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Agri Médiation Bretagne ou le pourvoir de renouer le dialogue

Parce que la mésentente peut compromettre l’entreprise agricole, qu’elle soit conduite en famille ou pas, Agri Médiation Bretagne permet de renouer le fil du dialogue. Un pas fondamental dans la résolution du conflit. Régionale, l’association agit partout en Bretagne, inspire ailleurs, confortant et distillant ses savoir-faire dans ce délicat domaine des relations humaines.

Avec 16 médiations à son actif en 2020, contre 12 en 2019, l’association régionale Agri Médiation Bretagne trace son sillon. Elle a dressé son bilan annuel, le 5 janvier dernier par visio-conférence.
Si le dispositif a débuté dans le Morbihan en 2003, après 15 ans d’expérience où il a fait ses preuves, le relais est devenu régional depuis 2018. Il a étendu ses antennes aux trois autres départements bretons, avec une forte demande exprimée en Finistère avec six médiations réalisées l’an passé et cinq en Ille et Vilaine. 12 médiations sont actuellement en cours. Et à chaque fois, "il s’agit de renouer le dialogue, mieux comprendre les besoins de chacun, clarifier une nouvelle organisation du travail, rester et dans quelles conditions, mais parfois aussi se séparer", rappelle Isabelle Salomon, agricultrice finistérienne, à la tête de la structure.
À l’origine des contacts, nombreux, et des sujets de discorde entre associés ou dans le groupe familial, revient en force "la difficulté d’échange entre générations". Mais ce n’est pas le seul sujet qui coince : "la place des associés et la difficulté à trouver sa place, la relation du couple qui devient un sujet préoccupant, l’influence de l’entourage, des parents ou beaux-parents, qui impactent le dysfonctionnement ou des projets d’entreprises insuffisamment réfléchis ou partagés", inventorie Nathalie Darras, en charge d’Agri Médiation.

À l’image de l’iceberg, un conflit n’est jamais ce qu’il semble être.

Semer les graines et lever les résistances

La structure peut compter sur un réseau de 30 médiateurs en Bretagne, agissant en binôme homme-femme, formés, épaulés, s’appuyant sur la charte de l’Amgar qui garantit neutralité, impartialité et confidentialité. Et si la grande majorité d'entre-eux est expérimentée, avec des médiations à leur actif, "nous avons de nouveaux médiateurs. La difficulté, c’est de pouvoir faire participer tout le monde", pointe Nathalie Darras.
Reste à toujours et encore mieux faire connaître l’action d’Agri Médiation Bretagne. Une structure pourtant regardée ailleurs et dont l'expérience et la régionalisation intéressent notamment le territoire Ligérien.
Et d’appuyer plus généralement sur l’importance des relations humaines, "dès l’installation", insiste le représentant du CMB, partenaire. Par trop peu réceptifs ? "Nos jeunes restent beaucoup sur le technique et l’économique, l’aspect relations humaines est peu pris en compte", déplore Isabelle Salomon, ce malgré sensibilisations et formations proposées. "Les personnes qui s’installent sont tellement surchargées de choses à conduire ! Or les relations humaines, ça demande de l’énergie et ces questions sont reléguées", constate à regret Nabila Gain de la chambre d’agriculture. "On incite les jeunes en amont, avant l’installation lors du comité de présentation, on distille pourtant l’information", pointe Sébastien Rouault, représentant de JA Bretagne. Suffisamment ? L’expérimentation bretonne du "Gaec à l’essai", devrait permettre de souligner l’importance du sujet. Pour certains, il faudrait "rentrer par effraction dans les exploitations sur cette question des relations humaines", car pour lever les tabous "tous les associés doivent entendent ces messages, or on colle aux jeunes la charge d’un problème qu’ils ont le plus de difficulté à aborder", estime un participant. Et Soizic Le Bot, médiatrice de rappeler que "faire appel ou demander de l’aide, ce n’est pas se discréditer mais s’investir pour une relation durable dans la société dans laquelle on s’installe".

 

Jeu de vilains rôles

Agri Médiation Bretagne

C’est au décryptage de la dynamique des conflits et notamment au travers de la mécanique dramatique du triangle de Karpman, outil pour le médiateur, qu’a été consacrée l’intervention de Catherine Emmanuel du Centre d’enseignement des modes amiables. "N’importe qui peut y tomber", prévient-elle illustrant "comment on y entre et surtout comment j’en sors et j’aide la personne", double ambition du médiateur. Et dans le conflit qui est un chaos, "tout le monde est une victime mais personne n’arrive à reconnaître l’autre comme telle. Dans cette triangulation, tout le monde est victime, persécuteur, sauveur. Chercher à qui la faute, c’est alimenter le conflit". Et d’insister sur le socle d’altérité qui unit, "les personnes humaines ont toutes les mêmes besoins et valeurs fondamentaux". Dès lors le conflit "ce ne sont pas des intérêts qui divergent mais juste une stratégie différente pour y parvenir". Clarifier les faits et les cadres de références, compréhension des attentes des uns et des autres et avoir une négociation raisonnée sont autant de points essentiels pour ne pas se laisser "coincer" dans une triangulation de rôles avec ses jeux qui enferment et qui nuisent.

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