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Transmettre : entre préparation et compromis

Transmettre son exploitation, à l'heure où la pyramide des âges des agriculteurs met en concurrence de nombreuses fermes, peut être une épreuve. Les jeunes agriculteurs des Côtes d'Armor et leurs partenaires ont invité des futurs cédants pour leur partager un témoignage de transmission réussie tout en distillant des conseils concrets pour préparer leur retraite.

Hervé Baron a été le plus heureux des cédants quand il a vu Pierre-Manuel Onfray vendre le tracteur. "Je voulais transmettre la ferme à un éleveur, quand j'ai vu le tracteur partir j'ai su que ce jour était arrivé".

Pierre-Manuel Onfray, 28 ans, s'est installé il y a quatre ans en production porcine à Penguily (22). Passionné d'agriculture, éleveur dans l'âme, il a travaillé sept ans dans quatre exploitations différentes pour parfaire son expérience. "J'ai travaillé à tous les postes, de l'engraissement à la maternité. C'est un vrai atout pour gérer mon élevage aujourd'hui", explique le jeune homme pour qui l'installation a "toujours été l'objectif, l'évidence".

 

Transmission/installation : l'histoire d'une rencontre

Avec des parents producteurs de porcs à Plénée-Jugon, Pierre-Manuel a toujours rêvé d'élevage. La situation géographique de l'exploitation familliale, où la ville grignotte toujours plus de surface, inquiétait et ne permettait pas une installation sereine. Il part donc à la recherche d'une ferme, "dans un rayon de 10 kilomètres", lui permettant de s'associer à ses parents. Dans le même temps, Hervé Baron, approche de l'âge fatidique de la retraite. "J'ai commencé à dire à certains conseillers agricole de confiance que je songeais à vendre l'exploitation. J'ai choisi de le faire assez tôt pour avoir le choix au niveau des candidats. Pour moi, il était essentiel d'avoir un éleveur. Des candidats passionnés, comme Jean-Manuel, il n'y en a pas beaucoup, surtout avec de l'expérience et la capacité à se remettre en question", relate le cédant. Une estime réciproque qui permettra une vente apaisée. Quatre ans seront necessaires entre le moment où Hervé parle de sa volonté de céder son exploitation à un premier conseiller agricole et la signature de l'acte de vente avec l'acheteur. Un temps long qui lui fera rencontrer quatre candidats avant de choisir Pierre-Manuel.

J'ai commencé à dire à certains conseillers agricole de confiance que je songeais à vendre l'exploitation.

Des compromis nécessaires

Philippe Le Vannier, conseiller installation pour Eureden, fera les présentations, puis le lien entre les deux hommes. Le spécialiste estime la ferme en combinant plusieurs méthodes qui oscillent entre valorisation des biens et prix d'équilibre acceptable pour le jeune qui s'installe. Le conseiller distille ses conseils et estime que "dans les cinq premières années d'installation, il ne faut pas prévoir de dépenses excessives car c'est le moment où il faut constituer un fond de roulement pour l'exploitation". Des conseils précieux dont a aussi béneficié Hervé Baron, notamment sur les choix fiscaux a entreprendre en amont de la vente pour préserver son capital. Ainsi, les deux hommes sont parvenus à s'entendre sur la vente du matériel à des tiers mais aussi sur l'envoi de tous les animaux. "Une opportunité pour moi de choisir une nouvelle génétique de porcs qui me correspond bien", explique Pierre-Manuel. Le cédant habite à 150 mètres de la ferme, l'entente est donc primordiale et s'ils reconnaissent "ne pas avoir la même façon de travailler", Pierre-Manuel et Hervé ont à cœur de veiller aux intérêts de chacun. Ainsi, il n'est pas rare, lors de sa tournée quotidienne aux alentours de la ferme, que le cédant réponde à une question de Pierre-Manuel. Aujourd'hui, le jeune agriculteur est à la tête d'une porcherie de 300 places naisseurs-engraisseurs, l’engraissement étant réparti entre son exploitation à Penguiy et l'exploitation familliale.

 

Anticiper : le maître mot

Suite au témoignage des deux éleveurs, la vingtaine de futurs cédants présents ont pu poser leurs questions mais aussi assister aux interventions d'une conseillère transmission des chambres d'agriculture de Bretagne (Crab) et d'un juriste du Cerfrance. À l'aube d'entreprendre les premières démarches, certains se posent la question de continuer à investir dans l'exploitation ou laisser les bâtiments vieillir pour que le futur installé fasse ses propres choix. Valérie Lavouel, conseillère au service transmission de la Crab répète : "il n'y a pas de bonne réponse, tout doit être étudié au cas par cas". Elle invite les futurs cédants à se faire connaître, au moins cinq ans avant la date de la retraite, pour anticiper les besoins et préparer la cessation fiscalement. Des questions plus personnelles doivent aussi être discutées, notamment autour de la maison si elle est en lien avec l'exploitation. "Il ne s'agit pas d'avoir tout réglé en amont, des compromis sont à trouver en fonction des acheteurs, mais c'est important d'avoir une première idée de ce que vous voulez proposer".

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