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Mon installation : mon regard après trois années

Bien que fils de producteur de porc, Antony, en suivant un BTS "assistant de gestion de PME-PMI", ne se destinait pas à travailler dans l’agriculture. À l’issue de sa formation, il profite d’un job d’été pour travailler dans un Gaec en production porcine à Bazouges la Pérouse afin de remplacer un salarié en arrêt de travail. Il poursuit son salariat en prenant d’abord en charge le suivi du naissage puis deviendra responsable de l’élevage. À 30 ans aujourd’hui, Antony a repris seul cet élevage de 440 truies naisseur engraisseur et 136 ha SAU de cultures valorisés par l’atelier porc. Il a recruté trois salariés. Sans diplôme agricole, son expérience lui a permis d’obtenir une reconnaissance de la capacité agricole et de bénéficier des aides à l’installation. Près de trois ans après son installation, Antony Lemonnier nous livre son expérience.

Antony Lemonnie, éleveur de porcs.

Quels ont été les points clés dans la préparation de votre installation ?

Anthony Lemonnier. J’ai bénéficié du soutien des cédants et de mes parents qui m’ont aidé dans ma réflexion et dans mes démarches avec mes partenaires. Que ce soit avec les propriétaires fonciers, avec le groupement, les artisans, les banques ou les administrations, c’est bon de se savoir aidé et de partager ses idées. L’accompagnement de la chambre d’agriculture avec mon parcours 3P a permis de planifier les différentes démarches et de construire mon projet sous toutes ses dimensions. Il faut plus d’un an pour tout organiser. Nous avons bâti avec ma conseillère installation le projet technique, humain et financier à présenter aux financeurs et à l’administration. Son regard critique et neutre m’a permis d’adapter mon projet, de respecter les procédures et les délais. Nous avons sécurisé le projet et identifié les enjeux. Cet appui m’a beaucoup rassuré. Je le recommande et je maintiens encore aujourd’hui le contact avec ma conseillère sur des thématiques très variées.

Quelle est la partie la plus difficile dans votre métier ?

A L. La gestion administrative : je consacre plus d’un jour par semaine au travail administratif ! Ma formation est un réel atout dans mon organisation. Je planifie l’organisation du travail, je suis mes différents dossiers (comptabilité, contacts avec l’administration, la MSA, la banque, le groupement…), j’analyse mes résultats. J’adore faire des budgets partiels, tester et mettre en place mes choix. C’est là que je m’épanouis le plus et me sens libre et fier d’être agriculteur.

Envisagez-vous de vous former ?

A L. Oui, j’ai besoin de me former, tout d’abord au métier d’éleveur car je n’ai pas eu de formation spécifique, j’ai tout appris sur le tas et il y a toujours à apprendre. Mais également en connaissance culture où j’ai des lacunes et enfin à la gestion du salariat. Mes salariés ont chacun une liberté d’organisation sur leur poste et des horaires souples mais je m’aperçois que mes aptitudes managériales ne suffisent pas. J’aimerais savoir comment les motiver, être à leur écoute, identifier les informations à leur communiquer tout en gardant une posture de chef d’exploitation.
Je n’ai jamais suivi les cultures chez mes parents et cette partie, je suis contraint de la déléguer. J’aimerais identifier les orientations à prendre et anticiper les nouvelles réglementations.
On m’a parlé d’une formation sur la communication grand public, je suis tenté de la faire car je suis parfois attaqué sur le mode d’élevage de mes porcs ou les traitements cultures et je ne me sens pas armé pour répondre à ces attaques. Il faut tout le temps se justifier.
Enfin j’ai hâte de démarrer ma participation dans un groupe d’échange Ceta porcs. Je me dis que je vais me former dès que les travaux seront finalisés. Il va falloir que je m’impose ces formations. Partager des expériences avec d’autres éleveurs, c’est essentiel et j’en ai besoin.

Comment jugez-vous vos conditions de travail ?

