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"Notre région dispose de véritables atouts pour le développement de la méthanisation"

L'équipe du pôle nouvelles énergies du Crédit Agricole en Bretagne, voit chaque jour d'une part se diversifier les projets d'autre part leur nombre augmenter. Un développement qui nécessite une expertise, pour accompagner la transition énergétique des entreprises, et les accompagner dans le dédale des techniques, des subventions, des financements, et des fournisseurs pour des projets de chaufferies bois, d'éoliennes, d'ombrières, de centrales électriques... Le monde agricole reste très actif sur le développement de cette production énergétique, essentiellement sur la valorisation de la biomasse et du photovoltaïque, comme une alternative à la morosité des prix agricoles.

Christophe Marugan, Crédit Agricole en Bretagne.

Le solaire semble avoir atteint une phase de maturité sur un plan technique et économique (voir pages précédentes). Qu'en est il de la méthanisation ?

Christophe Marugan. Actuellement en Bretagne 120 unités agricoles et territoriales de méthanisation fonctionnent. De 2016 à 2018 les projets ont été essentiellement liés à de la cogénération. Depuis 2018 les projets se sont tournés vers l'injection directe de gaz dans le réseau. Une explication à cela, un producteur peut aujourd'hui être raccordé jusqu'à une dizaine de kilomètres de la conduite de gaz. 40 % des frais de raccordement sont pris en charge par l'Etat. Même à 100 000 € au kilomètre, l'investissement est parfaitement assimilable dans un projet.
En cogénération le montant de l'investissement est plus
"faible" de l'ordre de 1,8 M€ pour 280 KW de puissance. Mais 50 % de l'énergie est produite sous forme de chaleur difficile à valoriser, et 50 % en électricité. En injection nous suivons actuellement 49 projets pour des montants d'investissement de 2,6 à 3,3 M€. L'investissement est plus élevé mais 100 % de l'énergie est valorisée. On ajoute un épurateur de gaz qui va permettre de réinjecter du gaz à 97 % de pureté dans le réseau. L'installation est plus simple, il n'y a pas de générateur électrique fonctionnant 24h/24, moins sujette à panne, elle permet une meilleure valorisation énergétique. Le 23 novembre 2020 est sorti un décret qui entérine la baisse du prix de rachat du biométhane. Nous estimons donc que nous allons avoir moins de projets en 2022 - 2023.

Ces projets sont ils rentables ?

C.M. On constate que les chiffres d'affaires sont rapidement atteints, ce sont des projets rentables à condition toutefois de savoir parer aux aléas. Beaucoup de producteurs font le choix de cette production parce que leur chiffre d'affaires ne dépend que de leur capacité à produire du gaz. Ils ne sont pas dépendants des fluctuations de prix, du marché. Le contrat est établi pour 15 ou 20 ans. On a souvent eu dans le passé une image fausse de ces productions. La méthanisation c'est du stress, du temps à passer, et il faut se donner les moyens de se former. Si dans un process qui fonctionne bien sans panne c'est effectivement peu de temps, il n'y a pas de méthanisation qui n'ait pas d'aléas. Un atelier de méthanisation représente souvent le plus gros investissement de la carrière d'un agriculteur. La phase de travaux est extrêmement consommatrice de temps. Un atelier de méthanisation demande une très bonne maitrise technique, un cursus de formation a été mis en place en partenariat entre les méthaniseurs et les chambres d'agriculture de Bretagne qui va sécuriser le projet.

Pensez vous que le développement de la méthanisation va se poursuivre ?

C.M. La question de l'acceptabilité des projets ne se posait pas ou peu dans le cas des projets sur des exploitations individuelles. Mais force est de constater que les projets collectifs sont beaucoup plus attaqués, notamment parce qu'ils génèrent plus de transport. C'est une dimension que nous accompagnons, et qu'il faut prévoir dans le développement d'un projet.
D'une façon plus générale dans nos régions les producteurs laitiers sont les mieux
"dotés" pour développer ce type de projets. Ils disposent des meilleurs atouts. Ils ont souvent du lisier et de la SAU. Le lisier a un fort pouvoir méthanogène, 18 m3 de méthane/t de lisier frais, 40 m3/t de fumier, contre 5 m3 pour un lisier de porc. Mais les effluents d'élevage doivent être complétés par des cultures dérobées. 1 tonne de dérobée de seigle représente 80 m3 de méthane, 1 tonne de maïs 120 m3, mais la réglementation n'autorise pas plus de 15 % de maïs en dérobée. Les terres déjà rares doivent être réservées à la production alimentaire. Un projet de méthanisation représente souvent de l'ordre de 4 000 t de matières végétales, il faut donc s'en occuper ! Une Cive représente un coût d'environ 20 € par tonne. Mais dans nos régions nous disposons de fumiers et lisiers quasi "gratuits", ce serait dommage de ne pas les valoriser
Aujourd'hui la plupart des porteurs de projets sont des éleveurs à la base. Alors que le photovoltaïque ne permet pas de dégager un revenu, la méthanisation permet de diversifier les éléments du revenu et de les sécuriser grace à des contrats de rachat sur 15 ans. Je suis convaincu que cette production comme les différentes formes de production d'énergie sont un véritable atout pour notre région et nos agriculteurs.

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