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Des protéines végétales bretonnes pour réduire les importations de soja

Si la Bretagne importe 95 % des protéines végétales dont elle a besoin pour nourrir ses animaux d’élevage, le GIE SVP est bien décidé à inverser la vapeur ! Unis au sein de ce projet, Eureden, Tromelin nutrition et Valorex ont pour ambition de relancer la culture des légumineuses à graines et de les valoriser dans l’alimentation animale, grâce à un procédé unique de cuisson.

Pour inciter les agriculteurs à se lancer, Eureden va donc contractualiser 500 ha de féverole, à au moins 215 €/t, dès cette année, et autant de pois.

"En France, près de 40 % des matières végétales riches en protéines destinées à la consommation animale sont importées, un taux de dépendance qui atteint près de 95 % en Bretagne". C’est de ce constat partagé qu’est né, il y a un peu plus d’un an, le GIE SVP, services de valorisation des protéines, porté par la coopérative Eureden et les fabricants d’aliments Tromelin nutrition et Valorex. Portés par une volonté commune, "co-construire une filière protéines végétales qui soit rentable et dont le modèle puisse être dupliqué à l’échelle du pays", ils se sont répartis les tâches.

 

Contractualiser la culture

À Eureden, il revient de développer les cultures de légumineuses en Bretagne. "Pour le moment, elles n’occupent que 0,6 % de la SAU bretonne, alors que les céréales en couvrent 30 %", calcule Yves Nicolas, directeur productions nutrition et santé animale. Les accords commerciaux des années 60 ont déroulé le tapis rouge au soja d’importation, sonnant le glas des légumineuses à graines, féverole, pois, lupin ou soja.
En l’absence de marché rémunérateur, recherche scientifique et expérimentation agronomique sont abandonnés. Tout reste donc à construire, alors qu’on note aujourd’hui un regain d’intérêt pour ces cultures, dans un contexte de recherche de pratiques agricoles plus durables.
"Les légumineuses sont sources de protéines végétales de bonne valeur nutritionnelle. Mais aussi d’excellentes têtes d’assolement, en fixant l’azote atmosphérique, en améliorant la structure du sol, en favorisant les populations d’auxiliaires, en rompant le cycle de développement des adventices et des bioagresseurs. Et une étude de l’Inrae a démontré qu’elles améliorent de 120 €/ha la marge brute de la culture de blé suivante, avec un rendement supérieur de 5 q/ha et l’économie d’un passage de phyto et de 20 unités d’azote".
Néanmoins, la marge brute à l’hectare reste inférieure à celle des céréales. Pour inciter les agriculteurs à se lancer, Eureden va donc contractualiser 500 ha de féverole, à au moins 215 €/t, dès cette année, et autant de pois. Et relancer des essais sur les variétés, le travail du sol, l’efficacité des solutions de bio-contrôle… "L’objectif est d’améliorer les rendements et de rémunérer les agriculteurs".

La crise sanitaire a mis en exergue les problématiques de dépendance du pays.

Un traitement thermique adapté

De son côté, Valorex a mis au point un traitement spécifique de ces graines, développé dans son usine de Combourtillé (35) et, grâce à un transfert de technologie, chez Tromelin nutrition, qui vient d’investir plus de 3 millions d’euros dans un nouvel outil industriel à Plounéventer (29).
"De nombreux essais démontrent que la cuisson des graines réduit significativement la dégradabilité de la protéine dans le rumen et améliore la digestibilité intestinale, explique Alexandra Klouytten, responsable
R et D de Tromelin nutrition. Et à condition de choisir les bons paramètres de traitement, il devient possible de remplacer le tourteau de soja par des graines protéagineuses dans les rations des laitières".
Un essai mené dans un élevage de 43 laitières des Côtes d’Armor montre que, pour une même quantité de lait produite, 29 kg/vache/jour, le coût de la ration avec l’aliment GIE est un peu moindre, pour un gain annuel de 3 267 €, porté à 7 767 € si le lait est valorisé dans une filière non OGM. "Et le bilan carbone passe de 15 kg/vache/jour à 11 kg, soit une diminution de 26 % !"
Des essais ont aussi porté sur le porc. "À l’échelle d’un élevage moyen, 6 000 charcutiers vendus par an, réduire de moitié le soja dans la ration et le remplacer par une association féverole et pois réduit de 8 % les émissions de carbone pour un surcoût de seulement 2 €/t d’aliment".

