Aller au contenu principal

Une stratégie non pas tournée sur les volumes, mais le revenu

Lors d'une session en visio-conférence les chambres d'agriculture de Bretagne ont débattu et adopté les grands axes de leur projet stratégique régional. Un projet qui veut redonner de la perspective en interne après une première année de mandat consacrée à la réorganisation, et des perspectives aux agriculteurs pour répondre d'une part aux enjeux de société, d'autre part aux priorités définies par l'État.

Il est essentiel de conserver à l'échelle de la région un "équilibre entre végétal et animal".

La construction du projet stratégique régional breton s'écrit progressivement dans une série d'allers-retours entre le projet national et sa déclinaison régionale. Mais pour André Sergent, au delà de l'exercice d'écriture et de formalisation, un projet s'inscrit surtout dans un contexte de mutations importantes pour le monde agricole quel que soit finalement l'angle sous lequel on observe ces dernières. Le fil rouge de ces changements est que l'agriculture n'est plus stéréotypée avec un modèle dominant. Les projets sont divers, de plus en plus divers et les chambres d'agriculture veulent accompagner les changements mais aussi tous les porteurs de projets !

 

Haute intensité humaine

Premier axe de la stratégie des chambres d'agriculture "conserver en Bretagne une haute intensité humaine". Cela signifie que la Bretagne a su mettre en œuvre dans le passé des outils et des stratégies notamment en terme de foncier et d'installation pour soutenir une dynamique autour de l'installation et du renouvellement. Les chambres souhaitent maintenir cette ambition, la seule qui soit à même de "conserver une vitalité économique à l'échelle du territoire", résume Loïc Guines. L'évolution sociologique sur les exploitations est forte. Les porteurs de projet évoluent comme leur engagement et leur motivation.

Si la Bretagne diminue ses volumes de production, devra-t-elle faire une croix sur son industrie agro-alimentaire ?

Rester une Terre d'élevage

Didier Lucas développe la seconde priorité d'action, la Bretagne est une terre d'élevage et doit le rester. Mais d'emblée il pose les termes des évolutions à venir. Face aux enjeux économiques, environnementaux, "il faudra produire différemment avec moins de volumes et un lien au sol plus important". Un discours en rupture avec les concepts développés depuis des années. Il poursuit. Les transitions environnementales et économiques nécessaires feront qu'il y aura sans doute "demain moins d'exploitants. Ils auront plus de surface et leur lien au foncier sera plus fort". Mais alors si la Bretagne diminue ses volumes de production, devra-t-elle faire une croix sur son industrie agro-alimentaire ? Y aura-t-il une remise en cause de l'élevage "hors sol" ? La réponse se situe probablement au niveau macro-économique. Pour intégrer les notions d'autonomie alimentaire, voire protéique, à l'échelle de l'élevage, des bouleversements d'organisations seront nécessaires. Mais si l'ambition à l'échelle du pays est le retour à une forme d'autosuffisance alimentaire, alors des opportunités de développement existent : "Un poulet sur deux consommé en France n'est plus français" . Mais des thèmes forts doivent être mis en avant, le revenu de l'exploitant en premier. Didier Lucas souligne "le temps de la transition n'est pas le temps de l'émotion", ce qui signifie que "l'agriculteur ne peut pas au final être en décalage avec les attentes du consommateur", encore faut-il que ce dernier laisse au premier le temps de s'adapter !

 

Une région de polyculture élevage

La force de la Bretagne agricole s'est construite, souligne Jean Hervé Caugan, sur cette capacité à côté de l'élevage et ses surfaces herbagères, à développer d'autres productions végétales par exemple légumières. Alors que la baisse de consommation des viandes est une réalité depuis quelques années, la Bretagne peut offrir des opportunités de développement de cultures nouvelles, permettant de répondre aux attentes du consommateur en protéines végétales. Mais il est essentiel de conserver à l'échelle de la région un "équilibre entre végétal et animal". De la même façon, il faudra conserver un équilibre entre régions. Les régions céréalières connaissent depuis quelques années de grandes difficultés du fait de leur spécialisation. Laurent Kerlir souligne que la "PAC doit accompagner ces transitions, mais en défendant un premier pilier fort. 190 % du revenu agricole provient des aides PAC, 97 % en lait. La Bretagne a déjà perdu 480 M€ lors de la dernière programmation et elle ne peut pas se permettre de perdre encore du revenu". La PAC doit accompagner les changements notamment à partir du second pilier par des aides à l'investissement, des soutiens à des changements de pratiques environnementaux, avec un budget conservé.

