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"Vivre de ma passion, pas pour ma passion"

À l'occasion du Space la semaine passée, une visite d'exploitation était organisée pour mettre en avant les efforts des exploitants sur la question de la réduction des phytos. Visite sur le Gaec Berré Colin qui présente les actions réalisées, sur les phytos, l'allongement de la rotation, la biodiversité, mais aussi ses doutes sur l'avenir notamment en terme de capacité de travail.

Julien et René Collin, deux des quatre associés du Gaec Berré Collin, devant l'un des bâtiment canard voué à la fermeture à court terme.

Le Gaec Collin Berré est l'exemple d'une exploitation d'un bon niveau technique et du mode de développement typique des années 1990. À l'origine, spécialisé en production laitière, il a été contraint de se diversifier dans les années quotas du fait de l'impossibilité d'augmenter la production laitière. Le choix alors s'était porté sur le canard avec un bâtiment en 1987 puis un deuxième en 1992. Le Gaec passe alors progressivement de deux à quatre associés, qui mettent en valeur aujourd'hui 145 ha sur trois sites, 800 000 litres de lait et deux bâtiments canard.
Julien, le plus jeune des associés, explique que dès son installation, il a intégré un groupe Dephy pour progresser sur la diminution des produits phytos. Progressivement, les techniques ont évolué et ont abouti à rechercher, année après année, en plus de la diminution des phytos, une plus grande autonomie alimentaire, avec l'introduction de l'herbe, un allongement des rotations pour mieux maîtriser les adventices, l'introduction d'outils nouveaux comme la herse rotative et la bineuse pour maÎtriser le désherbage.

Vivre des productions en place avec un prix du lait qui ne permet pas de se projeter sur l'avenir.

Des techniques nouvelles

Des techniques nouvelles ont aussi été introduites comme des mélanges variétaux pour diminuer aussi le recours aux fongicides sur blé. Des haies (2,6 km) ont aussi été implantées. Aujourd'hui, le Gaec expérimente un travail sans labour et sans glyphosate, mais Julien le souligne à chaque fois, "ce sont des prises de risque, calculées, mais des risques qui ne sont pas pour le moment pris en compte ou rémunérés par le consommateur". Les aides MAE étant aujourd'hui plus difficiles d'accès, le problème pour les associés du Gaec est bien de pouvoir vivre des productions en place avec un prix du lait qui ne permet pas de se projeter sur l'avenir.
L'autre enjeu pour le Gaec, dans les quelques mois à venir, sera le départ en retraite de deux associés. La contrainte demain sera celle de la capacité de travail et la rentabilité de l'exploitation. Aujourd'hui, les bâtiments canards sont en vide sanitaire pendant 12 semaines consécutives, du fait de l'effondrement du marché. Julien estime qu'il n'aura d'autre solution que de les fermer, et de plus faire appel à la Cuma pour les travaux des champs. Un choix plus subi que choisi et qui risque de se traduire par un revenu plus limité. Alors, même si le métier d'agriculteur reste pour lui une passion, il souligne qu'il préfèrerait de très loin "vivre de sa passion" et qu'il n'a pas vraiment envie de "vivre pour sa passion".

 

 

Le Plan de relance doit limiter les risques pour les agriculteurs

Space visite d'exploitation

Thierry Coué, qui accompagnait cette visite au titre de la FRSEA, a souligné les attentes du monde agricole en matière de plan de relance. S'appuyant sur l'exemple du Gaec, il a souligné le "besoin d'accompagnement lorsque l'on est dans une transition sinon la prise de risque est trop forte". Or, souligne-t-il, l'État supprime l'aide apportée aux groupes. Il faut maintenir cet accompagnement sinon les groupes ne tiennent plus, or ils accompagnent le changement, la diffusion de nouvelles techniques, et l'innovation sur le terrain. "L'ambition n'est plus de développer la production mais de la maintenir voire de limiter sa diminution. En 2023, la balance commerciale agricole deviendra déficitaire". Il plaide pour une cohérence globale, "à quoi cela sert-t-il d'investir dans un abattoir de canard en Bretagne si la production disparaît ?"
"Le plan de relance c'est de l'espoir pour l'agriculture", l'occasion de "mettre de la compétitivité". Charles Fossé président des JA souligne l'imortance de "renouveler les exploitants qui quittent le métier, mais pour cela encore faut-il qu'ils aient des perspectives d'avenir".
Le plan protéine annoncé illustre ce besoin d'aller encore de l'avant. "La France est autonome à 46 % en protéines", rappelle Thierry Coué mais "il reste une marche à franchir" pour aller plus loin. Plus de production locale ce sont plus de tourteaux, d'huiles ou de pulpe, ce n'est donc pas une solution seulement pour les céréaliers c'est aussi un plus pour l'élevage.

 

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