A L. Les journées sont assez rythmées de 7h30 à 19h30 en général. J’évite le travail à la maison mais il est vrai que le professionnel a tendance à empiéter sur le privé. Je mange tous les jours de la semaine avec mes parents, ça me permet d’échanger et d’avoir un regard extérieur sur mes projets. Depuis mon installation, je ne travaille qu’un week end sur trois et je n’ai quasiment pas pris de congés. Ça ne me manque pas mais je viens d’être papa et je sais qu’il va falloir que je reconsidère mon organisation. J’y suis prêt. J’ai envie de voir mes enfants grandir alors je vais trouver ce temps.
Je vais poursuivre la mécanisation de certaines tâches, cela nous fera gagner du temps et diminuer certaines pénibilités. C’est une condition pour maintenir les salariés et prévenir les soucis de santé. J’ai aménagé des douches et une salle de pause pour les salariés et recevoir les techniciens. Enfin, la conduite en sept bandes a été maintenue car elle est plus régulière en terme de travail et permet de laisser du temps à l’entretien. Les périodes difficiles restent celles des travaux.

Vous avez bénéficié d’un prêt d’honneur à votre installation, qu’est-ce que cela vous a apporté ?

A L. Effectivement, la conseillère de la chambre m’a recommandé ce financement. J’ai eu un prêt de 50 000 € avec le soutien d’Initiative Bretagne et de la Région. Ce prêt à taux zéro avec un différé de remboursement de trois ans était un véritable plus pour mon projet. Pour la banque, c’est un apport qui renforce mes capitaux propres. Le différé m’a permis de ne pas avoir à le rembourser pendant trois ans. Il faut rappeler que je me suis installé avec un prix du porc à 1,18 €. Je suivais ma trésorerie au plus près ! Ensuite j’ai bénéficié d’un parrain, il m’appelle régulièrement, on échange sur différents points et il me donne quelques conseils. Ma formation et ce contact me renforcent dans l’idée qu’il faut qu’on sorte de notre mode de pensée agricole, il y a des idées à tirer des autres professions.

Quels sont vos projets ?

A L. J’ai plein de projets, principalement de rénovation, je les priorise en fonction du retour sur investissements sur l’efficacité de la main d’œuvre et les performances donc l’économie. Je veux maintenir mon outil en bon état, la prochaine étape sera la rénovation des maternités. Je souhaite refaire les nids à porcelets et repousser de quelques années la durée de vie des cases avant d’être contraint de les changer. J’envisage également des aménagements afin de gagner du temps et faciliter la manutention des animaux.

Le contexte sanitaire et de baisse de prix ne vous effraient pas ?

A L. Si forcément, je sais que nous aurons des jours meilleurs, je reste prudent dans chacun de mes investissements et dans la gestion de ma trésorerie. Je travaille à l’amélioration des performances et du sanitaire pour conforter la situation sanitaire. Nous travaillons avec le vétérinaire à l’optimisation des vaccinations et à la certification progressive de l’élevage vers une production de porcs sans antibiotique mais nous n’y sommes pas encore prêts.

Si c’était à refaire, que changeriez-vous ?

A L. Pas grand-chose si ce n’est de travailler dans d’autres élevages afin de se former au mieux. Mais il y a encore quelques années je n’avais pas prévu de revenir dans le domaine agricole et cela s’est fait très vite ensuite. Même si j’ai travaillé dur depuis mon installation et que j’ai démarré dans un contexte de prix défavorables, je suis satisfait des résultats et de mon métier. Mon parcours à l’installation m'a aidé à bien analyser les choses, à rester prudent. Je bénéficie d’un suivi et je contacte régulièrement ma conseillère à l’installation de la chambre d’agriculture pour faire le point. Il faut rester ouvert et à l’écoute de ses partenaires qui peuvent nous aider. Et enfin, j’ai le soutien de mes parents.

 

 

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