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Des systèmes agro-forestiers pour les bovins laitiers

Le groupe AEP(1) "Agir pour le climat, le revenu et la qualité de vie en élevage laitier" du Pays de Fougères a réalisé un voyage de deux jours sur l’agroforesterie intra-parcellaire.

Le groupe AEP en voyage d’étude dans le 44 avec Hubert Jahan.

Début septembre 2020, les agriculteurs ont visité la ferme bioclimatique de l’Inrae de Lusignan et rencontré trois éleveurs bovins lait de Loire-Atlantique qui plantent des arbres au milieu de leurs parcelles.


L’arbre comme ressource fourragère ?

L’Inrae de Lusignan expérimente depuis 2013, un système bovin laitier (projet OasYs) visant à utiliser toutes les ressources du milieu et à résister aux aléas climatiques. Ainsi, pour nourrir le troupeau en période de déficit fourrager, des alignements d’arbres et de la vigne palissée ont été implantés le long des paddocks respectivement en 2014 et 2015. Les analyses effectuées par l’Inrae sur les feuillages d’une cinquantaine d’espèces d’arbres, arbustes et lianes, montrent que la valeur fourragère de plusieurs de ces espèces ligneuses(2) se rapproche de celle des plantes prairiales.
Les arbres plantés à l’Inrae sont destinés au pâturage. Pour favoriser l’accès à la ressource et la production de fourrage, les arbres ont été coupés en têtard à 50 ou 80 cm de hauteur en 2019 après cinq ans de croissance. Les feuillages pourront être broutés par les vaches laitières à partir de l’année prochaine. Il restera encore beaucoup de travail de suivi et de recherche pour préciser les quantités ingérées, les effets sur le troupeau ou les conditions d’exploitation des têtards (permettant notamment la production de biomasse sans dégrader les arbres).

systèmes agro-forestiers

Des éleveurs pas tout à fait convaincus

À première vue, les éleveurs du groupe n’ont pas été convaincus par le dispositif : "la biomasse produite par les alignements d’arbres ou la vigne semble faible. De plus, en étêtant les arbres très bas, on se prive de la possibilité d’ombrage pour les animaux et de fraîcheur pour la pousse de l’herbe".

Les éleveurs privilégient plutôt sur leur exploitation le complément alimentaire apporté par les haies autour des prairies et le long de chemins et l’installation d’arbres de haut-jet dans les pâtures pour apporter de l’ombre au troupeau.


L’arbre pour ses multiples fonctionnalités

"Le remembrement a eu lieu en 1964 sur la commune. Quand je me suis installé en 1997, je n’avais que des grandes parcelles d’un seul tenant d’une superficie de 11 à 13 ha. Il y avait quelques arbres isolés et des morceaux de haies par ci par là", raconte Yves Clouet du Gaec du Chêne long à Petit Mars.
Ce paysage ouvert et exposé aux vents séchants lui a fait prendre conscience petit à petit de l’intérêt de l’arbre pour le paysage et la protection du vent. En 2008, le regroupement du troupeau sur le site principal de 40 ha, entraîne l’implantation de toute la surface accessible en herbe.
En 2011, Yves commence ses premières plantations d’arbres en intra-parcellaire, "les animaux au pâturage ont besoin d’abris, les hommes aussi d’ailleurs. C’est le cas également de toute la faune et la flore qui nous entoure, les arbres favorisent la biodiversité". Les plantations suivent les limites de paddocks, selon la taille et la forme des paddocks les alignements sont espacés de 25, 30 ou 40 mètres et orientés Nord-Sud ou Est-Ouest.
Yves Clouet espère un jour tirer profit de ces plantations. "J’ai choisi des essences pour valoriser ces arbres plus tard en bois d’œuvre". Avec d’autres éleveurs de Loire-Atlantique, il a créé une association des agroforestiers de Loire-Atlantique, appelée Arbres et Agroforesteries Agricoles en Loire-Atlantique (ARBAALA).