 

Exporter mais aussi valoriser le territoire

André Sergent pose d'emblée ce préalable : "l'agriculture bretonne doit garder sa vocation exportatrice". Mais au niveau du territoire, Laurent Kerlir souligne le rôle majeur que jouent de plus en plus les EPCI. Elles sont des interlocuteurs incontournables du fait de leurs compétences élargies. Construire des projets alimentaires territoriaux est à la fois une ambition mais aussi une façon d'essayer d'avancer sur les contradictions entre l'affichage d'une volonté de valoriser les productions locales et des règles d'appels d'offres exclusivement tournées sur les prix qui ne permettent pas au producteur de vivre décemment. "Les prix ne sont pas au rendez-vous sur la commande publique", résume le président du Morbihan, de la même façon que "les prix n'ont pas été au rendez-vous des EGA". 
Parce que finalement, quelle que soit la façon d'aborder cette question de la stratégie et du projet agricole, on en revient toujours à cette question du prix. Parler revenu, attractivité du métier, adaptation aux demandes du consommateur, respect de l'environnement, transmission, installation... ramène toujours à cette question du prix. Alors ce projet stratégique sera- t-il aussi une nouvelle fois l'amorce de la recherche d'une nouvelle solution pour cette difficile équation du prix payé au producteur.

 

 

Donnant - donnant

À l'aube de la première année de mandat, la diminution des taxes affectées aux chambres d'agriculture avait été envisagée par le gouvernement. Depuis les choses ont évolué pour aboutir à ce pacte, "donnant-donnant" ou en contrepartie du maintien de moyens financiers, les chambres d'agriculture contribuent à développer des actions en lien avec les priorités définies sur un plan national. Chaque région a contribué à définir le plan stratégique national et aujourd'hui décline sur un plan local ses priorités. L'atteinte des objectifs sera un des indicateurs retenus pour fixer demain les budgets opérationnels.

 

 

Le retour à l'équilibre financier est à portée

André Sergent, président de la chambre régionale d'agriculture, rappelle le contexte : "la chambre est une entreprise, on ne pouvait pas aller de l'avant, en restant dans la situation financière dans laquelle nous étions. On se devait de prendre un certain nombre de décisions, de supprimer notamment un certain nombre d'activités ou les réduire. Un audit financier et organisationnel a aussi été réalisé, pour savoir si les solutions adoptées étaient pertinentes ou non". Sébastien Giraudeau, directeur de la Crab, souligne que si cette année a été difficile, le climat social n'est pas moins aujourd'hui "apaisé". 
Il donne quelques chiffres. L'exercice 2020 devant supporter les coûts des réorganisations, il sera nécessairement déficitaire. Mais le prévisionnel 2021 fait espérer un retour à l'équilibre financier à + 700 000 € (pour un budget global de 59 M€). "Les équilibres sont déjà quasiment là", souligne André Sergent. 
Sur un plan social, les effectifs qui atteignaient les 600 équivalent temps plein (ETP) au début du mandat devraient s'établir à 525 ETP sur 2021, soit une baisse de 72 ETP. Les prévisions les plus pessimistes tablaient sur un chiffre de 490 ETP. Des reclassements en nombre plus importants que prévus ont pu être réalisés qui expliquent cette évolution "positive". "L'important", souligne Sébastien Giraudeau, "n'est pas le chiffre de l'évolution des effectifs mais bien de voir que les chambres d'agriculture de Bretagne se sont mises en capacité de répondre aux priorités du projet stratégique". "Les élus sont aujourd'hui soulagés", conclut André Sergent "au regard des menaces qui pesaient sur la capacité de financement des chambres d'agriculture" et en particulier les taxes et l'impôt, pour autant "ils restent prudents". La crise du Covid aura nécessairement des répercussions, l'impact de cette crise ne sera pas neutre sur les activités et sur des événements comme le Space notamment. Mais "avec le retour à l'équilibre" les élus peuvent "se projeter et reconstruire pour répondre aux attentes", notamment des agriculteurs.

 

 

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Arrêt de la castration à vif : le ministre présente son plan d'action
Vendredi 19 novembre, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, s'est rendu dans les Côtes-d’Armor, aux…
Le Finistère à l’honneur des Trophées de l’agro-écologie
Le ministère de l’Agriculture et de l'Alimentation, avec le soutien du Crédit Agricole, organise chaque année les Trophées de l’…
Mettre à profit la biodiversité pour contrôler les ravageurs
La biodiversité est souvent considérée comme une notion abstraite à l’usage des naturalistes. Avec l’avancée des connaissances,…
Y aura-t-il encore de l’élevage demain en Bretagne ?
C’est la question que posent en substance les présidents des chambres d’agriculture de Bretagne, dans une lettre ouverte adressée…
Trop c’est trop

Alors que l’on nous parle de souveraineté alimentaire et de transmission-installation,force est de constater que la…

"Quand on plante, on a de multiples bénéfices"
Planter, gérer, valoriser l’arbre sur le territoire breton, tel est l’objet des premières rencontres bretonnes de l’arbre. Elles…
Publicité