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Italie, buongiorno, benvenuto

L’Italie est un des grands pays agricoles de l’Union européenne, avec le nord et le sud du pays, de nombreuses disparités. Elle compte notamment de grandes multinationales de l’agroalimentaire qui importent des matières premières agricoles comme du blé, du maïs, du lait ou encore des broutards pour les exporter en produits transformés partout dans le monde.

Du vin, de la charcuterie, du fromage : bienvenue, vous êtes en Italie.

L’Italie est le troisième pays le plus important au niveau de l’agriculture en Europe en chiffre d’affaires, après la France et l’Allemagne. L’Europe y est au cœur de tous les débats, mais pas pour l’agriculture.

 

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L'Italie et l'Europe

Le nouveau gouvernement populiste a basé toute sa politique sur l’immigration. L’Europe est accusée de laxisme et surtout d’abandon. Dans ce contexte, toute opportunité de plaire au peuple et de décrédibiliser l’Europe est de bon ton pour les deux principaux partis au pouvoir. On y retrouve pêle-mêle les pesticides, les engrais chimiques ou encore la bio. L’Italie reçoit une manne importante d’argent pour son agriculture. Cet argent arrive à Rome où il est réparti par régions. Chacune d’entre elles a une forte autonomie sur ses lois qui concernent l’environnement et l’agriculture. Il n’y a pas d’harmonie, ce qui entraîne, aux dires des agriculteurs, des distorsions de concurrence, par exemple quand une région interdit un pesticide que sa voisine autorise. La répartition des aides est aussi compliquée : il est difficile de trouver des règles équitables dans un pays hétérogène où la concentration des exploitations au nord est très importante avec un prix du foncier exorbitant (jusqu’à 100 000 €/ha dans la plaine du Pô) et où la région du Sud, plus rurale, se désertifie notamment en raison de Xylella fastidiosa qui dévaste les champs d'oliviers.

 

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L'agriculture et les citoyens

"En Italie, on aime bien manger"  : cette phrase rhétorique s'entend souvent dans la péninsule. Le ministère du tourisme a même réuni les principaux patrons des filières végétales et animales pour leur faire savoir qu’un sondage avait montré que 50% des touristes se rendent en Italie pour profiter de la "bonne chair". Côté consommateurs, le mouvement bio a bien évidemment le vent en poupe, on s’organise pour acheter sur les marchés et trouver le bon producteur. Pourtant, le bio ne capte que 5% des parts de marché.

L’ennemi public numéro un pour le consommateur est le glyphosate. Le géant agroalimentaire Barilla, par exemple, a décrété qu’il n’achèterait plus un grain de blé suspecté d’avoir été en contact avec du glyphosate. Il refuse donc tout blé en provenance du Canada, premier exportateur mondial de blé dur. Un exemple qui pourrait se multiplier.

 

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Coopération

Le nombre de distributeurs en Italie est à l’image du nombre d’agriculteurs, c’est-à-dire très atomisé pour la vente d’intrants et l’achat de la collecte. On compte près de 6000 entreprises d’appro, qui font parfois de la collecte, et dont les deux tiers sont familiales. Les quatre-vingts premiers distributeurs représentent plus de 20% du chiffre d’affaires. Ils se situent essentiellement au Nord dans les fruits et légumes et le lait.

L’Italie a développé une forme très puissante de coopération, sous la forme de "Consortio", équivalent de nos groupements de producteurs, essentiellement dans la transformation du fromage, de la charcuterie et des légumes. Une organisation remarquable pour exporter.

 

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Témoignage / Premier producteur de riz d’Europe

Dans la province de Vercelli (Piémont), proche de Turin, au nord de l’Italie, les rizières s’étendent à perte de vue. C’est ici que sont produites les meilleures variétés de riz de la planète, dont le Carnaroli et l’Arborio, servant à cuisiner le fameux risotto. Pacifico y exerce le métier de riziculteur depuis son plus jeune âge à la suite de ses parents et grands-parents.

