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Comment lutter contre le datura ?

Adventice extrêmement toxique, le datura a été retrouvé à plusieurs reprises dans des denrées alimentaires, ces dernières années. Si les cultures légumières sont particulièrement sensibles, les céréales ne sont pas à l’abri de la contamination. Le point avec Olivier Favaron, de l’Unilet.

Plante sauvage extrêmement toxique, toutes ses parties, feuilles, fleurs, graines ou sève, renferment de puissants alcaloïdes entraînant, après ingestion, des malaises pouvant aller jusqu’à la mort.

Originaire du Mexique, le datura est une plante annuelle à grandes fleurs blanches et à l’odeur nauséabonde, pouvant atteindre de 40 cm jusqu’à un mètre. Cantonnée dans un premier temps dans le Sud de la France, elle a vu son aire s’étendre peu à peu : Poitou-Charentes, Centre Val de Loire, Picardie, Nord Pas de Calais. Et sa présence est désormais signalée sur l’ensemble du territoire national.

Extrêmement toxique
Plante sauvage extrêmement toxique, toutes ses parties, feuilles, fleurs, graines ou sève, renferment de puissants alcaloïdes entraînant, après ingestion, des malaises pouvant aller jusqu’à la mort. Et ces dernières années, on en a retrouvé des traces dans de la farine de sarrasin ainsi que dans les légumes surgelés ou en conserve, le datura pouvant alors être confondu avec du haricot plat.
"Le plus souvent basses, couvrant lentement ou partiellement le sol et sensibles à l’enherbement, les cultures légumières sont particulièrement sensibles aux adventices toxiques", reconnaît Olivier Favaron, de l’Unilet, l’union nationale interprofessionnelle des légumes transformés. "Mais beaucoup d’autres cultures sont également touchées".
Une enquête, réalisée fin 2020 par l’Unilet dans le cadre du projet Garotox, révèle que 65 % des 205 agriculteurs interrogés sont confrontés au datura, avec un impact fort puisqu’il peut aller jusqu’au déclassement de la parcelle. Ainsi, dans le Sud-Ouest, sur la période 2017-2019, 130 ha de légumes destinés à la transformation ont été abandonnés ou refusés. Et 2 455 ha ont enregistré des pertes quantitatives ou qualitatives. "Le datura impacte aussi l’image de la filière, rajoute Olivier Favaron. En avril 2010, trois personnes ont été intoxiquées suite à la consommation de haricot vert en conserve. Et il a fallu procéder au retrait de 580 000 boîtes. Et en mars 2019, une bogue et des graines de datura ont été retrouvés dans un sachet de haricots verts surgelés, entraînant le retrait de quatre références".

Surveiller ses cultures
Pour contrer cette plante toxique, il faut d’abord comprendre son mode de dissémination. Si le datura ornemental n’est pas celui des champs, quelques mélanges de graines pour jachère faune sauvage et de 30 à 50 % des lots des graines de tournesol ou de mélanges de graines à destination des oiselleries sont contaminés, ce qui contribue à disperser le datura.
"C’est une plante qui aime la lumière, précise Olivier Favaron. Et on la retrouve dans les espaces dégagés et peu surveillés : les abords de ferme ou de parcelle, sur les passages d’enrouleurs, les dégâts de gibier ou d’oiseaux..., partout où elle aura de l’espace libre". La dissémination peut aussi être provoquée par les outils de travail du sol ou de récolte, une rotation peu diversifiée, un manque de contrôle en culture et hors-saison. "La plante se développe de mai à novembre".
Pour lutter efficacement contre le datura, les agriculteurs disposent de plusieurs leviers. Une observation des parcelles permettra de mettre en place un désherbage adapté, chimique, mécanique ou manuel. "Il faut aussi nettoyer les outils", rappelle Olivier Favaron. Si le labour se révèle peu efficace pour lutter contre le datura, il faut privilégier des rotations variées, alternant cultures d’hiver et d’été, et une gestion "hors saison", multipliant faux semis et déchaumages. "Enfin, l’agréage en usine doit être rigoureux, avec tri optique et manuel".

Télédétecter datura et morelle
Pour aider les agriculteurs à gérer cette adventice particulièrement toxique, le projet Cartam, cartographie des adventices et des menaces, a été mis sur pied. Et un outil de télédétection est en cours de construction. "Il s’agit d’un boîtier capable de détecter les adventices les plus problématiques, datura ou morelle, dans les légumes, afin de les localiser précisément et de transmettre une cartographie en temps réel, lisible par des matériels connectés, bineuse, rampe…".
Après une sélection des équipements en 2019 et un apprentissage de l’algorithme sur images l’an passé, 2021 sera l’année des tests et démonstrations auprès des organisations de producteurs, avant la prospection d’équipementiers et la commercialisation.

 

Olivier Favaron est intervenu le 26 janvier dernier lors de la convention technique de l’Unilet, organisée cette année sous forme de visio-conférence.

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