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D’un confinement à l’autre, quelles conséquences pour l’agriculture bretonne ?

Malgré le deuxième confinement qui a débuté le 30 octobre dernier, les chambres d’agriculture de Bretagne ont organisé des réunions économiques départementales en visioconférence. Les effets de la crise du Covid sur l’agriculture étaient bien évidemment au menu. Si certaines filières ont beaucoup souffert, l’agriculture bretonne s’est globalement montrée solide. Mais la violente crise économique que subissent la France et le monde inquiète.

Les volumes bretons d’abattage de canards ont flanché de 20 % sur les huit premiers mois de l’année.

Voilà maintenant plus de huit mois que la crise causée par l’apparition en France du virus Sras Cov 2 secoue notre pays et l’ensemble de ses activités économiques. Omniprésent jusqu’à en devenir obsédant, le sujet de cette pandémie a été le cœur de réunions économiques départementales. Initiées par les chambres d’agriculture de Bretagne, elles avaient pour thème principal : quelles conséquences sur l’agriculture bretonne ? Cette question est d’autant plus brûlante que ces rencontres, organisées dans des conditions bien particulières (voir encadré), se sont tenues peu de temps après la mise en place du second confinement débuté le 30 octobre dernier. Afin d’essayer d’anticiper ce qui peut nous attendre, quoi de plus logique que de tirer le bilan du premier confinement ?

La crise économique historique que traverse la France  aura à n’en pas douter de profondes répercussions sur la manière dont les gens vont s’alimenter.

1er confinement : la restauration à l’arrêt

Entre le 17 mars et le 11 mai 2020, la plupart des Français sont restés chez eux. Les agriculteurs et les travailleurs de la chaîne alimentaire ont fait partie des personnes qui ont poursuivi le travail afin de pouvoir continuer à nourrir leurs concitoyens. Il est parfois bon de rappeler les évidences : manger est un besoin vital et les Français ont continué de s’alimenter pendant ces 55 jours de confinement ! Cela explique pourquoi le secteur agricole et agroalimentaire est un des moins touchés. Le PIB du secteur agricole s’est contracté de 6 % au second trimestre 2020 par rapport à 2019 et celui des industries agroalimentaires de 8 %. Certes notable, cette baisse est bien inférieure au -19 % enregistrés pour l’ensemble de l’économie hexagonale.

agriculture bretonne

Pintades et veaux cherchent cuisiniers

La fermeture quasiment totale de la restauration a été l’élément le plus impactant pour un certain nombre de filières. En tête des productions affectées, on retrouve la pintade, le canard, le lapin et le veau de boucherie. Les volumes bretons d’abattage de pintades ont quasiment été divisés par deux sur les huit premiers mois de l’année et ont flanché de 20 % pour le canard. La production bretonne de veaux de boucherie se contracte de 10 % sur la période. Ces filières, en plus d’être très orientées vers la restauration, ont pâti de la réduction des gammes en grandes surfaces pendant le confinement.
D’autres productions évitent le pire à l’image du poulet. Bien que celle-ci soit très orientée vers le marché de la restauration dans notre région, les opérateurs ont pu trouver d’autres débouchés. Les cas d’influenza aviaire qui se déclarent actuellement dans certains pays européens sont à cet égard plus inquiétants pour le secteur. Les productions laitière, porcine et viande bovine ont aussi surmonté l’épreuve du confinement sans trop de dégâts : la filière laitière a mis en place un plan de réduction volontaire de la collecte qui a aidé à soutenir les cours. La viande bovine a obtenu une revalorisation du haché mais la valorisation de certaines pièces et l’équilibre matière restent difficiles. Quant au porc, la Fièvre Porcine Africaine est plus déstabilisante que le Covid. On le voit, la situation est hétérogène mais l’agriculture bretonne dans son ensemble s’est montrée solide lors de ce premier confinement.

agriculture bretonne

2e confinement : mêmes causes, mêmes conséquences ?

Le deuxième confinement devrait en toute logique avoir les mêmes effets que le premier à ceci près qu’il est moins strict. Les cantines scolaires restent ouvertes par exemple, l’activité économique en général est moins affectée qu’au printemps. La saisonnalité peut aussi jouer un rôle, dans un sens négatif ou positif selon les cas. Ainsi, pour le lait, la production est actuellement plus basse qu’au printemps. En revanche, l’approche des fêtes fait craindre que les produits festifs soient pénalisés.
Au-delà des effets immédiats causés par les mesures prises dans le cadre du Covid, les conséquences à plus long terme sont aussi à évoquer. La crise économique historique que traverse la France (baisse de 10 % du PIB en 2020) aura à n’en pas douter de profondes répercussions sur la manière dont les gens vont s’alimenter. Et comme un signe de mauvais augure, le prix des produits alimentaires baisse en magasins depuis le printemps dernier.

 

À circonstances exceptionnelles, moyens exceptionnels

Les réunions économiques départementales se sont réunies pour la première fois en visioconférence. L’Ille-et-Vilaine a ouvert le bal le lundi 9 novembre, suivi par le Finistère le lendemain, les Côtes d’Armor le jeudi 12 novembre et le Morbihan le mercredi 18 novembre. Les élus des chambres d’agriculture et les organisations professionnelles agricoles étaient invités. Pour chaque réunion, entre 40 et 70 participants se sont joints aux présentations et débats. Malgré la nouveauté du format, ces rencontres ont pu éviter l’écueil des problèmes techniques et ont permis aux acteurs du monde agricole de continuer à échanger à distance. Cela étant dit, les progrès techniques ne permettront jamais d’égaler les réunions physiques dans la qualité et la fluidité des échanges.

 

Ils ont dit

Didier Lucas (président de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor)  / La crise du Covid, les évènements climatiques, la fièvre porcine africaine… perturbent depuis le début de l’année l’agriculture et impactent la situation financière des exploitations. Pour accompagner les agriculteurs, le Gouvernement a élaboré un Plan de relance. Certaines mesures mises en place seront gérées selon le principe du 1er arrivé - 1er servi. Il sera donc primordial que les agriculteurs soient prêts dès que les dispositifs seront ouverts, aussi, la chambre d’agriculture de Bretagne communiquera les informations au fur et à mesure qu’elles seront disponibles.
Jean-Hervé Caugant (président de la chambre d'agriculture du Finistère) / Je ne souhaite pas que l’avenir de l’agriculture bretonne soit basé uniquement sur des démarches de montée en gamme. Malgré de fortes attentes sociétales, le prix reste le premier critère d’achat des consommateurs, d’autant plus dans le contexte actuel de crise économique. Il faut faire la différence entre idéologie et réalité du marché ! C’est la diversité de l’agriculture, du conventionnel aux labels, qui permet de répondre à toutes les demandes de la société : les orientations politiques (locales, régionales, nationales) doivent en tenir compte.
Loïc Guines (président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine)  / La vitalité des territoires a toujours été liée à l’activité économique. En Bretagne, elle est pour une bonne part générée par l'élevage. Le renouvellement des générations, le besoin de salariat dans nos exploitations, les entreprises agro-alimentaires, de conseils, de maintenance… sont importants. Nous avons abordé ces questions des besoins en emplois lors de nos réunions. C’est pour renforcer ce travail de promotion de l’agriculture qu'avec tous les partenaires, nous devons continuer à collaborer pour convaincre des candidats de venir vers nos métiers et ainsi contribuer au dynamisme et à l’équilibre de nos territoires.
Laurent Kerlir (président de la chambre d'agriculture du Morbihan)  / Le confinement a eu un impact très violent sur l’économie. Mais l’agriculture par sa nature a été moins touchée que d’autres secteurs. Si le report a été assez souvent satisfaisant de la RHD vers la GMS avec des industries agiles qui ont su rebondir très vite, certaines filières ont quand même beaucoup souffert, comme le canard ou la pintade. Les grandes filières morbihannaises s’en sortent mais indirectement pâtissent de la guerre des prix qu’ont reprise les enseignes de la distribution en oubliant les bonnes résolutions des EGA. En lait par exemple il manque déjà un minimum de 20 € / 1 000 l aux prix payés pour une juste rémunération et les trésoreries commencent à se tendre.

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