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La crise sanitaire comme opportunité à changer de modèle économique

En pleine crise sanitaire, sociale et économique, quelle place donner à l’écologie ? Alors que les angoisses individuelles et collectives provoquées par les risques et la gestion de l’épidémie mondiale pourraient inciter à la prudence, voir à un repli sur soi, les spécialistes et les élus bretons veulent percevoir cette actualité comme un vecteur de changement. Tout un programme dévoilé lors du colloque de l'Ademe Bretagne sur les transitions écologiques.

Les résultats sur la planète se font sentir en temps réel. En 2020, les GES ont diminué de 5 à 7 %.
© Pixabay

"Nous avons en main un continum d’outils qui tiennent la route, qui sont dotés et qui doivent permettre l’acceptabilité sociale de la construction d’un nouveau modèle de société. Nous sommes conscients qu’il y aura des flottements. Nous avons toujours été les poils à gratter, mais c’est pour vous faire avancer". C’est par ces mots sans détours que le directeur de l’Ademe Bretagne, Arnaud Leroy, ouvre son colloque virtuel sur la transition écologique. Des propos introductifs qui seront largement compris et appuyés par les intervenants, tous "très conscients d’être à un point de rupture où la société doit changer son modèle économique".

 

La Covid-19 comme tremplin

En pleine crise sanitaire, Loïg Chesnais-Girard, président de la Région, propose un plan d’actions pour construire un modèle durable : "nous pourrions déprimer, mais nous pouvons aussi profiter de ces crises majeures pour inventer un nouveau modèle de société en y intégrant les enjeux bas-carbone, de la sobriété sur la consommation de matières premières, de l’énergie, tout en intégrant un haut niveau d’emplois pour conserver nos politiques sociales". Un nouveau modèle plus vertueux pour la planète tout en restant viable dans une économie mondialisée ne serait donc plus une gageure mais une volonté politique assumée. Le président de Région confirme : "l’Europe doit accélérer, elle a raison de recourir à la réglementation car ceux qui réussiront à s’adapter se retrouveront sur un marché performant par rapport au reste du monde. L’accélération de la mutation permettra de répondre aux attentes des clients. Nous devons profiter du plan de relance pour transformer cette formidable occasion budgétaire en véritable transition écologique".

 

"Il faut repenser l’ensemble du modèle en gardant en tête que 55% du PIB mondial dépend de la bonne santé de la biodiversité", Yannick Roudaut.

10 ans pour agir

Yannick Roudaut, économiste financier, reconverti prospectiviste en économie durable, va plus loin en laissant entendre que la crise tombe à pic. "Il reste 10 ans pour transformer l’économie mondiale, pas une année de plus, et nous devons commencer par baisser de 40 % nos émissions de gaz à effet de serre (GES) dans cette période pour encore croire à l’objectif climat qui promet la neutralité carbone d’ici 2050". La pression est grande tant les objectifs sont ambitieux, mais les raisons d’y croire l’emportent. Jusqu’ici, rien ne semblait pouvoir arrêter l’économie mondiale… et pourtant, nous y sommes. Les résultats sur la planète se font donc sentir en temps réel. En 2020, les GES ont diminué de 5 à 7 %. "Notre modèle n’est pas résilient face aux enjeux climatiques", estime l’économiste. Et de nous mettre face à nos contradictions : "la pénurie de nickel menace la transition écologique, si nous voulons faire voler les avions de Roissy à l’hydrogène, il nous faudrait 18 000 éoliennes ou 16 réacteurs nucléaires. Il faut repenser l’ensemble du modèle en gardant en tête que 55 % du PIB mondial dépend de la bonne santé de la biodiversité". Yannick Roudaut espère alors une "grande bifurcation où les hommes passent de l’humanisme à l’animisme en se réconciliant avec la nature". Selon lui, aucun de nous n’a les capacités cognitives (philosophique, technologique, économique et politique) pour prédire ce que sera demain mais il est indispensable de savoir que le modèle existant n’est pas durable.

 

Et maintenant ?

L’économiste prône la relowcalisation (le local prenant en compte la sobriété de consommation), qui permettra de mieux résister aux chocs. Le calcul d’une entreprise qui fonctionne doit être comptable à plusieurs niveaux, social, sociétal et économique. "En plus du résultat économique, nous devons compter le nombre d’arrêts de travail, l’impact sur l’environnement pour connaître le résultat net de l’entreprise et choisir ensuite de contribuer à sa réussite en allant y travailler ou pas !", considère l'économisme qui estime avoir la jeunesse de son côté. Comme un appel à l’action, Loïg Chesnais-Girard rappelle que si "enfants nous parlions de l’écologie, aujourd’hui nous sommes dans le dur. La mer monte, les catastrophes écologiques se succèdent, les catastrophes climatiques génèrent des coûts considérables pour nos sociétés. Nous ne pouvons pas durablement consommer 2,5 planètes par an". Un message largement entendu. Exemples ci-contre d’entreprises qui ont pris des initiatives.

