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Quel bien-être au delà du réglementaire ?

Après l'arrêt de la castration à vif, d'autres aspects du bien-être animal arriveront très vite au sein de la filière porcine. Mais lesquels ? Et comment les financer ?

Mickaël Benoit, éleveur à la Cooperl, Thierry Marchal, éleveur élu aux chambres d'agriculture de Bretagne, Yannick Ramonet, conseiller production porcine, Séverine Fontaine, directrice qualité Carrefour, Ghislain Zuccolo, co-fondateur de l'ONG Wellfarm et Stéphane Jamet, responsable porc du Gouessant, intervenait à la table ronde de l’espace pour demain.

Le débat s'est ouvert sur la plateforme Espace pour demain au Space avec des représentants d'éleveur, de coopérative, d'ONG et de distributeur. De l'avis de tous, il est important de réfléchir dès à présent à faire évoluer les critères du bien-être animal au delà du socle réglementaire. Pour Séverine Fontaine, directrice qualité Carrefour, "les cages sont un vrai sujet à moyen terme". La directrice qualité Carrefour fait aujourd'hui partie de deux groupes de travail sur le sujet, avec des distributeurs, des producteurs, la recherche..., "car on a conscience que le sujet ne peut pas se traiter de manière concurrentielle". Au sein du LIT Ouesterel, l'un de ces groupes basés en Bretagne, "on vise des bâtiments fermés avec lumière naturelle, des cases maternités liberté, une densité d'animaux plus faible. On porte la responsabilité d'écrire une trajectoire, on écrit un guide commun pour que toute rénovation se fasse dans cet objectif", justifie-t-elle. Des investissements importants donc du côté éleveurs que le consommateur serait prêt à payer à peine plus cher selon elle, au risque de le voir sinon "se détourner de la viande". Mais comme Ghislain Zuccolo, de l'ONG Wellfarm, elle espère "des aides publiques de la France et de l'Europe pour aider les éleveurs à investir".

 

Segmentation

"On ne peut pas baser des investissements à long terme sur des financements publics, rétorque Thierry Marchal, éleveur élu aux chambres d'agriculture de Bretagne. "On ira vers des exigences au consommateur uniquement s'il consent à les payer. On doit répondre à la demande tout en gardant un équilibre économique si l'on veut continuer d'exister". Même perception du côté du Gouessant ou de la Cooperl.
Ghislain Zuccolo souhaiterait dans le même temps une réelle segmentation des produits pour que les consommateurs prêts à payer réellement plus, puissent avoir le choix du mode d'élevage, le co-fondateur de Wellfarm citant par exemple des élevages de porc avec courette.
"Oui le bien-être est un outil de segmentation, estime Mickaël Benoit, éleveur à la Cooperl. Mais non "cela ne peut pas se faire du jour au lendemain !". Selon Stéphane Jamet, du Gouessant, s'il peut effectivement être "porteur de valeur ajoutée pour l'éleveur", attention à bien "maîtriser les investissements". Et encore faut-il "un contrat avec différentes parties prenantes sur du long terme".

 

 

 

Aux Pays-Bas, des débats vifs depuis longtemps déjà

Confrontés à des demandes à l’export pour du mâle castré, les Pays-Bas, avec 60 à 70 % de mâles entiers, semblent avoir atteint le maximum de ce que leur permettent leurs marchés.

"Aux Pays Bas, les actions des organisations non gouvernementales en faveur du bien-être animal ont démarré dès le début des années 2000, avec de fortes pressions sur le maillon distribution", indique Frans van Dongen, directeur international de COV, une association regroupant abatteurs, transformateurs et exportateurs néerlandais de viande de porc. Des pressions qui ont débouché, en 2007, sur un accord tripartite, État, production-transformation-distribution et ONG, sur l’arrêt de la castration à vif, devant aboutir à terme sur un arrêt pur et simple de la castration.
Une anesthésie au moyen de CO2 est mise en place dans un premier temps. Et un nouvel accord est signé en 2015, stipulant que toute la viande fraîche vendue dans les rayons de la grande distribution soit issue de mâles entiers. "En un an, l’objectif a été atteint, se souvient Frans van Dongen. Et la démarche incluse dans le label Beter leven, mieux vivre".

Des problèmes de qualité

Une partie des viandes transformées est maintenant concernée elle aussi et les deux tiers des mâles sont désormais entiers. Un contrôle des odeurs en abattoir permet de diriger les viandes odorantes, 3 à 4 %, vers une transformation nécessitant un traitement thermique. "La proportion de mâles entiers semble stabilisée, estime Frans van Dongen. Les besoins du marché intérieur sont couverts. Et nombre de nos clients à l’export, pour des porcelets ou de la viande, demandent des porcs castrés". Et le directeur international de mettre l’accent sur des pratiques et des règles différentes d’un État membre de l’Union européenne à l’autre. "Le marché unique n’est pas encore une réalité". Mais aussi, pour des mâles entiers, des qualités de viande moins adaptées à certains marchés, bacon, jambon sec… "On n’est pas sûr d’obtenir cette qualité avec des mâles entiers. Et on préfère payer plus pour du mâle castré". Néanmoins, les choses bougent. "Grâce à la génétique et la gestion de l’élevage, on a déjà obtenu de bons résultats pour la diminution des odeurs. Et l’immunocastration est en discussion". /  Chantal Pape

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