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Les producteurs de fraises de plougastel : Union sacrée autour de la fraise de Plougastel

Qu’ils livrent à leur coopérative ou à un grossiste ou pratiquent la vente directe à la ferme ou sur les marchés, la quasi-totalité des producteurs de fraises de Plougastel (29) se sont regroupés en association pour défendre un produit de qualité et une notoriété dont n’hésitent pas à profiter régulièrement des distributeurs peu scrupuleux.

Les hampes des fraisiers sont peignées, pour une meilleure qualité du fruit.

"Fraises gariguette de Plougastel, origine Espagne". C’est en voyant de tels panneaux fleurir dans les enseignes de la grande distribution que les producteurs de la pointe bretonne, soumis à un marché de plus en plus concurrentiel, ont décidé de reprendre leur avenir en mains. "Malgré sa notoriété et sa qualité, aucune reconnaissance officielle ne protège la fraise de Plougastel", indique Joëlle Péron.

 

Une démarche de qualité

Qu’ils cultivent la fraise en jardin suspendu ou en pleine terre, qu’ils livrent à la coopérative Saveol ou à un grossiste, qu’ils pratiquent la vente directe à la ferme ou sur les marchés, 35 des 38 producteurs de la zone(1)"Plougastel", se regroupent en association en 2017. Dans la foulée, ils prennent contact avec la chambre d’agriculture pour monter un projet autour d’une démarche de qualité, une différenciation qui leur permettrait de réserver l’appellation Plougastel à leur seule production.
"Ils ont commencé par suivre une formation-action d’un an", se souvient la conseillère, qui suit le groupe depuis son lancement. "Et ils ont échangé avec des producteurs d’oignons de Roscoff, qui ont décroché une AOP, des producteurs de mâche nantaise, qui ont choisi une IGP". Un signe de qualité qui séduit les fraisiculteurs de Plougastel qui, à leur tour, se lancent dans une démarche qui s’annonce longue et compliquée, sans aucune garantie de succès.

 

Un travail de longue haleine

Le dossier se monte peu à peu. Après avoir reçu la directrice de l’Inao, l’institut qui délivre signes de qualité et d’origine, un cahier des charges est rédigé, tenant compte des différents modes de culture et de commercialisation.
Commandée à Météo France, une étude climatique montre de vraies différences dans cette presqu’île qui profite de la proximité de la mer. "Les faibles amplitudes thermiques sont favorables à la précocité et à la qualité des fruits, détaille Joëlle Péron. Et une étude sur l’occupation des sols montre une présence très forte du bocage, qui protège les cultures". Des atouts qui se conjuguent avec le savoir-faire des producteurs, pour un résultat incomparable. "Les hampes florales sont peignées, ce qui permet au fruit de grossir dans les meilleures conditions". Et cueillies à maturité, les fraises sont conditionnées dès la récolte, pour une meilleure conservation et commercialisées au plus vite.
L’enjeu de l'obtention d’un signe de qualité est de taille ! "Il permettra de préserver le savoir-faire des producteurs, de lutter contre la concurrence des autres bassins de production mais aussi d’obtenir une meilleure valorisation et de relancer l’installation". Mais c’est un travail de longue haleine qui attend les producteurs car "le chemin sera semé d’embûches", les a déjà prévenus la directrice de l’Inao.

 

S'installer en production de fraise : un enjeu

Les groupes

Productrice de fraises à Plougastel, Isabelle Le Page a rejoint l’association rapidement après sa création. "J’ai toujours été intéressée par l’histoire et celle qui lie la fraise à Plougastel me passionne. J’ai tout de suite adhéré à la démarche d’une demande d’obtention d’un signe de qualité : c’est vital de préserver notre notoriété et notre savoir-faire. Nous sommes aujourd’hui un groupe de producteurs motivés. Je suis convaincue que nous allons collectivement progresser dans nos pratiques".
L’installation est un sujet qui lui tient à cœur. La majorité des producteurs a plus de 50 ans. Elle est directement concernée puisque Claude, son mari, vient de prendre sa retraite. Jordane, leur fils, ne se destinait pas à devenir producteur de fraises. Éducateur spécialisé, il a tout lâché pour revenir sur l’exploitation. "C’était pour donner un coup de main au début, mais cela s’est transformé en projet d’installation. L’idée de perpétuer le savoir-faire de Plougastel a motivé mon choix", précise-t-il avec une certaine fierté.
L’exploitation produit des fraises sur 1,5 ha et, au plus fort de la saison, emploie 35 personnes. "Je démarre de zéro et je prendrai le temps nécessaire pour me former".
Certains outils seront repris par des enfants de producteurs mais cela ne suffira pas à renouveler les générations. La question de l’accès au foncier reste prépondérante. Cependant, avec l’obtention d’un signe de qualité, Isabelle Le Page et les responsables de l’association espèrent que, comme Jordane, d’autres jeunes seront attirés par la production de fraises de Plougastel. / Joëlle Péron

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