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La FPA, entre crainte et espoirs pour les éleveurs porcins

La conférence de presse du Comité régional porcin (CRP) au Space avait cette année une sonorité presque positive, même si la prudence est de mise. La fièvre porcine africaine (FPA1) en Chine est paradoxalement aujourd’hui une alliée inespérée pour améliorer la situation du marché et des éleveurs de porcs. Mais un seul cas de la même FPA en France pourrait à lui seul remettre à néant cette amélioration. Pour autant les responsables de la filière invitent les éleveurs à profiter de l'embellie et plaident pour une relance de l’investissement dans les élevages qui en ont un "besoin criant".

Comité régional porcin (CRP)
Michel Bloc'h, président de l'Union des groupements bretons, Philippe Bizien, président du CRP et Jacques Crolais, directeur, lors de la conférence de presse au Space.

"On sort de tellement d'années de marasme, la situation actuelle est une occasion exceptionnelle de remettre de l'investissement dans les élevages", indique Michel Bloc'h président de l'UGPVB (Union des groupements bretons). "Les élevages ont un besoin criant d'investissement", ajoute Philippe Bizien, le président du CRP. Les deux responsables insistent sur cette nécessité impérieuse de remettre l'élevage breton dans la course de la compétitivité et de la technicité. Car, "le mauvais temps reviendra forcément". Il faut donc que les éleveurs réinvestissent dans les élevages, et pour cela ils doivent "reprendre foi en l'avenir".

 

Une nécessité de réinvestir

Pour le moment l'amélioration de la trésorerie liée à une hausse des cours n'a pas encore fait bouger les lignes dans les exploitations. "On ne constate aucune amélioration sur les ouvertures de crédit", ce qui signifie que "le bonus de trésorerie dégagé par l'amélioration des cours a surtout permis pour le moment de payer les fournisseurs en retard".

Mais les deux présidents estiment manifestement durable l'embellie actuelle, et souhaitent que les éleveurs fassent le pari de cette relance de l'investissement, avec plusieurs priorités : l'excellence sanitaire, l'adaptation aux attentes sociétales, en matière sanitaire, sociale, environnementale et de bien être animal.

 

Légiférer sur les intrusions en élevage

Pour Philippe Bizien, "la maladie se propage comme une traînée de poudre, et concernera environ 25 % du cheptel mondial". L'essentiel pour les éleveurs européens est bien de se protéger de la maladie pour préserver le marché que représente la Chine. La France a un besoin impérieux de garder son statut indemne. Pour le moment, la situation, notamment en Belgique, est "stabilisée mais pas éradiquée". "Il faut aller plus loin et légiférer, durcir la loi, pour les personnes qui commettent des intrusions dans les élevages. Ça devient insupportable, ces intrusions font courir un risque majeur à la filière". Mais surtout, prévient Philippe Bizien, "ça finira en drame".

Contrecoup de cette évolution à la hausse des marchés à l'export, les prix du porc en France connaissent une embellie presque inespérée... mais comme toujours en pareil cas, le maillon charcuterie peine à répercuter sur l'aval les hausses de prix qu'il ne peut que constater. Des clauses de re-négociations existent bien avec la grande distribution pour faire face à des évolutions brutales de marché, mais elles semblent difficiles à mettre en œuvre. Les responsable de la filière porc demandent à ce que l'on sorte des négociations avec la grande distribution annuelles dans leurs modalités actuelles, pour aller vers une indexation des prix des produits transformés sur le cours du porc et le prix des pièces.

 

Organiser la filière

Pour la filière bretonne notamment, le maillon charcuterie est essentiel, dans la mesure où il permet de valoriser un ensemble de pièces qui ne sont pas exportées. Il est donc essentiel à l'équilibre du marché, sans quoi des outils risquent de fermer en France. L'enjeu porte sur les savoir-faire voire les produits qui risquent de disparaître, mais bien plus, sur l'emploi et le déséquilibre des marchés.

Mais cet aspect reste bien sûr marginal. Sans les répercussions de la crise de la FPA, le marché serait aujourd'hui complètement atone, tel qu'il était au début d'année. Les responsables de la filière rappellent donc que la question de l'organisation de la filière porcine reste un sujet d'actualité. Les CRP de Bretagne, Pays de la Loire ainsi que l'Union normande des groupements "porcs" ont annoncé leur intention de porter un plan stratégique pour les éleveurs. Il s'agit notamment de créer une AOP - association d'organisations de producteurs - permettant de redonner du pouvoir aux producteurs sur les marchés.

Le chantier avance toutefois doucement. Un projet a été soumis aux présidents des organisations de producteurs (OP) le 28 août 2019, puis présenté devant tous les conseils d'administration des OP. Des discussions doivent s'ouvrir avec la Commission européenne, et le ministère de l'Agriculture en vue d'obtenir une reconnaissance. Et il ne faudrait pas que l'embellie des marchés fasse passer cette question de l'organisation de la filière au second plan. Car comme le disent si bien les responsables, "après le beau temps reviendra la tempête". Il est temps de "prendre un virage décisif pour la filière porcine".

 

(1) Aussi appelée PPA, peste porcine africaine.

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