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Collectifs de l'agro-écologie : ils partagent leurs réussites

Lors de forums qui se tiendront dans les prochains jours dans chaque département breton, des agriculteurs viendront partager leurs réussites à l'issue de trois ans de travail dans des groupes. Point commun de tous ces agriculteurs : l'envie de progresser vers des pratiques agro-écologiques.

Le groupe s’est rendu en Vendée pour découvrir les possibilités d'adaptation des exploitations herbagères au changement climatique.

Différentes structures ont porté ces groupes : la chambre d'agriculture, Résagri, Gab, GIE Élevages de Bretagne, Triskalia... Les thèmes investis par chacun sont variés : semis direct, autonomie protéique, huiles essentielles, réduction des intrants, énergies renouvelables, intégration du bocage... Pour y travailler, leurs travaux ont été soutenus par les appels à projet régionaux "Agriculture Écologiquement Performante" (AEP) et nationaux "Groupes d'Intérêt Économique et Environnemental" (GIEE) de 2014 à 2018. Les forums se dérouleront dans les sites des chambres d'agriculture qui ont pour mission de coordonner l'ensemble de ces actions. Et si ces après-midis parachèvent le travail de 16 groupes, elles sont loin de conclure le dispositif AEP/GIEE ; 38 autres groupes d'agriculteurs sont actuellement à l'œuvre en Bretagne ! Un recueil de fiches de synthèse des travaux réalisés par les 22 premiers groupes sera remis à chaque participant au forum.

 

La réduction des phytos, un levier pour la performance économique

Le GIEE AEP porté par Triskalia a notamment travaillé sur la réduction des intrants, et la valorisation des synergies sol-plante-animal. Il compte une vingtaine d'exploitations sur la Bretagne, dont celle de Bernard de la Morinière, installé à Saint-Brieuc-des-Iffs (35) et en agriculture de conservation des sols depuis vingt ans.

 

Collectifs de l'agro-écologie

"L'objectif du groupe était d'améliorer ses performances en identifiant des leviers agronomiques", explique Guillaume Gasc, auparavant responsable agronomie chez Triskalia et dorénavant consultant innovation chez Eureden. Groupe Déphy à l'origine, ce GIEE a regroupé une vingtaine d'exploitations en polyculture élevage sur toute la Bretagne et a vu le jour fin 2010. "On a d'abord procédé à des diagnostics systèmes en analysant toutes les données de chaque exploitation avec des indicateurs multicritères et il en est ressorti que les fermes obtenant les meilleurs résultats avaient des stratégies permettant d’améliorer les marges nettes jusqu’à plus de 200 € par hectare", poursuit Guillaume Gasc. Pour expliquer ces différences, quatre facteurs principaux ont été mis en avant : les charges de mécanisation, le bilan azoté, la performance sur l'autonomie fourragère, et l'adaptation sur la protection phytosanitaire. Des essais ont donc été menés sur chacun de ces leviers, en complément de visites.

Parmi les exploitations membres de ce groupe, l'EARL de Clairville, qui appartient à Bernard et Hervine de la Morinière. Ils ont deux bâtiments d'élevage de canards et un peu de viande bovine, pour une surface de 108 ha, dont un peu plus de 90 ha en culture et légume industrie. "Cela fait plus de 20 ans que je suis en agriculture de conservation des sols, et mon objectif a toujours été de ne pas subir et d'anticiper. J'ai toujours travaillé sur l'ensemble du système, en fonction des débouchés", souligne Bernard de la Morinière. Quelle est la meilleure succession culturale possible (couverts compris) ? Quel est le meilleur mélange de couvert avant telle ou telle culture ? Son objectif est de maximiser les rendements en optimisant les intrants et phytos. "La réduction, c'est des leviers pour améliorer ma marge", confirme Bernard de la Morinière, qui annonce aujourd'hui une moyenne d'IFT autour de 3. Il travaille également sur l'azote, toujours dans une approche système et aussi sur des alternatives aux fongicides. Si les résultats sont là, l'éleveur concède y avoir consacré du temps et de l'énergie. "Il faut arrêter de penser que l'on peut tout simplifier. Un système c'est forcément complexe !" Un exemple de rotation ? En général, il commence par un blé, suivi d'un couvert avoine rude - phacélie - féverole. Ensuite c'est une culture de haricot, un couvert de type "biomax", une orge de printemps, à nouveau un couvert biomax avec de la féverole. La parcelle accueille ensuite un pois de conserve, puis du sarrasin ou un couvert ou du sorgho, avant un semis direct sous couvert d'orge d'hiver. La rotation se poursuit avec du colza et une plante compagne, de la féverole ou de la moutarde, avant de semer le blé "dans le vert". "L'essentiel, c'est de ne jamais raisonner sa politique de désherbage à la culture, mais à l'ensemble de la rotation", conclut Bernard de la Morinière.

Arnaud Marlet

 

Tester et progresser en groupe

Système plus herbager, monotraite, croisement..., depuis 18 ans déjà, des producteurs de lait finistériens réfléchissent ensemble à réduire leurs coûts de production et améliorer leurs conditions de travail.

