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Adapter les cultures légumières au réchauffement climatique

Si la station expérimentale du Caté, à Saint-Pol-de-Léon (29) travaille de longue date sur la réduction des intrants phytosanitaires, elle planche maintenant sur la nécessaire adaptation des cultures légumières au réchauffement climatique et à la raréfaction de l’eau.

De gauche à droite : Alain Guillou, responsable des essais hors-sol au Caté, Jean-Denis Crenn, président, Isabelle Grall, trésorière, Thierry Merret, vice-président, Damien Penguilly, directeur, et Daniel Le Duff, vice-président.

Si le Covid n’a pas manqué de bouleverser le quotidien de la station légumière et horticole du Caté, à Saint-Pol-de-Léon, "nous avons pu poursuivre l’ensemble des expérimentations et programmes engagés dans nos quatre domaines de compétences que sont les légumes de plein champ et sous abri, l’horticulture et les champignons", souligne Jean-Denis Crenn, son président.

 

Réduire le recours aux phytos

Dans la diversité des essais mis en place, la réduction des intrants phytosanitaires figure en bonne place. "Nous sommes engagés depuis 9 ans déjà dans le programme Dephy Ecophyto en légumes de plein champ. Et avons travaillé durant 6 ans pour le programme sous abri", explique Damien Penguilly, qui a succédé voilà plus d’un an à Michel Le Roux à la direction de la station.
Parmi les leviers à actionner pour limiter le recours aux phytos, le choix variétal a toute son importance. Et tous les ans, la station passe au crible de nombreuses variétés, référençant celles qui allient performances agronomiques et tolérance aux principales maladies. "Cette année, nous testons 159 variétés de choux et 151 variétés de tomates". Et de citer le chou-fleur où, pour l’instant, les variétés tolérantes ne couvrent pas tout le calendrier de production. "L’objectif est bien de s’affranchir des pesticides. Les OP adhérentes à la station, Prince de Bretagne, Savéol ou Solarenn, s’y sont déjà engagées, sous abri ou en plein champ".

cultures légumières

Une meilleure efficience de l'eau

À la station, les essais portent aussi sur le changement climatique. "Avec 73 autres partenaires, nous participons au projet Climatveg, porté par les Régions Bretagne et Pays de Loire, indique Jean-Denis Crenn. Un projet qui couvre l’ensemble des filières végétales, grandes cultures, légumes de plein champ ou sous abris…". "Le Caté va travailler à une meilleure efficience de l’eau sous serre verre", détaille Daniel Le Duff, producteur de tomates à Plouescat et vice-président du Caté.
Au quotidien, nombreux sont déjà les producteurs qui recyclent l’eau, récupèrent l’eau de pluie… Mais il faut aller encore plus loin. "Dans la région de Rennes, des serristes commencent déjà à manquer d’eau, indique Alain Guillou, responsable des essais hors-sol au Caté. Nous allons donc étudier le comportement de six variétés de tomates à une diminution des apports en eau. Et tester différents substrats".
En légumes de plein champ, la station va s’intéresser au système racinaire du chou-fleur en conditions stressantes. "Certaines variétés ont un meilleur comportement, en explorant mieux le sol", constate Damien Penguilly. "Le chou-fleur réagit fortement au climat, rajoute Jean-Denis Crenn. Et on se rend compte qu’un problème de qualité en mars est souvent lié à un problème climatique en octobre-novembre".

cultures légumières

Trouver des leviers efficaces

Le projet Boussole, lui, va caractériser 70 parcelles de la zone légumière et tenter de voir s’il y a une corrélation entre pratiques des producteurs, microflore du sol et taux d’inoculum de trois bioagresseurs telluriques, dont la hernie du chou. Mené en partenariat avec la station Terres d’essais, à Pleumeur Gautier (22), la chambre d’agriculture et Vegenov, il a pour objectif de mettre en évidence des leviers agroécologiques efficaces pour gérer les maladies du chou tout en préservant la qualité des sols légumiers. "Et pour la première fois, c’est un élève-ingénieur en biostatistiques que nous avons recruté".

 

À la recherche de financements

"22 projets collaboratifs ont été menés en 2020", calcule le Caté. Depuis 2017, la station doit se plier aux appels à projets, ce qui complexifie nettement son quotidien. "Ces projets ont une durée moyenne de 36 mois. Et pour assurer le financement de la station, et de ses 22 emplois, il faut sans cesse en rechercher de nouveaux, rédiger des dossiers… sans être sûrs d’être retenus". Une activité chronophage et qui bouscule les façons de faire. "Il faut maintenant raisonner à l’envers, regrette Thierry Merret, vice-président du Caté. Avant, on réunissait les commissions produits puis le comité technique, qui validait les demandes des producteurs. Aujourd’hui, il faut faire en sorte que les projets correspondent aux attentes des légumiers".

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Bientôt un artichaut de semis ?

Mis au point par une firme semencière, un petit artichaut vert de semis a été testé chez une quinzaine de légumiers. "Les résultats ont été divers et variés", indique Thierry Merret, producteur de légumes à Taulé (29) et vice-président du Caté. "Mais la plupart ne les ont pas reconduits". Si la variété semble adaptée aux conditions du Sud de la France, elle s’est avérée sensible à l’oïdium et au mildiou en Bretagne. "Mais l’idée reste intéressante", estime Jean-Denis Crenn. L’artichaut réclame beaucoup de travail manuel et le semis allège une partie des tâches". Reste maintenant à trouver des variétés plus adaptées au contexte local. "Mais l’artichaut représente un marché plus confidentiel que le chou-fleur ou la tomate, constate Damien Penguilly. Et il ne bénéficie pas du même dynamisme en matière de création variétale". A la demande des OP, des travaux sont également en cours pour revoir l’itinéraire technique de la culture.

 

Des rayons UV contre oïdium et botrytis

La station du Caté a également été retenue pour le projet européen Interreg UV-robot. "L’idée est de lutter contre le botrytis et l’oïdium sous serre grâce à des rayons UV", indique Alain Guillou, responsable des essais hors-sol. Un premier robot va cartographier les zones contaminées. Et un second pourra ensuite traiter la végétation, en adaptant sa vitesse au niveau de contamination. Après une mise au point en Belgique, il reviendra au Caté de déterminer les doses et le nombre de passages du robot, "sans doute trois par semaine. Et de nuit, pour une meilleure efficacité". Un traitement qui s’avère prometteur en tomate ou concombre, mais moins efficace en laitue. "Le feuillage est plus difficile à atteindre". Et qui pourrait aussi aider à lutter contre les acariens ou être utilisé en cultures de fraises, "où on a moins de solutions de biocontrôle".

 

 

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