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Méthanisation : un procédé d’avenir, moyennant quelques précautions

L’affaire a fait grand bruit dans le Finistère : en début de semaine dernière, une fuite provenant d’une unité de méthanisation a privé d’eau potable 180 000 habitants, sur 50 communes. L’accident n’arrivant pas qu’aux autres, André Sergent, président de la chambre régionale d’agriculture, appelle les agriculteurs à mettre leurs installations en sécurité. Et en profite pour rappeler l’intérêt de la méthanisation.

Quentin et André Sergent devant la digue de 2,5 m de haut qui encercle désormais le point bas de l’élevage et de la méthanisation.

"L’accident, ça n’arrive pas qu’aux autres". Alors qu’à Châteaulin (29), l’unité de méthanisation exploitée par Engie Bioz SAS a déversé 400 m³ de digestat dans l’Aulne, privant 180 000 habitants d’eau potable pendant cinq jours*, André Sergent se souvient. "Ici aussi, il y a deux ans, nous avons déploré une fuite sur l’unité de méthanisation, pourtant bardée de sécurités". Au total, 15 m³ se sont écoulés dans le milieu naturel. Mais l’élevage a aussitôt pris la mesure de l’enjeu. "Nous disposons désormais d’une lagune de 3 600 m³, où s’écoulent les eaux pluviales et qui recevrait tout écoulement accidentel. Et nous l’avons doublée d’une digue de 2,5 m de haut, en amont du ruisseau".

 

À chacun de sécuriser ses installations

Si elles relèvent du bon sens, ces précautions ne sont cependant pas une obligation réglementaire. "Mais elles font partie de la charte de l’AMF, l’association des méthaniseurs de France", indique Quentin Sergent, chargé au quotidien de gérer la méthanisation. Et son père d’en appeler à tous les agriculteurs. "Bien plus qu’à cause de bâtiments vétustes, les accidents ont le plus souvent lieu lors de transferts de fluide, lisier ou digestat, suite à une défaillance mécanique ou informatique. Personne n’est à l’abri ! Et il revient à chacun de sécuriser ses installations".

Méthanisation

Moins de gaz à effet de serre

Car contrairement à la Confédération paysanne, qui appelle à un moratoire sur la méthanisation, le président de la chambre régionale d’agriculture est convaincu de leur intérêt. "En France, contrairement à ce qui se fait en Allemagne, nous n’utilisons pas, ou très peu, de cultures dédiées pour la méthanisation, commence par préciser André Sergent. Et les cive, les cultures intermédiaires à vocation énergétique, rallongent les rotations". "En captant et stockant du carbone, elles diminuent les gaz à effet de serre", rajoute Quentin Sergent. Le digestat, sans odeur, est épandu sur les terres, où il remplace les engrais chimiques. "Et c’est grâce à la méthanisation, et au séchoir que nous sommes en train de monter, que notre atelier lait sera demain plus autonome en protéines, grâce au trèfle ou à la luzerne". Polyvalent, il pourra aussi sécher du grain, dont du blé noir à destination du moulin voisin, des plaquettes de bois, améliorant ainsi leur pouvoir calorifique...
Et des panneaux photovoltaïques recouvrent le toit du hangar qui l'abrite.

 

À l'échelle du territoire

Calibrée jusqu’à présent pour fonctionner au autonomie, à 220 kWh, la méthanisation du Gaec du Millier va bientôt passer à 500 kWh, par l’adjonction de matières premières extérieures à l’exploitation, au pouvoir nettement plus méthanogène. "Ca faisait longtemps que les communes des environs voulaient y incorporer les déchets de tonte de pelouse, qui leur coûtent cher à gérer, indique André Sergent. J’ai aussi été contacté par des industriels de l’agroalimentaire comme Hénaff qui cherchaient des solutions pour leurs graisses".  Et c’est aussi dans le méthaniseur que finira le maïs grain d’un voisin, infesté de mycotoxines, ou le cidre retiré des circuits commerciaux suite à la crise du Covid. Un modèle de méthanisation qu’André Sergent voudrait voir se développer. "C'est de l’économie circulaire, à l’échelle du territoire. Et l'agriculteur, désormais producteur d'énergie, y trouve une nouvelle source de revenus".

* Le préfet du Finistère a décidé de suspendre l'activité du méthaniseur par un arrêté préfectoral du 25 août (source Agrafil).

 

Qui va continuer à produire ?

"Mais où va-t-on ?" Agacé de "la contestation permanente envers ceux qui investissent, innovent, entreprennent", notamment du fait, sur certains territoires, "de retraités qui vivent très bien et s’acharnent sur certains projets", André Sergent pousse "un coupe de gueule" en cette fin d’été. Si le président de la chambre régionale d’agriculture veut bien que la profession agricole prenne une part de responsabilité, "peut-être n’a-t-on pas su expliquer, communiquer…", il alerte sur les dangers d’un tel comportement. "Dans les 5 à 10 ans à venir, bon nombre d’agriculteurs vont partir en retraite. Si on ne laisse pas les jeunes mener leurs projets à leur terme, qui va continuer à produire ?

 

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