accompagnée d'une baisse d'activité sur le conditionnement, mais ce qui inquiète le plus le directeur, ce sont les stocks de jus qui sont encore dans les caves, alors que la prochaine récolte ne va pas tarder. "Les grossistes n'ont pas encore fait leurs stocks pour cet été", souligne encore Gurvan Protche, qui espère que l'activité va redémarrer rapidement pour ne pas compromettre davantage l'entreprise. Pour venir en aide à la filière, un courrier a été envoyé avec l'interprofession au ministère, mais pour l'instant rien n'est acté. "Si on ne perd "que" deux mois, ça va tenir, par contre, si on ne reprend qu'après la mi juillet, la situation va devenir critique", conclut-il. / Arnaud Marlet

 

Repères

Sources : maison cidricole de Bretagne et Unicid

- En France, marché domestique : 60 % en GMS, 40 % hors domicile et vente directe. Au marché domestique (88 %), s’ajoutent 12 % d’exportations.
- Actuellement, arrêt quasi complet des ventes en circuit local, 20 % de pertes en grande distribution, arrêt des exportations.
- En Bretagne, perte moyenne de chiffre d’affaires 43 % en mars, 71 % en avril.

 

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