protéines végétales bretonnes

Une filière structurée

"La crise sanitaire a mis en exergue les problématiques de dépendance du pays, notamment en matière d’alimentation, rappelle Stéphane Deleau. Et le nouveau plan protéine devrait encourager les initiatives visant à réduire le soja d’import". Déjà en ordre de marche, le GIE devrait s’en trouver conforté. "Notre démarche est inédite, souligne le directeur général de Valorex. En organisant une filière structurée, avec des graines tracées, nous voulons rendre la France moins dépendante en protéines végétales. Grâce à notre savoir-faire unique, nous sommes prêts à nous développer à l’échelle nationale". Et déjà le GIE lorgne du côté de l’alimentation humaine, "où toute l’offre reste à construire".

 

Un plan protéines dans le plan de relance

Julien de Normande l'a rappelé la semaine passée lors de son intervention à la tribune du Space. L'agriculture émargera bien aux 100 Milliards d'Euros du plan de relance . 1,2 Milliards sont "fléchés" vers l'agriculture mais il a bien souligné ces enveloppes seront fongibles. Cela signifie que la règle sera celle du premier arrivé, premier servi, et que si une ligne met trop de temps à être consommée elle sera utilisée à d'autres "tâches". 120 Millions ont été identifiés pour un plan protéines. Ce n'est pas le premier puisqu'en 2014 Stéphane Le Foll avait déjà créé un plan de développement des légumineuses dans le cadre du projet agro écoloqique pour la France.

 

Insectes et bois, des protéines en devenir ?

L'accès, le coût et l'autonomie en protéines devient un enjeu majeur pour l'agriculture. Alors que les graines légumineuses semblent porposer une alternative viable et soutenue par le "plan protéines végétales pour la France", d'autres entreprises se lancent dans des initiatives audacieuses en proposant des insectes et du bois.

Arbium : du bois pour l'aquaculture

protéines végétales bretonnes

Arbiom transforme des résidus forestiers en matière première riche en protéines à destination des poissons d’élevage. L'aquaculture est le premier débouché de ces protéines à base de bois mais d'autres marchés sont à l'étude comme la petfood, l'alimentation des porcelets ainsi que l'alimentation humaine. Laura Vasseur, représentait la marque lors d'un webinaire organisé en partenariat avec le Space. Elle explique que "l'industrie du bois est mature, permettant une bonne traçabilité du produit et qui n'est pas en concurrence avec des biens consommables. Par ailleurs, le bois est un produit disponible toute l'année et non-OGM". La société est en passe d’industrialiser sa production en concevant un démonstrateur industriel installé sur le site de Norske Skog à Golbey (Vosges).

Mutatec : des insectes au menu

protéines végétales bretonnes

L'entreprise Mutatec propose de convertir les résidus organiques par des insectes. "Nous utilisons l’Hermetia illucens, ou "mouche soldat", présente naturellement en France, et avec laquelle nous avons mis au point un itinéraire technique d’élevage applicable à grande échelle", explique Côme Guidou, chef de produits Junior chez Mutatec. L'entreprise produit un substrat, à partir du gaspillage alimentaire notamment de végétaux, d'oeufs et de produits laitiers, où se developpe les lavres d'insectes. A ce jour, elle fournit ses produits à l'aquaculture mais espère pouvoir entrer dans les cahiers des charges du porc et de la volaille grâce aux contrôles sanitaires stricts qu'elle s'impose. "C'est une filière qui respecte la naturalité alimentaire, qui est économe en ressource naturelle et issue du recyclage. Outre des résultats techniques de rendements très intéressants (+6 % de poids final en plus sur la truite arc-en-ciel), la santé des animaux qui consomment des instectes est améliorée", ajoute Côme Guidou. Elle précise : "nous sommes une filière émergente, où les prix restent encore élevés. Nous n'avons pas vocation à remplacer complétement le soja".

Hélène Bonneau - Terra

 

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