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"Produire plus avec des fourrages", démonstration au Gaec des Vallées

Au Gaec des Vallées à Questembert (56), depuis l’an 2000, Alain et Hervé Le Pironnec élèvent sur 59 ha, une cinquantaine de laitières. En sept ans, ils ont appris à se passer d’ensilage de maïs et découvert les bénéfices de la ration mélangée, pour "produire plus avec des fourrages", thème souhaité par les adhérents de Prim’Holstein 56, début juillet, pour leur assemblée générale.

"L’ensilage d’herbe a pris une part majoritaire, l’enrubannage a beaucoup augmenté" et le coût de production a baissé de 18 % en 10 ans pour atteindre 242 euros des 1000 l.

"L’efficacité économique est venue naturellement, après. On n’a pas cherché à l’avoir d’emblée", cadre Luc Le Blay, nutritionniste indépendant qui accompagne désormais, depuis une dizaine d’années, les deux frères Le Pironnec sur la gestion alimentaire de leur troupeau. Soit composer bon an, mal an, la ration quotidienne d’une petite cinquantaine de Prim’Holstein. Elles produisaient en 2010, 390 000 litres sur 59 ha. Elles en donnent aujourd’hui 452 000 sur la même surface avec le même nombre d’animaux. L’évolution s’est faite en trois étapes. Clé de voûte ? La maîtrise du système digestif.

 

Les piliers de la sagesse alimentaire

"Avec notre ensilage de maïs et d’herbe et le pâturage, ça plafonnait, il y avait un problème de rentabilité. Et puis on a été intrigué par le système d’un voisin", raconte Hervé Le Pironnec sur la genèse de leur démarche. "On voulait améliorer notre situation technique et économique en réduisant nos coûts. On avait même envisagé de passer en logette", enchaîne t-il … Quand les deux frères font alors appel à ce spécialiste de la nutrition, le constat du nutrtionniste est sans appel. "Poils piqués, des vaches maigres, des pattes rouges, des boiteries, 57 % de mammites, des problèmes de reproduction… Les vaches étaient à bout avec une situation d’acidose avérée malgré des rations qui pouvaient sembler équilibrées". Car la vache est un ruminant se plaira à rappeler Luc Le Blay, pointant le triptyque fondamental sur lequel doit s’appuyer la ration : de la fibre, de la cellulose, et la matière azotée totale (lire encadré). "Quel que soit l’itinéraire technique et économique choisi il faut assurer, pour produire durablement, ces trois piliers dans l’alimentation des ruminants". C’est assurer la fibrosité, "ce sont les fondations si l’on devait faire appel à l’image d’une maison, les parpaings sont les protéines, le ciment, l’énergie"… Du bon équilibre de ce ratio énergie sur protéine et micronutriments dépendra la valorisation maximale des concentrés et fourrages, une digestion complète, un transit maîtrisé et ralenti… "Et des bouses qui ne sentent pratiquement rien". À l’inverse, c’est une cohortes de pertes…

La fibrosité, ce sont les fondations, les protéines sont les parpaings, l’énergie, c'est le ciment.

Prim’Holstein 56

Arrêt du maïs ensilage

Au Gaec des Vallées, la ration sera révisée progressivement et améliorée à partir de 2010. Dès lors, l’état visuel des animaux évoluera tout comme l’amélioration des problèmes sanitaires pour arriver à de plus rares mammites (18 %), une moyenne passant de 2,7 à 4,7 lactation par vache, des vaches qui vieillissent donc en pleine santé et une production de 9 700 kg en moyenne d’étable avec des taux variant de 32 à 35 de TP. Pour ce faire, l’assolement a évolué. Les 13 ha de maïs ensilage, les 16 ha de céréales de vente et les 30 ha de prairies se sont mués, au fil des ans et avec l’arrêt du maïs ensilage en 2016, en 9 ha de maïs épis, 6 ha d’orge (aplati) auto-consommé. Les 44 ha restants sont consacrés à l’herbe : méteil, luzerne, RG dont fauché à raison de quatre à cinq coupes par an en enrubannage… "L’ensilage d’herbe a pris une part majoritaire, l’enrubannage a beaucoup augmenté", résume Hervé le Pironnec. Point crucial "l’arrivée de la mélangeuse en 2011". Objectif ? "Que les vaches ne trient pas, et pour cela, il faut une mélangeuse (type Unifeed). Calibrer la ration évite le triage. Quand les vaches trient, elles cherchent les concentrés et les parties fines. Le problème, c’est que la fibre arrive trop tard. Une transition aussi dangereuse que si elles changeaient de ration !", insiste Luc Le Blay inventoriant les intérêts multiples de la ration mélangée, toute l’année.

Prim’Holstein 56

"Ça nous va bien"

Et au final une efficacité économique améliorée avec un EBE qui, en dix ans, a évolué de 124 % pour atteindre, en 2020, un peu plus de 85 000 euros soit 188 euros des 1 000 l, ce "sans augmenter ni le nombre d’animaux, ni la surface". Et la démonstration faite qu’il est possible "de produire plus et mieux par les fourrages". "On peut améliorer encore leur valeur en amenant plus de fibre", visent désormais les éleveurs, "satisfaits de ce que l’on fait. 450 000 litres à deux sur 59 ha, on vit, on vit", reconnaît Hervé Le Pironnec, membre également du réseau Ecophyto, "où l’on représente le Morbihan. La part d’herbe a augmenté : moins j’utilise mon pulvé, mieux je me sens". Des éleveurs, à l’aise dans leurs bottes, "on n’a pas trop de perte ni de frais d’élevage, ça nous va bien. On s’est posé la question de passer en bio. On reste en conventionnel, il y a encore des pistes d’amélioration", note l’éleveur qui l’après-midi présentera à ses collègues vaches et génisses. Et s’il note des participations aux comices, "c’est pour le plaisir de se retrouver. On a quelques belles vaches mais à partir du moment où il y a du lait…, c’est l’essentiel".

 

Nourrir rumen et intestin

Pour nourrir le rumen, "il faut de la fibre pour l’aspect mécanique : de la paille, du foin, des mélanges céréaliers ; il faut de la cellulose pour la fermentation : mélange de céréales, plante entière, graminée, légumineuse, foin, paille, ensilage/enrubannage de légumineuses pures (pois, luzerne, trèfle, colza) ; il faut des protéines et de l’amidon pour le carburant des sucres : mélange de légumineuses et de graminées, de graine de légumineuse et tourteaux".
Pour nourrir l’intestin : un amidon lent, le maïs humide, des protéines issues de la flore microbienne, des protéines lentes : de l’ensilage de pois, luzerne, dreche de brasserie, graines d’oléo et de protéagineux protégées au tanin de châtaignier pur et aux huiles essentielles.

 

Philippe Le Hasif, nouveau président de Prim'Holstein 56

Prim’Holstein 56

Investi durant 23 ans, Jean-François Guillaume a passé le flambeau de la présidence du Syndicat Prim’holstein 56, à Philippe Le Hasif. Une prise de fonction faite fin 2020, laissée dans l’ombre en raison de l’épisode sanitaire qui a annulé de nombreux événements, tels les comices, Ohhh la Vache ou le Space. Reste qu’avec sa jeune quarantaine en poche, cet éleveur installé en EARL avec sa soeur à Moréac, imprimera sa marque pour faire évoluer le syndicat.

 

Au Gaec des Vallées, une ration : 

- UFL : 0,94
- MAT : 15,2
- Fibres brutes : 30
- Amidon et sucre : 26
- NDF : 35
- Cellulose : 17
- ED/AD : 2,5
- Lait par vache : 31,8

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