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Quand agriculteur et apiculteur travaillent de concert

Voilà 4 ans déjà que Frédéric Mésangroas, producteur de porcs à Plouigneau (29), accueille les ruches de Daniel Le Louët. Au fil du temps, les deux éleveurs ont appris à se connaître. Et Frédéric n’a pas hésité à adapter ses pratiques pour que les abeilles de Daniel se plaisent dans ses bois.  

Eleveur de porcs à Plouigneau (29) , Frédéric Mésangroas (à droite) accueille depuis 4 ans déjà les ruches de Daniel Le Louët.
© Chantal Pape

Retraité de la fonction publique, Daniel Le Louët a suivi une formation en 2017 pour apprendre à s’occuper des abeilles. Ses trois premières ruches achetées, reste à savoir où les installer, puisqu’il habite au bourg de Plouigneau. "J’ai rencontré Frédéric Mésangroas lors d’un repas chez un autre éleveur. Et il m’a parlé de ses 7 ha de bois, juste derrière son élevage". Aussitôt le courant passe entre les deux hommes. "Les abeilles m’intéressaient aussi, indique l’éleveur de porcs. J’avais envie d’en apprendre plus".

Au soleil du matin

Daniel Le Louët choisit une clairière ensoleillée pour y installer ses protégées. "J’ai coupé quelques branches : il faut que la ruche soit au soleil du matin pour se réchauffer et donner envie aux abeilles de partir explorer les environs à la recherche de nourriture".

En ce frais matin de mai, elles ont déjà commencé leurs allers-retours et reviennent à la ruche, les pattes couvertes de pollen jaune, colza, ou blanc, aubépine. "Ici, elles sont bien", savoure l’apiculteur, en énumérant les ronces, les noisetiers et châtaigniers, pins, peupliers et saules qui vont fournir à ses abeilles le pollen dont elles ont besoin pour fabriquer miel ou propolis.

Des fleurs pour les abeilles

Dès leur arrivée, Frédéric Mésangroas n’hésite pas à modifier ses pratiques pour tenir compte de leurs besoins. "J’ai aussitôt arrêté de traiter la cour et les abords de l’élevage", indique l’éleveur, qui confie désormais à quelques boucs le soin d’entretenir les alentours immédiats. "Et je laisse quelques ronciers dans les bois : c’est mieux pour les abeilles… et pour mes enfants, qui trouvent désormais plus de mûres". Et ce sont de vieux caillebotis qui ont permis d’installer les ruches en hauteur.

Plus récemment, l’éleveur a créé un accès direct aux ruches. "Avant, Daniel passait à proximité des mes bâtiments pour aller s’occuper de ses abeilles, détaille Frédéric. Avec la mise en place de mesures de biosécurité, j’ai clôturé mon élevage. Et j’ai aménagé un chemin jusqu’au bois". Une attention qu’apprécie Daniel. "A cette époque-ci de l’année, je viens 2 ou 3 fois par semaine assurer la surveillance des essaims".

Un même suivi sanitaire

"Apiculteur est un métier aussi technique qu’éleveur de porcs", indique Frédéric, qui, au fil du temps, découvre de nombreuses similitudes entre les deux professions. "Comme moi, il adhère à un organisme pour la surveillance sanitaire de son cheptel. Et à un groupe d’échange technique, pour faire progresser ses pratiques".

Fatigué d’entendre quelques apiculteurs dénigrer l’agriculture au premier épisode de mortalité de leurs abeilles, Daniel Le Louët, voudrait rappeler quelques vérités. "La première cause de mortalité, c’est l’apiculteur lui-même". Et le vice-président de l’association Abeilles du pays de Morlaix de citer un manque de nourriture, un mauvais suivi sanitaire… "Je ne peux qu’encourager tous les apiculteurs à adhérer au GDSA, le groupement de défense sanitaire apicole. On peut les contacter au moindre souci. Et si besoin, ils se déplacent".

Le varroa, un acarien qui vient détruire ou handicaper les larves, est la seconde cause de mortalité des abeilles. "Il n’y a pas 36 solutions : il faut traiter après la récolte de miel d’été". Un parasite qui peut facilement se transmettre d’un élevage à l’autre. "Il faut que chaque apiculteur amateur déclare ses ruches, conseille Daniel Le Louët. Et que chacun se responsabilise et se professionnalise".

Une lutte collective contre le frelon

De plus en plus présent, le frelon asiatique est la troisième cause de mortalité des abeilles. "La mairie de Plouigneau a mis en place une lutte collective, plus efficace. Et a acheté des pièges qu’elle propose gratuitement aux habitants". Enfin les traitements phytos arrivent en 4e position. "Il faut que les agriculteurs traitent tôt le matin ou tard le soir", indique Daniel Le Louët. "Et faire passer le message aux riverains, rajoute Frédéric Mésangroas. Ils sont encore trop nombreux à croire que si on traite à cette heure-là, c’est pour se cacher". "Il faut aussi mettre de l’eau à disposition des abeilles au rucher, rajoute l’apiculteur. Comme ça, elles ne seront pas tentées d’aller boire dans les champs traités".

Habitués à travailler ensemble, les deux hommes envisagent désormais de communiquer de concert. "Pourquoi pas des visites groupées de l’élevage de porcs et du rucher, imagine Daniel Le Louët. Au sein de notre association, nous recevons déjà des écoles, des Ehpad, des groupes…".

 

 

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