 

Collectifs de l'agro-écologie

130 articles dans la presse spécialisée, 70 groupes venus les voir, 9 conférences dans des salons professionnels… et même un film ! Alors qu’il existait depuis des années, le fait d’être labellisé GIEE et AEP a permis au groupe "explorons la diversité des réponses biologiques afin de renforcer le lien sol-plante-animal en système herbager et/ou biologique" de diffuser largement les résultats de ses travaux.

 

Un voyage d'études fondateur

Petit retour en arrière. "Le groupe existe depuis 2002", se souvient Isabelle Pailler. La conseillère à la chambre d’agriculture travaille alors avec une poignée d’éleveurs sur la monotraite, en lien avec les essais menés à Trévarez. En 2009, lors de la crise du lait, le groupe s’étoffe, décide de travailler sur les systèmes herbagers et 17 éleveurs réalisent un premier voyage d’études en Angleterre. "Au retour, dans le ferry, ils ont tous décidé de croiser leurs vaches en race jersiaise. Et de partir en Nouvelle Zélande".

C’est chose faite deux ans plus tard, quand une vingtaine d’agriculteurs s’envole pour deux semaines étudier à l’autre bout du monde comment les éleveurs s’y prennent pour produire du lait low cost. "En Angleterre, nous avons découvert des chemins de qualité et des clôtures en bon état, pour favoriser le pâturage, les mères nourrices, qui élèvent plusieurs veaux. Et le bale grazing, ce pâturage d’hiver dans lequel est disposé de l’enrubannage, distribué au fil de la saison". Des idées dont s’inspirent les éleveurs finistériens. "En Nouvelle Zélande, les salles de traite sont simples, efficaces et disposées au milieu du pâturage".

 

AEP et GIEE

Le groupe continue à travailler ces différents sujets. Et décroche en 2015 la double labellisation GIEE, du ministère de l’agriculture, et AEP, agriculture écologiquement performante, portée par la Région Bretagne. À la clé, un budget de 108 000 €, qui lui donne les moyens de ses ambitions.

Poursuivant trois objectifs, disposer d’un système efficace d’un point de vue économique, diminuer les impacts environnementaux et simplifier le travail, les éleveurs commencent par réaliser un diagnostic Cap2ER, qui leur indique un bilan carbone très faible, 0,55 kg de CO2/kg de lait, quand la moyenne française avoisine le kilo.

Puis le groupe teste la chicorée et le plantain avant de s’intéresser à l’agroforesterie. "Si les arbres piègent de manière efficace le CO2 et peuvent servir d’abri en hiver, à un lot de taries par exemple, ils peuvent aussi procurer un revenu supplémentaire, bois bûche, bois d’œuvre ou copeaux. Voire même contribuer à l’autonomie fourragère, les vaches pouvant consommer les feuilles".

 

Collectifs de l'agro-écologie

Des échanges avec chercheurs et enseignants

En leur offrant la possibilité de recruter des stagiaires, la labellisation leur permet aussi de réaliser un bilan chiffré des croisements qu’ils ont mis en place sur leurs exploitations. "2 000 lactations en race pure ont pu être comparées à 1 800 lactations de croisées". Des résultats qui intéressent scientifiques, instituts de recherche et écoles d’agriculture. "Nous avons travaillé avec l’Inra de Mirecourt, l’Institut de l’élevage, l’ISA de Lille ou l’ESA d’Angers. Et Oniris, l’école vétérinaire de Nantes, s’est intéressée à l’élevage des veaux par les vaches nourrices". Des échanges avec chercheurs et enseignants que les éleveurs apprécient.

Chantal Pape

 

Changer de pratiques bien plus vite

"Il ne se passe pas une semaine sans que je n’ai un des membres du groupe au téléphone". Producteur de lait avec sa compagne à Saint Goazec, Sulian Moelo a rejoint le groupe dès son installation. Et y a trouvé toutes les réponses aux questions qu’il se posait. "Le groupe m’a permis de passer à la monotraite bien plus vite que ce que j’avais prévu". Une pratique qu’un éleveur sur deux du groupe a désormais adopté à l’année. Comme 23 autres membres du groupe, Sulian Moelo groupe les vêlages. "Et la salle de traite est désormais fermée deux mois par an, de mi-décembre à mi-février". Ce sont aussi les échanges qui le convainquent de pratiquer le croisement sur ses Hostein, comme le fait déjà la totalité du groupe. "Et contrairement aux analyses de groupe de nos centres de gestion, la journée économique, une fois par an, nous permet d’avoir des références sur des fermes comparables à la nôtre, basées sur l’herbe". Le groupe, "c’est une ouverture à de nouvelles idées", apprécie Sulian Moelo. "Ce sont aussi des changements de pratique et une meilleure efficacité économique, souligne Isabelle Pailler. En trois ans et demi, le temps du projet GIEE, le revenu brut a augmenté en moyenne de 1 000 €/UTH/mois".

 

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