Terra 17 octobre 2018 à 14h00 | Par André Sergent

Attentes sociétales et conditions d’élevage : une équation impossible ?

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André Sergent, président de la chambre d’agriculture du Finistère
André Sergent, président de la chambre d’agriculture du Finistère - © Terra

"Tous les jours, dans tous les médias, de nouvelles attentes sociétales sont mises en avant, allant jusqu’à mettre en doute la qualité des produits de notre agriculture, de notre agro-alimentaire et nos pratiques. Bien évidemment, nous pouvons argumenter et répondre point par point mais nous voyons bien que cela ne suffit pas.

Qu’attendent les consommateurs en termes de bien-être animal porcin par exemple ? Finalement, de façon caricaturale, c’est assez simple : ils veulent des animaux élevés proche de l’état sauvage : "Les cochons dans les bois" ! Nous savons que cette vision bucolique de l’élevage est impossible que ce soit en termes de rentabilité, de risques sanitaires, de travail des éleveurs ou encore plus simplement de possibilité de nourrir les populations.

L’équation entre attentes sociétales et agriculture moderne est-elle alors impossible ? Je pense que non, mais c’est à nous de proposer des solutions innovantes pour décliner le bien-être animal en espace confiné. Certains pays d’Europe (Pays Bas et Allemagne) ont déjà engagé la réflexion en repensant la totalité de leur système :

- des bâtiments innovants lumineux, avec de grands volumes et des surfaces permettant de délimiter les différents espaces de vie de l’animal (couchage, alimentation, déjections),

- une alimentation riche en fibre allant jusqu’à intégrer des ensilages de luzerne, de céréales immatures voire de maïs plante entière,

- des conduites en grands groupes (jusqu’à plus de 300 porcs charcutiers) combinées à des technologies d’alimentation de pointe permettant au quotidien de mesurer le gain de poids et la qualité de carcasse de chaque animal et d’en adapter la ration.

La combinaison de ces différentes techniques permet d’élever des porcs sans caudectomie, sans castration, sans épointage de dents, tout en conservant la sécurité sanitaire des élevages et en garantissant des conditions de travail agréables pour les éleveurs.

Bien entendu, tout cela a un coût ! Comment envisager de telles évolutions dans nos élevages alors que le prix de nos produits nous permet à peine de vivre et encore moins d’investir dans de nouveaux bâtiments et de nouvelles technologies ?

Pour engager de telles évolutions permettant de répondre aux attentes sociétales mais aussi de redonner toute leur légitimité à nos productions et des perspectives à nos jeunes, la clé de la réussite pour la filière française sera de mettre en place une valorisation de nos produits prenant en compte le niveau d’évolutions mises en œuvre dans nos élevages.

Alors oui, nous pourrons répondre aux attentes sociétales pour peu que chacun se souvienne qu’il est aussi un consommateur et que la réponse à ses attentes a un prix !"

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Séverine (29) | 17 octobre 2018 à 21:31:54

Et si c'est possible d'élever des cochons dans les bois ! La ferme de kervilavel à Plougastel-daoulas y arrive très bien !

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