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Une stratégie européenne et française noire pour l’agriculture

Thierry Coué, président de la FRSEA Bretagne

Selon une étude de la Commission européenne, les stratégies Farm to fork et Biodiversité entameraient le potentiel productif de l’Union européenne, affaibliraient les exploitations et la compétitivité des agriculteurs européens, en déplaçant les impacts environnementaux vers les pays tiers. Tous les secteurs accuseraient des baisses de production comprises entre 5 à 15 %, l'élevage étant potentiellement le plus touché. Cela confirme un rapport du Département américain à l’Agriculture datant de début 2021. La sortie de cette étude d’impact devrait faire réagir de toute urgence nos dirigeants européens et nationaux. Alors que la souveraineté alimentaire a été présentée depuis des mois comme un objectif stratégique, on ne peut pas admettre que notre capacité de production soit ainsi entamée !
Pourtant, le Président de la République continue dans sa stratégie mortifère, annonçant le 3 septembre au congrès de l’UICN (union pour la conservation de la nature) que
"la présidence française du Conseil de l'Union européenne portera une initiative de sortie accélérée des pesticides". Les produits de protection des plantes, comme leur nom l’indique, sont parfois nécessaires pour que nos concitoyens aient à manger dans leurs assiettes. Nous subissons déjà de grandes difficultés suite au retrait de certains produits, avec des pertes importantes de récoltes en légumes et céréales. La mise en place annoncée de clauses miroirs avec les pays tiers, permettant d’appliquer les mêmes normes à l’entrée des produits importés dans l’UE ne sera pas une réponse satisfaisante pour le travail des agriculteurs et pour notre souveraineté alimentaire.
L’amélioration des pratiques en faveur de l’environnement est bien entendu un objectif à maintenir. Mais, elle doit s’étaler dans le temps au rythme de la recherche et en fonction de la capacité des marchés, afin de ne pas provoquer de ruptures irrémédiables. A vouloir aller trop vite et imposer des changements trop violents, c’est l’objectif inverse que l’on atteindra : favoriser notre dépendance alimentaire, détruire notre potentiel agricole favorable au climat et dégrader notre bilan carbone pour compenser le déficit de production locale.
La situation des producteurs n’en serait pas non plus améliorée. L’étude d’impact de la Commission prévoit une hausse des coûts de production et un impact négatif pour les revenus de la plupart des agriculteurs. Ces derniers ne gagnent déjà, bien souvent, pas assez pour couvrir leurs charges et subissent en ce moment les conséquences de la hausse du prix des matières premières (aliment, bâtiment).
Notre souveraineté alimentaire dépend de la capacité de la France et de l’Union européenne à redonner envie aux générations futures de s’engager pour nourrir notre population et à offrir aux agriculteurs les garanties de pouvoir réaliser leur travail dans de bonnes conditions et de vivre dignement de leur métier. Pour cela, la stratégie européenne et française est à revoir. Le ministre de l’Agriculture est notamment attendu sur ce sujet au Space.

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