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L’EARL de Kerantourner, 35 t de CO2 stockées

Quel est l’impact de leur ferme laitière en matière d’émissions de gaz à effet de serre, GES ? Cette question, la famille Guillemin engagée en bio à Cléguerec (56), l’a posée, réalisant un "self CO2" pour chiffrer l’empreinte. Ce sujet a réuni le groupe lait bio Ouest de Res’agri pays de Pontivy.

Un grand panneau résume la démarche d’évaluation des émissions de CO2 entreprise voilà cinq ans par la famille Guillemin.

"On voulait savoir où on en était", résume Dominique Guillemin dont la démarche avec son épouse Marie-Madeleine, et leur fils, a fait l’objet d’une des portes ouvertes bretonnes Innov’action en 2017. "La moyenne en France des émissions brutes de GES des exploitations laitières est de 1 kg équivalent CO2 par litre de lait produit, soit
0,93 d’empreinte carbone nette en soustrayant le stockage du carbone via les pratiques, les haies, les prairies..."
, situe Tom Duperret, conseiller lait de la chambre d’agriculture. Pour répondre au groupe lait bio Ouest qui ambitionne la création d’un GIEE sur le sujet, Tanguy Bodin, référent climat de la chambre d’agriculture de Bretagne a lui aussi pris place au milieu de la table d’alimentation des 75 montbéliardes. Là, un grand panneau résume la démarche d’évaluation des émissions de CO2 entreprise voilà cinq ans par la famille Guillemin.

 

Se situer

Partant de ce kilo équivalent CO2, réduire de 20 % ses émissions, (ce que la ferme expérimentale de Trevarez a cherché à atteindre, lire page 23), c’est parvenir à 0,8 kg brut de CO2/litre de lait, soit se situer parmi les 10 % meilleurs. "Ici, nous étions lors de la réalisation du diagnostic de l’atelier lait, à 0,83 eqCO2/l net", pointe Dominique Guillemin, éleveur, indiquant à l’aide d’un curseur, très proche du vert, mais au tout début du orange, où se situe l’EARL de Kerantourner sur l’échelle graduée et colorisée, allant de 0,6 eqCO2/l en vert à 1,2 en rouge... "Ici, on est plutôt très bien" (voir repères ci-dessous) conforte Tanguy Bodin. Des 70 ha de la ferme, 70 sont pâturables pour les 75 laitières et la suite qui donnent en moyenne, 6 600 kg de lait.

 

Des pratiques et leurs impacts

L’intérêt d’une telle démarche ? "Se situer. Ce diagnostic est global plutôt pour l’atelier laitier, on rentre toutes ses pratiques, les intrants et l’alimentation. Sur cette ferme, les 63 g de concentrés distribués par litre de lait produit, contribuent à hauteur de 2 % des émissions de CO2 quand la moyenne française est à 16 % sur la donnée intrants alimentation". Et d’inventorier les données prises en compte. A l’époque, la fermentation entérique des vaches laitières pesait pour 64 % des émissions de l’atelier lait contre 50 % de la moyenne française, car le reste des postes, fuel, aliments, fertilisation, sont très bas..."Les vaches pâturent 245 j". Les effluents comptent pour 20 % des émissions (contre 18 % en moyenne), la fertilisation azotée pour 8 % (contre 11 %) et l’électricité et le carburant pour 6 % (contre 5 %).

 

Là où se stocke le C02

Aux émissions brutes, vient se déduire le stockage carbone apporté par les 70 ha de prairies, les 4,5 km de haies en partie replantées, le bois… qui permet d’obtenir, une fois divisé par le nombre de litres de lait produits, l’émission nette. Se situer permet ensuite d’actionner les leviers qui peuvent l’être : "on continue à planter des haies, on insémine en semence sexée pour être précis sur le renouvellement et ne pas avoir trop d’animaux à élever, ni trop d’improductifs, l’âge au premier vêlage est de 28 mois…", inventorient les éleveurs qui ont déjà l’impression de bien faire : "on nourrit presque 2 000 personnes, on stocke 35 tonnes de carbone par an", notent-ils avec une pointe de fierté, sans compter l’entretien de la biodiversité sur les pâtures talus, haies et bois...

 

La prime aux mauvais élèves ?

Pour réduire les rejets, compenser les émissions par du stockage, de nombreux leviers existent sans dégrader les résultats technico-économiques, voire en les améliorant. Notamment "par du gain de temps, élever une génisse en trop, c’est 18h d’astreinte et des charges opérationnelles en plus", rappelle Tanguy Bodin. Se situer est donc essentiel pour ensuite faire jouer des leviers adaptés à la situation de son exploitation. C’est tout l’enjeu de la création du groupe GIEE qu’ambitionnent les membres du groupe lait bio Ouest de Res’agri Pays de Pontivy. Sans s’illusionner non plus sur l’émergence du marché carbone. Car ce qui est vendu, c’est le carbone économisé, ce à des émetteurs qui s’achètent ainsi une neutralité. Sur un marché de 30 euros par tonne, l’EARL de Kerantourner, malgré ses efforts de longue haleine, pourrait espérer environ 1 000 euros de vente de carbone stocké. Ce que les membres du groupe estiment n’être "qu’une prime aux mauvais élèves, plus tu pars de bas, plus c’est rentable mais ça n’encourage pas ceux qui font déjà bien", regrettent-ils.

 

Repères

- La moyenne nationale d’émission nette de CO2 est de 0,93 kg eqCO2/l de lait.
- La moyenne bretonne : 0,85 eqCO2/l.
- À l’Earl de Kerantourner : 0,83 eqCO2/l.
- Les 10 % meilleurs en France ont des émissions brutes inférieures à 0,8 eqCO2/l.

 

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