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La coop Argoat Bois Énergie manque de débouchés

Créée en 2013 pour fournir des plaquettes issues du bois de bocage, la morbihannaise SCIC Bois Argoat voit ses marchés s’éroder. Elle a perdu plus du quart de ses livraisons en quatre ans. Face à elle, une concurrence accrue et une politique de marchés publics de prix bas qui ne favorise pas l’économie circulaire. Elle tire la sonnette d’alarme, en appelle aux élus.

Alain Le Gall, directeur du lycée agricole Kerlebost, Gaëtan Le Seyec, co-gérant de la SCIC Argoat Bois Énergie et Samuel Le Port, salarié de la SCIC et de la chambre d’agriculture.

Ce circuit ultra-court a toutes les vertus, pourtant, il ne fait plus recette auprès des élus des collectivités… "On a perdu en quatre ans 26 % de nos livraisons", déplore Gaëtan Le Seyec, co-gérant de la SCIC Argoat Bois Énergie. La coopérative a été créée en 2013 en pays de Pontivy pour créer une filière et fournir aux chaudières des collectivités, des plaquettes issues du bois de bocage géré et labellisé. Désormais, elle agit sur tout le territoire morbihannais. "On fédère les acteurs de l’amont et de l’aval, on soutient une économie locale et des emplois non délocalisables, on répond aux enjeux environnementaux en produisant une énergie renouvelable, non polluante et de proximité, on participe à l’entretien du patrimoine paysager, on encourage la plantation de haies et le programme Breizh Bocage, on améliore la qualité de l’eau. Et les agriculteurs sont rétribués pour ça… Des choses en totale cohérence avec les PCAET (Plan Climat Air-Energie Territorial)", détaille l’agriculteur de Guern, désabusé. "On stagne".

Nous pouvons approvisionner les collectivités en bois local

26 % en moins, politique de bas prix

La SCIC livre une vingtaine de chaufferies bois sur tout le Morbihan, depuis la piscine de Questembert, plus gros client avec 500 tonnes de plaquettes livrés, jusqu’à l’école de Melrand ou la Maison des arts de Baud, chacune 30 tonnes. "On a du mal à développer l’activité", constate Gaëtan Le Seyec, tirant la sonnette d’alarme. De 2 370 tonnes en 2015/2016, les tonnages livrés sont passés à 1 960 tonnes en 2018/2019. Les raisons ? "Les gros producteurs de bois énergie pratiquant des prix bas sont arrivés sur le marché des collectivités. Celles-ci choisissent les moins-disants !", première des raisons de cette désaffection. "On est obligé de s’aligner pour ne pas perdre les marchés malgré tous les services indirects de la SCIC", déplore Gaëtan Le Seyec, sans parler "de chaufferies mal conçues pour recevoir ce bois bocager. Or il y a des équipements qui fonctionnent parfaitement", botte-t-il en touche. Et d’en vouloir pour preuve celui du lycée de Kerlebost.

Rétribuer les services environnementaux

"Nous étions au propane avec des bonbonnes partout dans le lycée ! Cette chaudière, ce n’était plus possible", décrit l’actuel directeur de l’établissement scolaire, Alain Le Gall. Il y a dix ans, le lycée agricole Kerlebost à Saint-Thuriau, aux portes de Pontivy, décide de changer de modèle. Il fait l’acquisition d’une robuste chaudière à bois, originaire d’outre-Rhin, "à petit prix, parce que très aidée. Dès la première année, nous avons économisé 10 000 euros sur les dépenses de gaz", témoigne-t-il. En cinq ans, l’acquisition du matériel est amorti. Pour s’assurer de la fourniture des plaquettes, "les 13 kilomètres de haies sur nos 144 hectares de terre nous suffisent. Avant, nous avions un retard colossal d’entretien. Désormais, avec le plan de gestion bocagère et le label breton "Haies" mis en place, nous faisons réaliser les travaux d’entretien, avec rotation sur 15 ans et le broyage de notre plaquette avec la SCIC Argoat Bois Énergie". Avec 100 tonnes à l’année, la substitution avec l’énergie fossile a parfaitement fonctionné, "et nous pouvons démontrer à nos élèves que le bocage, ça se valorise, c’est une production annexe en agriculture, aux côtés de l’atelier porcs et ses 900 places d’engraissement ou de l’atelier bovin allaitant avec ses 35 mères charolaises".

Un choix politique

Un modèle vertueux que la SCIC entend rappeler aux élus, notamment des zones blanches, dont Vannes ou Ploërmel : "Ça marche, nous pouvons apporter des solutions d’approvisionnement en bois local, à haute valeur environnementale, en créant des micro filières territorialisées qui mettent en réseaux les acteurs locaux et qui rétribuent aux agriculteurs ces services environnementaux qui sont une demande sociétale", en appelle Gaëtan Le Seyec.

 

5 000 km de haies

De nombreux programmes se succèdent depuis la fin des années 70, pour accompagner les agriculteurs volontaires à augmenter leur capital bocager, dont le programme Breizh bocage (2007/2020) qui a permis d’implanter sur la région plus de 5 000 km de haies, en grande partie sur talus.

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