 systèmes agro-forestiers

L’arbre un placement financier pour sa retraite

Quand Guillaume Jahan s’est installé à 24 ans dans le Gaec familial du Blanc Verger à Sucé-sur-Erdre, il a fait le choix d’implanter 350 arbres sur 8,5 ha. Une de ses idées était de faire un placement financier pour sa retraite en implantant des arbres destinés à être valorisés en bois d’œuvre. L’unité de vente pour le bois d’œuvre c’est la grume(3). En considérant que tous les arbres sont vendus en grumes de 4 à 6 mètres de haut et de 50 cm de diamètre, avec une densité proche de 50 arbres/ha, l’éleveur espère atteindre une valorisation de 10 000 €/ha. "La valeur du bois sur cette parcelle dépendra de la capacité de l’éleveur à bien conduire l’arbre et des marchés du bois dans 50-60 ans. Une situation défavorable pourrait conduire à une valorisation de 2 000 €/ha", précise Jean-Charles Vicet, conseiller en agroforesterie à la chambre d’agriculture des Pays de Loire.
Le coût de l’implantation est estimé par l’éleveur à environ 1 000 € par ha (50 % pour les arbres et 50 % pour les clôtures et protection). Enfin, pour exploiter ce bois, il faut en être propriétaire. C’est précisément ce qui a compliqué la mise en œuvre du projet de Guillaume. "Comme nous n’étions pas propriétaires de la parcelle, il a fallu revoir le bail avec la mairie".

"On a rempli au maximum la parcelle"

La PAC rend possible la plantation de 100 arbres par ha, mais les agriculteurs ont préféré s’arrêter à 50 arbres par ha. "Au-delà, nous avions peur d’impacter le rendement en herbe de la prairie. De plus, cela correspondait bien au découpage des paddocks pour le pâturage des vaches laitières, nous offrons chaque jour 1 ha à nos 100 vaches". Sur la parcelle, huit rangées d’arbres espacées de 27 mètres ont été implantées.
L’espacement correspond au passage d’un pulvérisateur, les éleveurs en agriculture biologique se laissent en effet la possibilité de transmettre leur ferme à un agriculteur conventionnel. Sur chaque rangée, les arbres sont espacés de six mètres ; au milieu de chaque rangée il a été laissé une largeur de passage d’outil pour pouvoir remettre la parcelle en culture.

Gagner 8-10 jours de pâturage

La parcelle est hétérogène, elle possède notamment des zones très humides. Avec la plantation d’arbres, Guillaume et son père espèrent drainer la parcelle pour gagner en portance. "Sortir les vaches 8 à 10 jours plus tôt ou plus tard, cela permet d’aller chercher un fourrage de qualité".

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Aménager une grande parcelle pour le pâturage des génisses

La parcelle de 9,5 ha était battue par les vents quand Alexandre Amossé est entré dans le Gaec des Eglantiers à la Grigonnais. Il a alors proposé à ses associés de planter des alignements d’arbres dans la parcelle. "J’avais en tête pour premier objectif de protéger les génisses au pâturage. La difficulté résidait dans le fait que la prairie est implantée seulement pour une durée de cinq ans et entre ensuite en rotation avec cinq années de culture (maïs fourrage et céréales)". Il a donc fallu prévoir le passage des outils. Cerise sur le gâteau, les espacements entre les alignements d’arbre ne pouvaient être réguliers du fait de la présence de poteaux EDF. Comme les éleveurs rencontrés précédemment, Alexandre espère un jour valoriser les arbres plantés en bois d’œuvre, aussi il suit régulièrement des formations sur la taille des arbres.

 

(1) Agriculture Ecologiquement Performante, groupe financé à 80 % par le Conseil Régional et à 20 % par les Chambres d’agriculture de Bretagne.
(2) Ligneuses : se dit des plantes dont les tiges sont rigides grâce à la lignine qu'elles contiennent.
(3) Grume : tronc de l'arbre abattu, écimé et debarassé du houppier ainsi que des branches. Définition du dictionnaire Larousse.

