Aller au contenu principal

L’herbe, une culture à (re) découvrir ?

Parce qu’elle reste le fourrage le moins cher à produire, la FDCuma du Finistère a placé l’herbe au coeur de son assemblée générale. Chiffres à l’appui, le point avec Anne-Laure Duhaut, animatrice agromachinisme à la FDCuma Bretagne Ille-Armor, Bernard Kérouédan, de la Cuma du Pigeonnier, à Mahalon, et Stéphane Kermorgant, de la Cuma de Trézien, à Plouarzel.

De gauche à droite : Anne-Laure Duhaut, animatrice agromachinisme à la FDCuma Bretagne Ille-Armor, Stéphane Kermorgant, secrétaire de la Cuma de Trézien, à Plouarzel (29), et Bernard Kérouédan, président de la Cuma du Pigeonnier, à Mahalon (29).

"L’herbe a la réputation d’une culture compliquée car il faut trouver le bon compromis entre qualité du produit rendu à l’auge et rendement", commence par indiquer Anne-Laure Duhaut. Et de la plus simple à la plus coûteuse, il existe tant de façons de la récolter !

Pâturage ou affouragement ?
"Le pâturage reste la façon la plus économique de valoriser l'herbe : 67 €/t MS pour un rendement de 4 t MS/ha pour une prairie temporaire de RGA trèfle violet qui reste en place 5 ans, rappelle l’animatrice agromachinisme à la FDCuma Bretagne Ille-Armor. Voire même 55 € si le rendement grimpe à 6 t".
Différents modes d’organisation du pâturage peuvent être mis en place, du plus simple, le pâturage continu, aujourd’hui très peu utilisé, au plus complexe, le pâturage tournant dynamique, plus gourmand en temps mais qui permet une meilleure valorisation de l’herbe.
Mais, en fonction du parcellaire de l’exploitation, l’affouragement est parfois une nécessité. "Il permet d’apporter du vert inaccessible aux vaches et de réduire les concentrés azotés", rappelle Anne-Laure Duhaut. Le coût rendu auge peut varier de 120-130 €/t MS pour des quantités avoisinant les 50 t MS/an à 70 €/t pour 100 t MS/an. "Mais ces chiffres valent pour une parcelle située à 2 km seulement. Au-delà de 3 à 5 km, les coûts flambent. Et il faut une excellente valeur fourragère pour compenser le temps passé sur la route".

Fauché et distribué en 1 heure
C’et le choix qu’a fait Bernard Kérouédan, le président de la Cuma du pigeonnier, à Mahalon (29). Producteur de lait bio depuis 1998, il a abandonné l’élevage des génisses depuis quelques années déjà et détient désormais une soixantaine de vaches sur 60 ha de SAU. Seul sur l’exploitation, il a rationalisé le travail, installé de l’eau dans chaque parcelle, réalisé de bons chemins… S’il a un temps essayé les mélanges complexes, il en est revenu aux "valeurs sûres", RGA et trèfle blanc pour le pâturage et RGH trèfle violet pour les parcelles de fauche. "Car je ne dispose que de 20 ha accessibles aux vaches, en deux blocs de 10 ha".
Profitant de subventions, il a donc acheté une autochargeuse et affourage ses animaux du 15 mars à début décembre, "pour avoir le moins possible recours aux stocks". Il dispose ainsi d’une luzernière, à 10 km des bâtiments. "Mais avec un pH de 8,5, le rendement est exceptionnel ! Et si je mets 20 minutes pour y aller, autant pour rentrer, il me suffit de 5 minutes pour faucher. En une heure, j’ai fait mon tour et distribué la luzerne, qui me fait gagner 2 l de lait par vache et par jour". Dans cette zone côtière du Finistère, plutôt séchante, la mise à l’herbe se fait tôt, dès début février. Mais hormis cette année, où l’eau a été généreuse, elle peut s’arrêter tôt également. Et une parcelle de colza et avoine diploïde prend le relais à l’automne, pour un coût alimentaire total qui n’excède pas 15 à 20 €/1 000 l à l’année, "17 € en 2020 pour une moyenne d’étable de 5 300 l de lait bio par vache", l’éleveur ne distribuant ni concentrés ni minéraux.

