Terra 12 octobre 2018 à 08h00 | Par Claire Le Clève

"Bel orient" : la ferme laitière de demain selon Vital Concept

155 ha, 150 vaches laitières, bientôt 300, conduites par quatre salariés pilotés par un manager. C’est la ferme laitière de demain selon l’agro-fournisseur breton, Vital Concept. Avec ses trois filiales, Patrice Étienne l’a conçue à Bel orient à Rohan dans le Morbihan. Il entend y tester son modèle du futur, comme il l’expérimente avec son équipe cycliste professionnelle.

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L’imposant bâtiment de séchage en grange.
L’imposant bâtiment de séchage en grange. - © Terra

Ce serait "l’avenir de la ferme laitière", selon son créateur, Patrice Étienne, PDG fondateur de Vital Concept, qui l’a présentée lors de portes-ouvertes, le 21 septembre dernier à Rohan.

 

Hyper connectée

L’herbe pour s’y dégourdir les pattes sur l’hectare attenant au bâtiment d’élevage des Jersiaises, n’a pas encore été broutée. Pas plus que celle de l’autre parcelle parking située à l’exact opposé du long couloir couvert réservé à l’exercice des vaches adultes, côté Prim’holstein cette fois-ci.

Depuis mars 2018, date de la fin des travaux, sur l’aire de couchage sur paille de miscanthus broyée, chacune dispose de 10 m², "le confort a été privilégié", insiste le salarié, responsable du troupeau. Elles sont 150, bientôt 300, séparées en deux lots. Elles ne se mélangeront pas, boucle électronique à l’oreille et collier détecteur d’activité au cou, hyper connectées. Deux races, l’une noire déjà là, "race la plus productive", l’autre froment, "race la plus élevée au monde" dont les 70 laitières sont arrivées du Danemark, en mars dernier, en provenance de neuf élevages… Partout, des tapis et un investissement "sans soutien public", précisera le patron Patrice Étienne, qui avoisinerait les 5 000 euros la place, "3 500 pour le bâtiment lait". 1,5 million de litres de lait sont produits.

 

Deux lots

Bordant l’extérieur du long couloir d’exercice nettoyé automatiquement par chasse d’eau, des nourrisseurs de foin de 2,5 t, emplis jusqu’à la gueule, une fois par semaine, avec la mélangeuse de 35 m³. Six heures y suffisent. "La ration est constante toute l’année pour le confort digestif des animaux et on vise l’autonomie alimentaire, c’est une priorité", note l’ex-propriétaire des lieux, François Jégo, devenu salarié, en charge du pôle végétal. En parallèle, l’aire de couchage. Perpendiculaire, un couloir mène à la salle de traite, une 2x16 TPA, simple équipement, "du matériel évolutif qui pourra passer à 2x22 demain avec l’agrandissement du troupeau, contrairement à des robots", pointe l’un des trois salariés dédiés au pôle élevage. Deux y consacrent matin et soir 2 heures 15 pour traire les 150 vaches laitières.

 

Foin, l'aliment stratégique

Plus bas, un long bâtiment abrite les génisses, conçu sur le modèle de couloir ouvert à la néo-zélandaise, "pour réduire le coût de maçonnerie". Toutes les femelles de l’exploitation y sont élevées. "Les Prim’holstein vêlent à 24 mois, les jersiaises à 22", et seules, si c’est la nuit, car il n’y a plus de présence humaine. Encore plus bas, l’imposant hangar à fourrage abrite le système de chauffage en grange, avec déshumidificateur, et trois cellules de 220 m² pour abriter ce foin. "Un aliment stratégique, la base du système qu’il nous faut sécuriser", pointe Patrice Étienne. 1 200 tonnes de matière sèche sont produites sur 80 ha de ray-grass hybride et 20 de luzerne. Maïs récolté en grain, blé et orge composent le reste de l’assolement dont 70 ha sont irrigables "si besoin", à partir d’une retenue collinaire. Plus loin encore, une fabrique d’aliment à la ferme pour doser et mélanger les matières premières avec les additifs et transfert pneumatique vers 12 silos qui alimentent 14 stations DAC.

 

La ferme de demain ?

Il en est persuadé, "c’est la ferme de demain" qu’a présentée le PDG de Vital concept, "une ferme expérimentale". Car "nous devons redoubler d’efforts pour accompagner la mutation de nos campagnes", estime ce passionné d'agriculture mais aussi de cyclisme qui par ailleurs finance son équipe professionnelle basée à Theix (56). Et un constat pour ce dirigeant : "Le nombre d’installations ne permet plus le renouvellement. Le travail sera confié à des salariés", dont actes. Alors, il a placé à la tête de son entreprise capitalistique, financée sur "fonds propres", un manager, son fils, formé au marketing et management et recruté quatre salariés "dont le temps sera compté". Et sur cette ferme qu’il souhaite expérimentale mais sans conventionnement avec des organismes de recherches, quatre axes seront travaillés "pour être sources d’innovations" dont "l’efficacité du travail", pensée dans ses moindres détails, "le bien-être animal" pour répondre entre autres à l’attente sociétale, "l’optimisation du potentiel agronomique des sols", via les outils de "l’agriculture de précision", et "l’efficacité économique" grâce à la collecte et l’analyse d’une multitude de données… Un site "expérimental" pour les sociétés du groupe, une vitrine de l’entreprise.

 

 

Patrice Étienne, PDG de Vital concept.
Patrice Étienne, PDG de Vital concept. - © Terra

Vital Concept

Spécialiste de la vente à distance, le groupe créé et dirigé par Patrice Étienne avec 225 salariés a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires "qui a doublé en 5 ans" atteignant 82 millions d’euros en 2017 pour un portefeuille de 35 000 clients dont près de 30 000 agriculteurs. Le groupe est composé de trois sociétés, Agri-tech (créé en 1990), spécialisé en conseil agronomique, Vital concept (créé en 1996), spécialisé en vente à distance d’agro-fournitures vers la France et la Belgique depuis ses entrepôts et surface de vente de Loudéac dans les Côtes d'Armor (siège social) et Alphatech, basé à Plaintel (22) spécialisé sur la formulation et la production de compléments alimentaires et d’hygiène.

 

 

 

 

Un long bâtiment couloir abritant l’aire de couchage d’un côté, 
celle d’exercice de l’autre et séparé en deux pour scinder 
les deux troupeaux, l’un de Jersiaises, l’autre de Prim’holstein.
Un long bâtiment couloir abritant l’aire de couchage d’un côté, celle d’exercice de l’autre et séparé en deux pour scinder les deux troupeaux, l’un de Jersiaises, l’autre de Prim’holstein. - © Terra

La ferme en chiffres

7 000 m² de bâtiments répartis sur 4 ha d’emprise.

Superficie par vache : 10 m² d'aire de couchage, 5 m² sur l’aire d’exercice.

155 ha de SAU sur deux sites, Saint Barnabé (22) et Rohan (56) dont 70 ha sont irrigables.

Pour assurer l’autonomie alimentaire du troupeau des 70 Jersiaises et 80 Prim’holstein et la suite donnant 1,5 million de litres de lait :

80 ha de ray-grass hybride et 20 ha de luzerne, séchés en grange, soit 1 200 tonnes de matière sèche. 25 ha de maïs ensilage, 20 d’orge d’hiver, 10 de maïs grain.

Salle de traite : 2x16 simple équipement TPA.

Durée de la traite : 2 heures 15

Quatre salariés et un manager.

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