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Valoriser les bénéfices des couverts végétaux dans les rotations légumières

Comme en polyculture-élevage, les couverts végétaux présentent dans les rotations de légumes frais de plein champ de nombreux atouts qu’il faut mettre en avant pour dépasser l’obligation de couverture hivernale des sols. L’attention apportée à la conduite des couverts d’automne et de printemps (semis précoce et suffisamment dense, choix des espèces) sera récompensée à moyen terme par l’amélioration des qualités de vos sols.

Ils peuvent être implantés en fin d’été ou à l’automne dans un rôle de Cipan ou au printemps avec une proportion plus élevée de féverole pour assurer la fertilisation de la culture suivante.

Longtemps perçus comme une contrainte réglementaire, les couverts végétaux sont peu à peu reconnus comme un outil efficace pour concilier production agricole de haut niveau (quantité et qualité) et préservation de l’environnement.

 

Des plantes productrices de services !

Les experts en agroécologie utilisent le terme de "Plantes de service" pour regrouper les plantes qui sont "disposées avant ou pendant une culture, dans ou autour, et qui apportent un ou des avantage(s) à celle-ci". Les couverts végétaux sont ainsi classés parmi les plantes de services au même titre que les haies ou les bandes enherbée.
Les couverts végétaux sont d’abord connus pour leur fonction de Cipan (Cultures intermédiaires piège à nitrates). Il faut rappeler qu’en plus de réduire l’impact environnemental, le piégeage des nitrates permet d’économiser de l’azote qui sera progressivement remis à disposition des cultures à venir.

Ce recyclage des éléments minéraux est valable pour l’ensemble des éléments minéraux, macro-éléments (phosphore, po-
tassium, calcium, magnésium, soufre) comme oligo-éléments (bore, manganèse…) tous concernés par le lessivage. D’où le terme d’engrais vert utilisé pour caractériser l’effet fertilisant provoqué par la destruction des couverts. La restitution d’azote est d’autant plus importante qu’une légumineuse est présente dans le couvert en raison de la capacité de cette famille à fixer l’azote atmosphérique.

La mise en place de couverts végétaux apporte également d’autres "services" d’intérêt :
- Stimulation de l’activité biologique du sol en fournissant, en cours de culture puis après destruction, de la matière organique fraîche.
- Participation à l’entretien du stock d’humus dans le sol.
- Limitation du développement des adventices par effet de compétition pour la lumière, l’eau et les éléments minéraux.
- Rupture du cycle des maladies et ravageurs.
- Alimentation de la faune auxiliaire et protection de la faune sauvage en général.
- Protection du sol contre l’érosion, le ruissellement et la battance.
- Protection de la vie du sol contre les UV.
Les couverts en mélange d’avoine et de féverole sont très utilisés en agriculture biologique.

Investir et produire un maximum de biomasse

Pour bénéficier au maximum des bénéfices apportés par les couverts, il faut produire le maximum de biomasse. Ce n’est pas un hasard si on vous propose parfois des couverts dits biomax. Ces couverts sont des mélanges de nombreuses espèces, associant des systèmes racinaires fasciculés et pivotants pour une bonne exploration du sol, des ports étalés et d’autres plus érigés pour exploiter au maximum la lumière et couvrir rapidement le sol.
Pour produire plus de biomasse, il faut d’a-bord semer au plus près de la récolte de la culture précédente. Pour les couverts implantés en été, chaque semaine de retard du semis après le 15 août diminue de 0,5 tonne de matière sèche la production de biomasse, de 10 à 15 kg N/ha le potentiel de piégeage d’azote par le couvert.
Ensuite, il ne faut pas hésiter à semer suffisamment dense. On peut être tenté de réduire la densité de semis pour réduire le coût d’implantation des couverts. Prenez garde à ce que l’économie réalisée ne se traduise en une couverture plus lente du sol et une plus faible biomasse restituée.
Un couvert peut être considéré comme un amendement, c’est-à-dire un investissement réalisé pour développer ou entretenir le potentiel agronomique des sols sur la durée. Le coût de la semence est la seule charge supplémentaire car le semis et la destruction du couvert viennent remplacer des interventions mécaniques réalisées pour la destruction des résidus de culture après récolte puis la destruction de l’enherbement naturel du sol resté nu.