Acheter seul ou en Cuma ?
"Les autochargeuses peuvent aussi s’acheter en Cuma, rajoute Anne-Laure Duhaut, en citant l’exemple de la Cuma La gourmande, au Pertre (35). Utilisée de janvier à novembre, et facturée à 75 €/h, avec tracteur et salarié, leur autochargeuse ne sert qu’à l’affouragement en vert et a fauché 940 ha l’an passé. La Cuma Agribocage, à Iffendic, a fait un autre choix. Craignant de ne pas avoir suffisamment de surfaces en affouragement en vert, elle a acheté une autochargeuse "couteau suisse", qui sert aussi à l’ensilage, au ramassage du foin qui sera séché en vrac, au transport à fond mouvant de plaquettes de bois...

Ensiler ou enrubanner ?
Pour constituer des stocks d’herbe, les choix sont nombreux. "Les comparaisons se font sur une même base, avec une prairie qui reste en place 5 ans, et située à proximité des bâtiments, prévient Anne-Laure Duhaut. Dans ces conditions, le coût du foin est estimé à 165 €/t MS pour un rendement de 4 t MS/ha, à 150 € pour 6 t. Légèrement moins onéreux, l’ensilage d’herbe se situe à 159 €/t MS pour un rendement de 4 t MS/ha, à 137 €/t pour 6 t. Plus souple à mettre en œuvre mais plus onéreux, l’enrubannage revient à 189 €/t MS pour un rendement de 4 t MS, à 173 €/t pour 6 t. "L’enrubannage tout plastique revient à un peu plus cher, 0,9 à 1 € de plus par balle, précise l’animatrice. Mais le gain de temps est appréciable pour l’éleveur au moment de la distribution : plus besoin de séparer le filet du film plastique !"

En prestation complète
Située elle aussi en zone séchante, la Cuma de Trézien, à Plouarzel (29) propose une prestation complète pour l’enrubannage, avec chauffeur et traction. "Et pour le confort du salarié, nous avons fait le choix de n’enrubanner ni le samedi ni le dimanche, précise Stéphane Kermorgant, le secrétaire de la Cuma. A chaque adhérent de s’en arranger". Pour faciliter l’organisation des chantiers, une presse enrubanneuse a été achetée. "On a désormais quelques jours pour aller chercher les bottes dans le champ". Et pour garantir un tarif compétitif, 10,50 € la botte, et optimiser on utilisation, la Cuma l’utilise aussi pour la paille ou le foin.

Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 9.90€/mois
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Terra
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Terra
Consultez les revues Terra au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière Terra
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Terra.

Les plus lus

Fébrilité de la filière à l’approche de la fin de la castration à vif
À l’occasion de son assemblée générale, la Fédération nationale porcine (FNP) a demandé un changement de la grille de paiement de…
Une démarche RSE comme moteur du changement ?
Une démarche RSE peut elle être un moteur du changement ? C’est le pari que veut faire le Crédit Agricole des Côtes d’Armor qui a…
La filière porcine en plein doute
Dans une lettre ouverte à Julien Denormandie, la première coopérative porcine de France explique son projet de quitter ATM (le…
L'agriculture se glisse entre les deux tours
Les FDSEA et JA de Bretagne avaient, dès la publication des listes de candidature pour les élections régionales, invité les…
Les agriculteurs mettent ‡ l'honneur le Tour de France et leur territoire
C'est un événement majeur pour tous les territoires qu'il traverse. Et cette année la Bretagne a été gâtée en accueillant même le…
Locus Solus, la petite maison d’édition qui monte...
Créée il y a maintenant neuf ans, Locus Solus se fait peu à peu sa place dans le monde de l’édition, à raison de 40 à 45 ouvrages…
Publicité