Terra 02 juillet 2019 à 16h00 | Par Agra

UE-Mercosur: un accord sur le dos de l’agriculture

Abonnez-vous Réagir Imprimer
- © Pixabay

«Il ne faut pas nier que nous avons dû faire des concessions importantes pour parvenir à un résultat équilibré et ambitieux», a dû admettre le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan le 28 juin, commentant l’accord commercial que venaient de conclure à 19 heures à Bruxelles négociateurs de la Commission européenne et du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). Un accord jugé catastrophique par les organisations agricoles de l’UE — et aussi par les écologistes — qui ont dénoncé notamment l’ouverture du marché européen de denrées produites selon des critères environnementaux et sociaux bien moindres. L’UE s’est ainsi engagée à ouvrir d’importants contingents d’importation tarifaires pour une série de produits sensibles, notamment : graduellement sur 5 ans, 99 000 tonnes de viande bovine (quelque 44 000 t étant réservées au Brésil), dont 55 000 t de viande fraîche et réfrigérée et 45 000 t de viande congelée pour la transformation, au droit de 7,5 % ; sur 5 ans également, 180 000 t de volaille à droit nul ; 180 000 t de sucre à droit nul ; sur 5 ans, 650 000 t d’éthanol (dont 450 000 t pour l’industrie chimique), avec un droit de 6,4 €/hl pour le produit non dénaturé et de 3,4 €/hl pour le produit dénaturé.

Les syndicats serrent les rangs

La FNB (éleveurs bovins) appelle à manifester contre l’accord de libre-échange avec le Mercosur «dès le 2 juillet», a déclaré son président Bruno Dufayet à Agra Presse. Organisées par la FNSEA et toutes ses associations spécialisées, ainsi que par les JA, ces actions visent certaines préfectures de province. Pour M. Dufayet, l’accord avec le Mercosur est «la goutte d’eau qui fait déborder le vase». «On ne peut à la fois porter les EGA et signer un tel accord» qui prévoit l’ouverture d’un quota de 99 000 t de viande bovine. «La clé est entre les mains d’Emmanuel Macron et celles des députés européens», souligne le président de la FNB, qui appelle le Conseil et le Parlement européens à refuser l’accord conclu par la Commission le 28 juin. «On nous a toujours dit que l’accord inclura des lignes rouges, mais il n’y en a pas», regrette Bruno Dufayet. Selon lui, «la clause de sauvegarde [introduite par Bruxelles] ne protègera pas les éleveurs.» La suite donnée à ces actions dépendra de l’évolution de la situation, qui sera abordée lors d’un rendez-vous entre Didier Guillaume (ministre de l’Agriculture) et Christiane Lambert (présidente de la FNSEA) le 2 juillet au matin.

La Coordination rurale (CR) organisera une manifestation devant l’Assemblée nationale le 17 juillet, jour où sera examiné l’accord de libre-échange avec le Canada (Ceta). «Nous demandons aux députés de prendre l’engagement moral de ne pas ratifier le Ceta», explique Alexandre Armel, responsable de la section viande de la CR. Son syndicat a envoyé des courriers aux parlementaires la semaine dernière et aurait reçu «des retours positifs de différents bords politiques». Concernant l'accord avec le Mercosur, la Coordination rurale demande dans son communiqué du 1er juillet: «Pourquoi les agriculteurs européens devraient-ils continuer de fournir des efforts imposés par l’UE alors qu’elle les sacrifie délibérément?» «En acceptant l’entrée de 99 000 t de viande bovine du Mercosur, 65 000 t du Ceta, en plus des 45 000 t du panel hormones (…) ou encore 40 000 t de Nouvelle-Zélande, nos dirigeants renient les objectifs de transition écologique annoncés lors des EGA», ajoute-t-elle. La CR appelle les parlementaires européens à ne pas ratifier l’accord avec le Mercosur, estimant que «l’Europe perd sa souveraineté alimentaire et ses agriculteurs.»

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes
L’actualité en direct
Infos techniques terra sur Synagri

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui