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Mâles entiers : des situationstrès diverses dans l’Union européenne

La castration à vif des porcelets sera interdite en France au 1er janvier 2022. Mais qu’en est-il dans les autres pays de l’Union européenne ? Le point avec Jan Peter Van Ferneij, économiste à l’Ifip.

Pour détecter d'éventuelles carcasses odorantes, une procédure est actuellement testée par Uniporc Ouest dans l'abattoir Hénaff (lire aussi en page 8). Elle sera prête fin novembre 2021 pour tous les abatteurs qui le désirent.
© Archives Audrey Dibet

Si tous les porcs mâles produits au sein de l’Union européenne dans les années 90 étaient castrés, l’élevage de mâles entiers est apparu dès les années 2000 et en 2010, déjà, 18 % d’entre eux étaient entiers. Un phénomène qui s’est accéléré avec la volonté, dès 2012, d’abandonner la castration chirurgicale à l’horizon 2018, au nom du bien-être animal. "Il ne s’agissait pas d’une réglementation mais d’une initiative volontaire de 34 organisations européennes", souligne Jan Peter Van Ferneij en ouvrant, au Space, la dernière des matinales de l’Ifip. Et si le programme a pris un peu de retard, en 2020, 35 % des mâles produits en Europe étaient entiers, auxquels s’ajoutaient 2 % de porcs ayant subi une immuno-castration. "Mais les écarts sont très importants entre pays". Et l’économiste de l’Ifip de citer l’Espagne, où 78 % des porcs mâles sont entiers. "Seuls les porcs ibériques, abattus plus lourds, sont castrés".

L’an passé, la France a produit 24 % de mâles entiers, un chiffre qui devrait grimper à 30 %
fin 2021.

Produits sous contrat

Aux Pays-Bas, la non castration concerne 59 % des mâles, de quoi satisfaire la demande intérieure. Mais le respect d’un contrat est impératif, sous peine d’une pénalité pouvant atteindre 5 à 6 €/mâle entier. Produits uniquement sous contrat, les porcs entiers ne représentent que 15 % des mâles abattus en Allemagne et sont pénalisés de 3 à 5 €, selon les opérateurs. Fortement exportateur, le Danemark ne produit que 7 % de mâles entiers, ses clients réclamant des animaux castrés.
"La Belgique est le seul pays où s’est développée l’immuno-castration, stimulée par la distribution, rajoute Jan Peter Van Ferneij. Elle concerne désormais 15 % des mâles abattus, contre 5 % pour les mâles entiers".
L’an passé, la France a produit 24 % de mâle entiers, un chiffre qui devrait grimper à 30 % fin 2021. Et le Royaume-Uni, désormais hors Union européenne, est le champion toutes catégories de la non castration, avec une production de 96 % de mâles entiers, 91 % pour l’Irlande, suite à une forte demande de la distribution.

 

Trop lourds pour Ítre entiers

Le risque d’apparition d’odeurs sexuelles, principal inconvénient de la production de mâles entiers, est corrélé au poids des animaux. Et, là encore, d’un bout à l’autre de l’Europe, les pratiques sont très différentes, de l’Espagne et ses 89 kg de carcasse, en légère augmentation ces dernières années, à l’Italie et ses 120 kg. "70 % de la production concerne des porcs très lourds. Et le pays ne souhaite pas passer au mâle entier", indique Jan Peter Van Ferneij.
Entre les deux, la France se situe à 94,5 kg, l’Allemagne à 96 kg, les Pays Bas avoisinent les 100 kg… "Mais les chiffres, de 2020, ont pu être un peu faussés par le Covid, qui a ralenti les abattages et augmenté les poids moyens".

 

L'immuno-castration, une solution ?

L’immuno-castration concernerait 7,7 millions de porcs dans le monde, dont moins de 5 millions au sein de l’Union européenne. Une première injection, à 12 semaines, suivie d’une seconde, quatre semaines plus tard, va arrêter la croissance testiculaire. Une solution qu’a adoptée Laurent Guglielmi, dont la société abat 400 porcs/semaine. "L’immuno-castration nous permet de produire des porcs lourds de qualité sur litière sans avoir besoin de castrer". Au moindre doute, chevauchement, testicules rouges, les porcs reçoivent une troisième injection. "Cela concerne 15 % des porcs. Et depuis 5 ans, nous n’avons jamais eu de retour d’odeur". Grâce à l’utilisation d’un pistolet sécurisé, aucune injection accidentelle n’a eu lieu. "Les porcs ont les mêmes performances que des mâles entiers jusqu’à 80 kg, avec un indice de consommation équivalent aux femelles, un TMP inférieur de 0,1 point . Et nos débouchés nous assurent une plus-value de 0,3 € par rapport au prix cadran". Avec une contrainte quand même. "Il faut un engraissement bien organisé, mâles et femelles étant séparés".

 

En Espagne, la castration "n’est plus un sujet"

De l’autre côté des Pyrénées, la non castration est devenue la règle pour tous les porcs blancs et seuls les porcs ibériques, destinés à la production de jambon sec haut de gamme, sont castrés.

"En Espagne, la castration des porcs n’est pas un un sujet", assure Kiko Abenia, directeur commercial du groupe familial Vall companys, 9e opérateur national en production porcine, mais intervenant aussi en bovins, poulet, aliments pour animaux, céréales panifiables…
La production de mâles entiers est désormais le standard et concerne 85 % des mâles abattus. "Seuls les porcs ibériques, destinés à la fabrication de jambon sec haut de gamme, sont castrés : il faut une couverture de gras plus importante pour assurer un séchage plus long". Et que tous les porcs blancs soient désormais conduits sans castration ne pose aucun problème à la filière, y compris pour les jambons secs bas de gamme, séchés durant 8-9 mois avant de garnir les sandwichs.
"À l’abattoir, les carcasses sont triées selon le sexe, le poids, le gras. Et les clients, très peu nombreux, qui ne veulent pas de mâles entiers reçoivent des femelles". Pour la filière espagnole, les avantages sont nombreux. "L’indice de consommation est réduit de 350 à 400 g/kg de carcasse. Et il y a moins de gras, le produit qu’on vend le moins cher, énumère Kiko Abenia. La production est aussi plus durable, avec moins de consommation d’aliments et moins de production de lisier".
Cependant, le rendement carcasse est légèrement moindre et le risque d’odeurs sexuelles est présent. "Le risque est plus lié à l’âge des animaux qu’à leur poids", estime Vall companys qui abat désormais des porcs de 6 mois. "En 15 ans, on a gagné 25 jours pour un même poids d’abattage", constate Kiko Abenia, qui n’oublie pas de remercier la génétique. "Les mâles atteignent 125 kg de poids vif à 5,5-6 mois. Et on les vend dans 150 pays sans aucun problème".
Pour minimiser les risques, les mâles ne sont pas au contact des femelles en engraissement. "Dans l’idéal, il faudrait deux bâtiments différents, ce qui permettrait de différencier aussi l’alimentation. Mais nos tailles d’élevage ne le permettent pas. Et les lots sont simplement séparés par un couloir".

 

 

 

 

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