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Une cooperative laiterie sur Belle-île-en-Mer : un phare à l’horizon ?

Depuis plusieurs années maintenant, une poignée d’hommes et femmes se sont lancés dans un projet collectif ambitieux, à la hauteur de l’unicité de leur "bout de terre", à l’extrémité du Golfe du Morbihan : créer une coopérative laiterie sur Belle-Île-en-Mer. Une aventure, non sans vagues, qui devrait, ils l’espèrent, permettre de valoriser le bon lait des vaches insulaires.

Environ 500 vaches laitières paissent dans les prairies battues par les vents marins de Belle-Île-en-Mer. Elles produisent annuellement environ 2,5 millions de litres de lait, qui partent chaque jour sur le continent. Prenant le chemin inverse, 90 % des produits laitiers transformés sont ainsi importés pour un volume de lait équivalent à celui produit sur l'île... "Une hérésie économique et écologique", que les agriculteurs de l’île entendent bien contrebalancer.

La genèse du projet

À Belle-île-en-Mer, restent aujourd’hui neuf éleveurs laitiers, dont huit livrent à Lactalis. Pas moins de 8 000 l de lait transitent ainsi quotidiennement, par bateaux et camions pour rejoindre le continent et l’usine de Pontivy. Les frais de cette collecte semi-maritime s’élèvent à 75 000 € par an. Une somme endossée par la communauté de communes. En 2014, suite à la fin des quotas, le CPIE*, en partenariat avec la chambre d’agriculture, entame avec les agriculteurs insulaires, un travail de réflexion pour définir les problématiques agricoles principales de Belle-Île, élaborant des plans d’action. Mais c’est en 2016, que tout s’accélère : "Nous avons eu un déclic, nous avons connu une très bonne année, les vaches ont produit beaucoup plus de lait que prévu, nous devions, pour certains, jeter une partie de notre production, et je peux vous dire, ça fait mal au cœur", se remémore Patrick Canevet, agriculteur sur Bangor. Ainsi, de réunions en rendez-vous bout de champ, l’idée de valoriser le lait sur l'île émerge. L’objectif pour eux : "mieux vivre de notre production et de ne plus subir les variations du prix du lait", explique l’éleveur.

La machine est en route

Un dossier d’AEP** est alors déposé afin d‘obtenir un financement pour que les agriculteurs avancent dans leur réflexion. Ils ont ainsi pu visiter sur le continent,  des éleveurs qui transforment eux-mêmes leur lait en produits laitiers, pour en savoir davantage sur leur façon de s’organiser, les avantages et les inconvénients. De plus, avec l’appui de l’Inra et d’Agro-campus Ouest, les éleveurs ont pu tester de transformer leur lait en fromage et évaluer la qualité des produits. Mais très vite, ils réalisent que la transformation laitière est très énergivore. "Nous n’étions pas formés pour ça et cela représentait une trop grande charge de travail supplémentaire de transformer tout notre lait nous-mêmes", explique l'éleveur d’une quarantaine de vaches et d’une centaine de brebis à l’ouest de l’île. "Pourtant, nous ne voulions pas abandonner", ajoute-t-il. Ainsi en 2018, "nous avons lancé une étude de marché et étudié la faisabilité économique d’une laiterie, c’est à ce moment-là que je suis arrivée", complète Mary-Anne Bassoleil, alors employée au CPIE, comme stagiaire pour son mémoire de fin d’études. "Il y avait de la demande pour des produits laitiers locaux, cela valait le coup de se lancer", ajoute-t-elle. Et en effet, "avec notre lait, nous arriverions à peine à produire le beurre suffisant pour tous les habitants et les gens de passage sur l’île, en une année", illustre Patrick Canevet.

