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MAEC non reconduites, revenu amputé pour 60 éleveurs bretons

Ils sont 60 en Bretagne à faire les frais de la non reconduction de la MAEC(1) SP3 M, type maintien, de la région Bretagne. 60 c’est peu, mais pour chacun, c’est énorme à l’instar de Patrick Mentec de Plouay et de Christophe Le Breton, 9 000 et 7 000 euros effacés respectivement de leur revenu.

La perte de la MAEC Maintien, un préjudice de 9 000 euros pour Patrick Mentec, éleveur de génisses.

À quelques kilomètres de Plouay (56), le village de Manébail domine de ses hauteurs le vallonnement des paysages qui abrite ses 50 habitants. L’exploitation de Patrick Mentec est la dernière du hameau. Le bâtiment de son siège d’exploitation, bâti voilà 30 ans, l’est sur un périmètre de captage des eaux alimentant les habitants de Lorient agglomération. Sensibilisé par cette zone sensible,"on faisait déjà correctement notre travail", dit avec humilité Patrick Mentec sur les efforts consentis. Et qui seul, a fini par abandonner, en 2014, la production laitière et ses 60 vaches, pour l’élevage à façon de 120 génisses sur 100 ha. En 2015, il s’engage sur une MAEC SP3 Maintien. "J’avais contractualisé cette mesure imposant 55 % minimum de ma surface en herbe et moins de 28 % en maïs avec réduction de mon IFT (indice de fréquence de traitement) de 1,10 à 0,7 : moins 40 %. Ça fonctionnait bien et me convenait bien en me permettant sur les 100 ha, une conduite extensive. En contrepartie, je touchais 9 000 euros d’aides", décrit-il. Sur les 45 ha restants, des cultures de vente. Mais patatras, en novembre, alors en formation, "on apprend que la mesure maintien pourrait ne pas être reconduite. On a trouvé ça choquant !". Une nouvelle confirmée début mai, "après que j’ai déposé mon dossier PAC, mi-avril, avec ma demande de reconduction de MAEC Maintien. C’est bien trop tard pour se retourner, le prévisionnel de mise en cultures est bouclé depuis longtemps", s’insurge encore l’éleveur, attentif à des pratiques en concordance avec les attentes de la société.

Des suppressions d'aides contre-productives et pénalisantes.

Un sentiment d'injustice

Reste que "ce sont 9 000 euros qui disparaissent de ma marge brute, donc de mon revenu", détaille l’éleveur adepte d’une conduite économique. "Sur 60 000 euros de marge brute, j’en devrais toujours 18 000 à la MSA et 20 000 pour la location des terres, pour un revenu disponible de 22 000 euros contre 31 000 espéré pour 60 h de travail hebdomadaires ! ". Autant dire que la pilule passe mal chez Patrick Mentec. Idem pour Christophe Le Breton, éleveur bio en Gaec à la Croix Hélléan (56) sur 50 ha et 290 000 litres de lait. Il ne décolère pas avec son associé et ses deux salariés. "On perd 7 000 euros alors que nous n’avons cette année que 19,4 % de maïs dans notre SFP. C’est injuste alors que les contrats MAEC SP3 Évolution eux vont continuer à percevoir cette aide !". Pour compenser son manque à gagner, Patrick Mentec a modifié la part de ses cultures de ventes, retournant quelques prairies pour semer tardivement du maïs augmentant ses emblavements en légumes de conserve avec traitements... "C’est tard, les contrats sont déjà faits. Je travaille avec la CLAAL St-Yvi, j’ai pu récupérer un peu de petit pois", note Patrick Mentec qui, démuni, souhaiterait activer "le paiement pour services environnementaux".

Des suppressions d’aides, qu'ils jugent contre-productives et pénalisantes. Pour tenter d’inverser la tendance, ils veulent rassembler les éleveurs concernés dans un collectif.

(1) Mesures Agro Environnementale et Climatiques, MAEC

 

"Une MAEC surpayée"

Et si les aides aux MAEC Evolution sont bien poursuivies cette année, celle dévolue à la mesure "maintien" passe donc à la trappe, confirme Olivier Allain, en charge de l’agriculture à la Région. "Il aurait fallu rallonger plus de 500 000 euros, pas possible", note-il. Interrogé sur ce point, il confirme que "60 agriculteurs sont concernés sur 5 500", relativisant la portée de cette suppression. Une décision "collégiale", insiste l’éleveur en viande bovine : "nous avons interrogé les organisations agricoles et arbitré", justifiant d’un effet "d’aubaine des MAEC à 28 (inférieur à 28 % de maïs dans l’assolement, ndlr). C’est surpayé", appuie l’élu régional. Et de rappeler que la Bretagne "est la seule région de France à ne pas faire d’année blanche. C’est 30 millions d’euros qui vont aller à une sixième année. On avait prévu 180 millions d’euros et au final ce sont 263 millions, 83 millions de plus. Aucune région n’a fait autant pour l’agriculture", vante-t-il glissant "si on avait eu la gestion du premier pilier, on aurait fait d’avantage" !

 

Un contexte

Le programme des aides MAEC arrivait à échéance en 2020, 5 500 exploitations bretonnes y ont souscrit sur au moins une mesure avec à la clé 240 millions d’euros engagés. Les contrats prenaient fin le 15 mai pour 1 600 d’entre-elles. Le conseil régional de Bretagne a mobilisé les financeurs (État, Région agence de l’eau et conseil départementaux) pour éviter une année blanche et constituer une enveloppe de 30 millions d’euros pour prolonger la plupart des contrats et, de manière limitée, en souscrire de nouveaux (lire Terra du 24 avril dernier, page 22).

 

Contact : 

Patrick Mentec : 06 37 48 14 57, patricklementec@wanadoo.fr
Christophe Le Breton, 06 01 71 65 02, adresse.ch@orange.fr

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