 

Couvrir les sols à l'automne, mais aussi au printemps

Dans les exploitations productrices de légumes frais de plein champ, les intercultures sont plus diversifiées qu’en poly-
culture-élevage.
Bien entendu, on retrouve des périodes d’interculture démarrant en été et en automne, soumises à l’obligation de couverture hivernale des sols. Les semis de couverts démarrent généralement vers la fin de l’été car les terres libérées en juin ou juillet sont souvent implantées avec des cultures récoltées en automne ou en hiver. Les parcelles sont libérées progressivement au gré de l’avancement des récoltes, ce qui contraint à sortir à plusieurs reprises le matériel de semis des couverts. Les espèces semées doivent aussi être changées car certaines espèces sont adaptées à un semis fin août mais pas à un semis fin octobre.
Ces deux dernières années, les mises en place de couverts en octobre ont été contrariées par les fortes pluies. Des essais ont montré qu’il est possible de semer les couverts avant récolte sous des cultures comme les crucifères d’automne (chou-fleur, brocoli, romanesco) ou les drageons. Le semis est réalisé après buttage définitif en choux ou au moment du dernier binage de l’artichaut. Cette technique permet une implantation plus précoce des couverts et un piégeage plus efficace de l’azote résiduel. Sous artichaut, on implante un trèfle car cette technique vise à restituer de l’azote pour la récolte en deuxième année, ce qui est particulièrement intéressant en agriculture biologique.
Il existe également en cultures légumières de nombreuses situations d’interculture plus ou moins longues au printemps après les récoltes hivernales. Ces intercultures ont un rôle important dans la gestion de l’azote.
D’une part, ces intercultures peuvent générer des pertes de nitrates à l’automne. En effet, la minéralisation printanière de l’humus du sol n’est pas valorisée en l’absence de culture et reste dans le sol. Le stock d’azote disponible est plus élevé encore quand un précédent riche (choux-fleurs d’hiver par exemple) libère l’azote contenu dans ses résidus. La culture implantée en été doit alors absorber la quasi-totalité de la minéralisation de l’année (printemps + automne) augmentée des restitutions du précédent, soit plus de 200 kg N/ha. L’azote qui ne serait pas mobilisé risque d’être lessivé lors du retour des pluies à l’automne.
D’autre part, cette période est propice à la mise en place d’un engrais vert, notamment pour participer à la fertilisation de cultures de chou-fleur qui seraient implantées après des précédents pauvres de type légumes racines (carotte, radis noir, panais…). Les mélanges avoine + féverole sont bien adaptés à ce créneau. D’autres mélanges graminée + légumineuse sont possibles. Il n’y a pas sur cette interculture de contrainte quant à la proportion de légumineuses dans le couvert. Il est alors possible de moduler cette proportion pour fournir une restitution d’azote adaptée aux mobilisations de la culture suivante.
D’une manière plus générale, cette interculture printanière est propice à la production de biomasse pour alimenter les besoins du sol en matière organique fraîche. Les exploitations légumières spécialisées sont dépendantes d’apports externes et dans de nombreuses situations les taux de matière organique des sols diminuent. La vie du sol se dégrade, engendrant des problèmes de structure du sol ou de maladies et ravageurs telluriques. Autant profiter de cette interculture pour fournir au sol la matière organique dont il a besoin.

couverts végétaux

Adapter le choix du couvert

Le choix des couverts est primordial pour assurer par la couverture rapide du sol l’efficacité du couvert et pour faciliter sa destruction. Il doit être adapté en fonction de la période de semis du couvert et de la période de destruction. Le tableau  vous propose quelques choix de couverts utilisables en production légumière. Nous préconisons d’utiliser des couverts composés en majorité de graminées. L’utilisation des crucifères est déconseillée en raison du nombre de cultures légumières appartenant à cette famille. Les crucifères sont d’excellents pièges à nitrates et leur incorporation à la destruction a un effet assainissant sur le sol. Mais le risque est grand de favoriser le développement de maladies et ravageurs communs aux crucifères légumières (hernie notamment). Leur utilisation est à réserver à des cas particuliers de rotations sans crucifères. De même, pour éviter la propagation du Sclerotinia aux cultures sensibles, il est sage d’éviter la phacélie et les composées (tournesol, nyger).
Le choix du couvert est un levier important pour faciliter la destruction et réduire son coût. Les couverts en pleine vigueur végétative (fourragères pluriannuelles comme le RGI ou le trèfle blanc, graminées en montaison…) sont plus difficiles à détruire mécaniquement. Le choix d’espèces gélives ne garantit pas la destruction des couverts par le gel dans les terroirs légumiers. C’est pourquoi il faut choisir les espèces (voire les variétés) pour faire en sorte que le couvert soit en fin de cycle à la période de destruction prévue, idéalement au stade épiaison/début floraison.

 

 

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