 

Les éleveurs fougerais commencent à planter

Certains membres du groupe n’ont pas attendu ce voyage pour commencer à planter des arbres en intra-parcellaire le long des paddocks ou sous forme de haies autour des parcelles. Les fortes chaleurs estivales observées depuis plusieurs étés leur ont fait sauter le pas. "Nos animaux ont besoin d’ombre et nous avons en plus l’impression d’améliorer le paysage", témoigne un des éleveurs. D’autres souhaitent commencer en 2021. Un voyage d’étude à destination des éleveurs bretons est en cours d’organisation pour aller visiter l’Inrae de Restinclières, près de Montpellier. Avec des arbres implantés en intra-parcellaire depuis 1995, l’Inrae de Restinclières a plus de 20 ans de recul.

 

Quelques repères techniques pour réussir ses plantations !

Quelle préparation du sol avant de planter ?
Les agriculteurs rencontrés ont réalisé un travail du sol à la sous-soleuse avant de planter. Isabelle Sénégas, conseillère en agroforesterie à la chambre d’agriculture de Bretagne, conseille également un travail du sol plus localisé quand c’est possible. Un travail à la pelleteuse à l’emplacement de chaque arbre permet d’ameublir le sol en profondeur et favorise l’enracinement du jeune plant. "En sol difficile, c’est primordial pour une bonne réussite de la plantation".

Quelles essences d’arbres choisir ?
Les agriculteurs de Loire-Atlantique ont choisi des espèces suffisamment résistantes à la chaleur et au manque d’eau. "La difficulté quand on plante un arbre c’est qu’il faut se projeter à 50-60 ans", informent Jean-Charles Vicet et Isabelle Sénégas. Par exemple, le chêne pédonculé souffre déjà du réchauffement climatique, aussi est-il préférable de miser sur "ses cousins" : le chêne chevelu, le chêne vert et le chêne sessile. Les autres essences utilisées sont le merisier, l’alisier torminal, le poirier franc, l’érable sycomore. Les éleveurs utilisent également des végétaux issus du label "Végétal Local", indigènes au milieu, il s'adaptent mieux que des végétaux venus d'autres régions d'Europe.

1 heure par ha et par an
"Le gros du travail en agroforesterie, c’est l’élagage et le défourchage qu’il faut réaliser au moins une fois par an", explique Jean-Charles Vicet. L’objectif de la taille est de favoriser une pousse verticale de l’arbre et de limiter la grosseur des nœuds dans le bois. Pour une gestion optimale, il est conseillé une taille en hiver et une taille fin août. "On évite ainsi d’avoir à couper des branches âgées qui pourraient générer de gros nœuds et déclasser le bois". Enfin, la taille ne doit pas excéder 1/3 du volume de l’arbre pour ne pas pénaliser sa croissance. Il faut donc de la régularité dans le suivi de la plantation, "le sécateur doit rester à portée de main". Cependant, au global sur l’année les retours d’expérience montrent qu’une heure par ha et par an suffit pour accomplir le travail.

Pratique : Si vous avez un projet d'agroforesterie ou si vous vous posez des questions sur le sujet, vous pouvez contacter Isabelle Sénégas au 07 88 84 93 12. Il existe plusieurs possibilités de financement pour la plantation d’arbres en intra-parcellaire.

 

Les exploitations en chiffres

Gaec du Blanc Verger à Sucé-sur-Erdre
- 3 UTH – Gaec familial
- 92 ha en agriculture biologique
- 300 000 l vendu (dont production de glaces à la ferme)
- 115 vaches jersiaises
- Système pâturant, maïs, betterave et lait de foin
- Traite mobile 2 mois dans l’année.

Gaec du Chêne Long à Petit Mars
- 2 UTH – Gaec mari et femme
- 130 ha en agriculture biologique
- 240 000 l de lait vendu dont 80 000 l transformés (fromage, crème, beurre…)
- 65 vaches Prim’Holstein en croisement d’absorption Simmental
- Système pâturant, lait de foin (séchoir en grange en Cuma à 5).

Gaec des Eglantiers à la Grigonnais
- 3 UTH – Gaec entre tiers
- 110 ha en agriculture biologique
- 80 vaches laitières et élevage de volailles
- Système pâturant dominant.

 

 

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