Derrière un projet… des hommes et des femmes

Épaulés par une équipe de conseillers de la chambre d’agriculture dont Pascale Guillermic, conseillère lait, Pierre Toullec, conseiller spécialisé en urbanisme et Olivier Guiguen conseiller en fiscalité/société, mais aussi Mary-Anne Bassoleil, qui a par la suite été embauchée au CPIE, un groupe de trois exploitations s’agrège : Yves Caro et Geneviève Clech, de la ferme le Pavillon ; Patrick et Soazic Canevet de la ferme du Domois ; Xavier et Bernadette Samzun, de la ferme de Borticado. "Ensemble, nous avons décidé que ce serait une aventure coopérative. Nous portons beaucoup d’importance à rester propriétaires de notre atelier de transformation, et garder la main sur la production et le prix du lait, d’où notre souhait de former une coopérative", souligne-t-il. Ainsi, en 2019, les recherches sont lancées afin de trouver un associé pour venir en appui sur la partie technique fromagère. C’est ainsi qu’en fin d’année, Christophe Pingault, maître fromager, fort d’une longue expérience dans le domaine, entre dans l’aventure. À terme, le projet permettra l’embauche de sept salariés et de valoriser les 2,5 millions de litres de lait produits sur l’île (auxquels il faut retirer les laiteries indépendantes). "Mais dans un premier temps, l’objectif est de valoriser 250 000 à 300 000 l de lait des agriculteurs pionniers du projet. Puis, d'intégrer progressivement les autres exploitations", projette la jeune femme.

La réalisation se fait attendre

Toutes les conditions semblent réunies pour lancer le projet. Financièrement, celui-ci est soutenu par la région grâce au Feader*** et validé par les banques. Mais aujourd’hui, il manque un dernier élément et non les moindres : un lieu pour pouvoir y construire l’usine. La communauté de communes a proposé un terrain basé sur l’une des zones d’activités, mais des questions de traitement des eaux et de réglementations restent encore en suspens. Une autre piste, cette fois auprès d’un propriétaire privé, est parallèlement étudiée. "Celui-ci attend toujours les accords, et les délais d’instruction risquent d’être encore longs avant de voir l’usine sortir de terre", explique Mary-Anne qui souhaiterait un démarrage en 2022. D’autant qu’un autre projet de laiterie est en train de voir le jour. "Une personne, qui souhaite acheter du lait et transformer elle-même", explique l'éleveur. De quoi semer la confusion parmi les élus. Pour autant, le collectif d’agriculteurs attend aujourd’hui un soutien de la part de la collectivité. "Un projet comme celui-ci est important pour le dynamisme de l’île et confortera l’agriculture et l’attrait des nouvelles générations, (…) c’est quand même triste de voir nos jeunes partir", insiste Patrick Canevet.

*Centre d’initiatives pour l’environnement. **Agriculture écologiquement performante.
*** Fonds européen agricole pour le développement rural.

Du grain au pain, une filière qui lève

L’association "Du Grain au Pain et pas que !", présidée par Jacques Marion est née avec la volonté d’agir pour faire renaître une dynamique de filière céréalière locale : de l’agriculteur jusqu’au consommateur en passant par le meunier et les transformateurs en place et potentiels. Et que la farine soit issue d’une agriculture saine et respectueuse des sols et de l’environnement. Agrégeant plusieurs agriculteurs, trois parcelles sur 3 ha ont été semées en blé de printemps sur trois exploitations dont une en bio. Cinq variétés ou mélanges ont été sélectionnés pour leurs qualités agronomiques et meunières. L’association souhaite une conduite proche de la bio : pas d’interventions chimiques, semences bio, … Cette culture de niche pour les agriculteurs est l’occasion d’échanger et de tester les techniques de l’agriculture biologique : faux semis, rotation allongée, hersage, semis adaptés pour peut-être les adopter sur plus de surfaces. En parallèle, une parcelle "laboratoire" a été ensemencée par l’association avec 35 variétés de blés. Le but : observer leurs comportements, sélectionner des variétés afin de semer à plus grande échelle l’année prochaine. Le chemin est encore long avant de goûter la baguette de Belle Ile … mais le bon sens mis en œuvre est encourageant.

Echanges autour de la herse étrille lors du passage en aveugle.
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