 

La Cooperl atteindra la neutralité en 2040

Colloque Ademe

"La trajectoire est claire, c’est la décarbonation et c’est faisable". Produire propre, la Cooperl s’y est engagée "pour garder le droit à produire", tel est l'enjeu pour les 2 700 éleveurs coopérateurs et les 7 500 collaborateurs, Franck Porcher, directeur de Cooperl Environnement avec sa green team de 190 personnes. Le déclic ? La directive Nitrates de 1990 ; "on nous intimait soit de réduire les cheptels, soit de régler le problème. On a choisi de capitaliser sur les contraintes". Et d’investir depuis lors 250 millions d’euros et de bannir le mot "déchet, c’est une source de valeur et d’énergie". Démonstration avec les 150 000 t de coproduits issus de l’usine de Lamballe, "nouvelle matière première. On est entrain de construire une usine qui va produire 20 millions de litres de biodiesel issus des déchets", témoigne t-il d’une entreprise qui fait circuler des véhicules hybrides à l’électrique et biodiesel, "une première mondiale", et ses poids lourds au biodiesel. D’un problème faire une ressource."En 2040, nous aurons atteint la neutralité carbone, nous sommes à mi-chemin", situe Franck Porcher. Pourquoi ne pas compenser ? "Il faudrait que nous plantions sept forêts de Brocéliande, on a autre chose à faire !". La décarbonation et la coopérative s’y est attelée, pour ses éleveurs pour ses industries, ses véhicules… "Une démarche RSE globale" et l’autonomie énergétique est en passe d’être atteinte, "demain pas de construction qui ne soit pas autonome". Biocarburants, le plus grand méthanisateur d’Europe sans épandage de 7 MW, boucles d’eau chaude avec récupération des thermies, le zéro gaz, production de micro algues… Et un engagement à réduire de 2,5 % ses émissions, tous les ans, pour arriver en 2040 à la neutralité, un scoop.  / Claire Le Clève

 

Des plantes pour lutter contre les cyanobactéries

Pour nettoyer les plans d'eau douces infectés par des problèmes de cyanobatéries, il existe un nouveau procédé Cyanprotec, mis au point par les ingénieurs d'Icema (expertise des milieux aquatiques). Des plantes hydrophites (ou semi-aquatiques) sont installées dans des cages dans le plan d'eau lui-même pour le nettoyer. La méthode écologique consiste à "soigner l'eau par la nature" puisque les plantes introduites rééquilibrent et réduisent les populations de cyanobactéries à des niveaux acceptables. Sur le marché en 2022.  / Emmanuelle Le Corre

 

Allonger la durée de vie des batteries au lithium

Colloque Ademe

La société Entech, créée en 2016, compte une soixantaine de salariés. Son prototype CSV a remporté le concours de l'Innovation de l'Ademe en 2018. Le but : recycler les batteries électrochimiques à base de lithium des véhicules électriques pour en retarder l'âge de recyclage. Le principe consiste à récupérer ces batteries usées après 7-8 ans pour en faire du stockage stationnaire ou plus simplement recréer une batterie géante de forte capacité qui équilibre les réseaux électriques (gestion offre/demande). "La filière de recyclage des batteries n'est qu'à ses débuts. L'innovation offre une seconde vie aux batteries", indique Christopher Franquet de Entech.  / Emmanuelle Le Corre

 

Cadiou Industrie, spécialiste du portail à Locronan, 500 salariés

"En 2010, on a connu une grande croissance, y compris de nos déchets. Le tri sélectif a commencé en 2012. Aujourd’hui, 90 % de nos déchets sont recyclés, ça a donné du sens aux efforts de chacun pour la valorisation, on a multiplié par trois notre chiffre d’affaires et divisé par deux la facture déchet. On peut avoir beaucoup d’impact sur tout le cycle de vie du produit. C’est une transition bénéfique".  / Claire Le Clève

 

Kaïros, écurie de course au large, Concarneau, 12 salariés

"Nos courses autour du monde ont permis notre prise de conscience : pollution, l’accroissement du trafic maritime… L’océan est le tapis sous lequel on mettait la poussière. En préparant le Vendée Globe, il y a trois ans, Kaïros a fait son bilan carbone, un matériau qu’on utilise partout pour nos technologies. On s’intéresse aussi aux bio-composants, le chanvre, le lin, sisal que l’on essaie d’apprivoiser. On a créé un bureau d’étude dédié à ces matériaux pour avoir moins d’impact".  / Claire Le Clève

 

Les urines de porcs, source d'hydrogène pour les camions

Colloque Ademe

Demain, des poids lourds rouleront à l'hydrogène "vert" produit par les déjections des porcs de l'élevage de Stéphane Louesdon dans les Côtes d'Armor en Centre Bretagne. Le projet Greenpig développé à partir des technologies de la Cooperl, le raclage en V et le traitement des urines, ambitionne la mobilité décarbonnée des poids lourds dans un rayon de 30 km. L'éleveur vise notamment le marché des collectivités locales : Loudéac, Ploërmel et Pontivy, voire au delà : Saint-Brieuc ou Vannes avec les bus, les bennes à ordures... Quel est le procédé ? Grâce au racleur en V, les déjections solides et liquides des porcs sont séparées : la partie solide rejoindra le méthaniseur Cooperl à Lamballe quand la partie liquide sera traitée selon une opération appelée "stripping". L'opération conduit à la production de sulfate d'ammonium (après volatilisation de l'ammoniac) et à la production d'eau. "L'eau déminéralisée obtenue subira une électrolyse pour produire un hydrogène compétitif en coût et en volume", explique l'éleveur, qui entend utiliser l'énergie électrique produite par huit éoliennes à proximité. Un projet vert totalement vertueux.  / Emmanuelle Le Corre

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