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Le porc dans la tourmente des crises sanitaires et des charges en hausse

L'année 2019-2020 a soufflé le chaud puis le froid sur la production porcine. Après l'embellie des années précédentes, le filière renoue avec la crise. Cerfrance Côtes d'Armor à l'occasion de ses assemblées locales projette sur 2021 un scénario compliqué entre hausse de l'aliment et prix du porc bas.

2021 s'annonce par une baisse des résultats économiques dans les prochains mois.

Année noire, 2020 a déstabilisé la filière porcine : la pandémie au 1er semestre 2020 a désorganisé le travail dans les abattoirs et perturbé les enlèvements de porcs en Bretagne mais aussi dans le reste du monde. Avec la fermeture de la restauration hors foyer, les problèmes de logistique, la contamination des salariés des abattoirs en Allemagne ou aux USA... "La planète porcine a été chamboulée", indique Georges Douguet dans une présentation de la conjoncture porcine à l'occasion des Locales Online de Cerfrance Côtes d'Armor en février. La Chine en a profité pour mettre la pression sur ses différents clients. Et puis un autre virus, une autre crise sanitaire s'est adjointe à la première, la fièvre porcine africaine (FPA), qui s'est étendue de la Pologne à l'Allemagne au second semestre. Là les conséquences ne se sont pas faites attendre avec la fermeture immédiate des frontières aux exportations vers l'Asie - Chine, Corée, Japon - suivie d'une crise en cascade dû à un marché désorganisé en Europe et de la baisse générale du prix du porc en Europe.

 

L'Espagne sort gagnant

Cela fait suite à une année 2019 exceptionnelle où des sommets ont été atteints par des prix les plus élevés depuis 20 ans. Le pic sur 12 mois à fin avril 2020 a même grimpé jusqu'à 1,58 €/kg au marché du porc breton. Une euphorie de courte durée puisque la baisse ensuite s'est enclenchée pour atteindre une moyenne annuelle de 1,385 €/kg. Et début 2021, le prix poursuit encore sa baisse.
En Allemagne, la crise FPA induit une forte baisse de 6 % des abattages sur un an. Le poids des animaux augmente avec un stock sur pied estimé à près d'un million de porcs dans les porcheries. "L'abattage des truies a progressé et devrait faire baisser la production dans les prochains mois", indique Georges Douguet.
Quid de la production en 2021 ? Selon les estimations de l'Ifip indique le spécialiste, les prochaines années - compte tenu des crises - tendraient vers une baisse de la production en Europe, à l'exception de l'Espagne et de la Roumanie.
En 2020, l'Union Européenne reste le premier fournisseurs de porcs vers la Chine avec 53 % des exportations. Le "grand gagnant est l'Espagne" qui a vu ses exportations bondir de 47 % quand la France a réduit globalement ses exportations de 4 % sur 10 mois l'année passée (mais pas sur la Chine qui progresse de 24 %). Georges Douguet alerte "notre dépendance à la Chine est aussi notre talon d'Achille".

 

Des charges en hausse

Une hausse de l'aliment est attendue sur 2021 qui a déjà démarré fin 2020 (vers 267 €/T en décembre) après une année quasi stable. "Le prix de l'aliment devrait augmenter dans les prochains mois et le ciseau prix de l'aliment - prix du porc devient très défavorable pour les producteurs". Reste une fois de plus l'atout du levier technique, en progrès, grâce à une productivité en hausse depuis deux ans (+ 0,5 - + 0,6 porc/truie) ; à un indice de consommation à 2,76 au plus bas en 2020 et à un alourdissement des porcs (+ 4 kg par porc en 10 ans). "La productivité et l'alourdissement permettent de maintenir la production en Bretagne", note le spécialiste.
Au final, l'année 2020 se découpe en deux extrêmes : la marge brute par truie des clôtures comptables du premier semestre atteint un niveau exceptionnel pour diminuer au second semestre. Au final, l'année 2020 reste bien à l'équilibre. Une situation qui se confirme au travers du solde de trésorerie des élevages, qui ont connu entre 2016 et 2020, 4 années sur 5 dans le vert. Cette situation favorable depuis 5 ans a permis aux élevages de reprendre les investissements et de mieux résister à la crise présente. "5 à 10 % des exploitations restent fragiles", remarque toutefois Georges Douguet.
2021 annonce une nouvelle période de crise et de baisse des résultats économiques dans les prochains mois pour les éleveurs toujours sous le joug de l'impact des crises sanitaires et de la crise économique. Les négociations annuelles avec la distribution montrent toute la difficulté à négocier des prix acceptables pour l'ensemble de la profession agricole dans un tel contexte. Dans ce paysage, l'élément positif est que la demande de la Chine reste dynamique.

 

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