Sa gouaille et sa passion l’amènent à espérer que l’un de ses deux fils prenne sa suite. Le second commence d’ailleurs à faire ses armes à mi-temps sur l'exploitation, en complément d’un travail dans le bâtiment. À près de 70 ans, Pacifico vient d’ailleurs d’investir fortement dans des silos de stockage et dans un tout nouveau moulin pour préparer l’avenir. Il aurait pu prendre une retraite méritée en 2010 mais sa pension aurait été de seulement 830 €/mois. Son exploitation compte 60 hectares dont 45 en propriété.

 

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Une stratégie de création de valeur ajoutée

Pacifico est en colère. Pendant une grande partie de sa vie, comme les 4 350 riziculteurs d’Italie, il a fait confiance à son entreprise de négoce qui lui achetait le riz à la récolte. Mais il y a quinze ans, estimant que la concentration des acheteurs de riz amenait les cinq entreprises leaders à des "discussions entre amis sur les prix", pour baisser le prix d’achat aux producteurs, il a investi pour prendre en partie son autonomie. 50 % de sa récolte (180 tonnes sur 360) est aujourd’hui valorisée sur place. Son nom, la qualité de son riz et son sens du commerce lui permettent de vendre sa production sous la marque "Crespi Pacifico", dans un rayon de cinquante kilomètres. Il estime tripler sa marge sur les quantités ainsi vendues. "C’est une question de survie. J’ai aussi proposé à mes voisins de créer un petit magasin où nous pourrons vendre chacun nos spécialités. Du local en direct pour les habitants des bourgs alentours". Sa première difficulté a été de pouvoir disposer de riz de qualité toute l’année. L’achat de cellule de stockage fut un risque important qu’il ne regrette pas aujourd’hui. "Les silos sont conçus pour éviter les traitements. Tout se fait au gaz, ce qui évite toute trace d’insecticides dans le produit final".

 

Un équilibre précaire

Pacifico n’a pas un rythme de vie flamboyant. Il aime ce qui est simple et a du bon sens. Tout a été systématiquement réinvesti. Peu de faste, mais une joie de vivre et de partage. Ces longues années de labeur l’ont enrichi, puisqu’il a racheté progressivement son outil de production quand il le pouvait. Un hectare de terre vaut entre 50 000 et 70 000 €. "Le matériel me coûte très cher pour le temps utilisé. Hélas je n’ai pas encore réussi à investir en commun. Les Cuma n’existent pratiquement pas en Italie". Il travaille avec un contrat d’entreprise pour un petit voisin de 20 ha qui est un "week-end farmer" ce qui baisse un peu ses charges.

Pour ses cultures, il essaie d’utiliser le moins d’intrants possible. Un traitement systématique est effectué avant le semis quand les champs sont à sec. Et comme dans la majorité des exploitations, il a quatre employés qui désherbent à la main, de juillet à septembre. "C’est mieux que le bio mais je n’ai pas la certification. Se passer totalement de chimie est impossible". Lui est de toute façon convaincu que son riz est meilleur et plus sain qu'un riz bio.

 

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Des contrôles permanents

L’eau qui provient du lac Majeur, les digues pour organiser la biodiversité, l’utilisation des pesticides et l’analyse qualité de son produit final, sont sources de contrôles qui agacent Pacifico. "Bien sûr, je souris quand je reçois 1 000 €/ha d'aides dont 600 d’aides directes de l’Europe, mais à quel prix et pour quel investissement ? Les 6 à 9 contrôles inopinés par an sont usants. On nous infantilise, ce qui est insupportable".

 

Le pays en chiffresSuperficie : 301 340 km² (soit 65 % celle de la France)

SAU : 6 600 km² (soit 36 % celle de la France) avec beaucoup de montagnes

Population : 25,05 millions d’habitants dont 1,5 % travaillent en agricole

PIB (2017) : 1,7 milliards € (3/4 de la France) dont agriculture : 2,2 % ; industrie : 23,9 % ; services : 73,9 %

Importations françaises en Italie (2017) : 4,1 milliards €

Exportations de l'Italie vers la France (2016) : 5,3 milliards €

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