Terra 24 juillet 2014 à 08h00 | Par J.Dubé

La relance économique passera par l'investissement

La Bretagne connaît encore un été difficile sur un plan économique et social. Les filières porc et volaille accumulent les difficultés et les mauvaises nouvelles. Terra a sollicité Jacques Jaouen, président de la chambre régionale, qui malgré les difficultés veut rester optimiste.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Jacques Jaouen, Président de la chambre régionale d'agriculture 
de Bretagne
Jacques Jaouen, Président de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne - © Terra

Récemment le DG de Doux s'est déclaré plutôt optimiste sur la situation de son entreprise. A l'inverse, les salariés et les éleveurs Tilly Sabco ont exprimé leur inquiétude. Comment voyez-vous l'avenir de la filière volaille export ?

Jacques Jaouen. J'ai bien entendu les propos d'Arnaud Marion le DG de Doux mais, dans le contexte actuel,  je préfère être prudent. Je sais simplement qu'il y a eu des réunions notamment au ministère, qui confirmaient que les choses allaient plutôt dans le bon sens, tant mieux. Par contre je pense qu'il faut regarder le dossier volaille dans sa globalité. Tilly Sabco est en grande difficulté. Actuellement, des actions sont conduites par  les éleveurs et les salariés. Les seconds risquent de se retrouver sans travail et les éleveurs ne sont même plus approvisionnés. Ce qui se passe chez Tilly Sabco est absolument catastrophique.

Pourtant, il y a des opportunités sur le marché export. Nous avons des outils qui correspondent à ce marché, il faut se battre pour les maintenir, même s'il n'y a plus les compensations par rapport aux monnaies.

Mais il faut aussi répondre dans le même temps au marché interne. Ce ne sont pas les mêmes outils, les mêmes poulets, cela demande une orientation un peu différente, voilà pourquoi il faut une réflexion globale sur le sujet.

A  court terme que faudrait-il faire ?

J.J. Il faut avoir une réflexion franco-française, s'organiser à plusieurs sous forme d'un consortium pour tenir et structurer cette filière. Des clients sont intéressés par notre production, il y a urgence. Actuellement, c'est le pire des scénarios qui est en cours, on est en train de casser la filière.

Bien-sûr, on peut regretter le manque d'anticipation. La fin des restitutions était annoncée. Bien-sûr, il fallait se battre pour les conserver. Mais il y avait dans le même temps une réflexion à mener pour savoir comment garder cette filière en cas d'arrêt des restitutions. Cela n'a pas été fait, on peut le regretter pour la filière bretonne et la filière française dans son ensemble.

Pensez vous qu'il existe un avenir pour une filière export en volailles ?

J.J. Les experts le disent, la consommation de viande qui augmente le plus dans le monde c'est la volaille. Il existe un potentiel sur ce marché-là. Les pays qui produisent actuellement ne pourront pas répondre beaucoup plus. Le client de son côté, s'il n'a qu'un seul pays fournisseur comme le Brésil, se met en danger, au premier pépin sanitaire. Les pays importateurs ont intérêt à répartir les risques. Mais, bien-sûr, un poulet français, produit en France, à la qualité française, a un prix.

L'Etat doit-il intervenir ?

J.J. C'est avant tout à la filière de se structurer. Je sais que des discussions sont en cours, il nous faut travailler pour sortir par le haut. Le marché international est porteur, mais reste la question de la disparité entre les monnaies. La compensation venait jusque-là combler ce différentiel. Elle a disparu. L'Europe ne peut pas rester bras ballants devant cela. C’est le rôle de l’Europe d'atténuer cette disparité.

Au niveau français, on le dit depuis des années, l'Etat est attendu sur la simplification, mais il faut aller encore plus loin, plus vite, dans la simplification et diminuer les charges. Depuis des années, on a empêché les exploitations de se développer. On avait des éleveurs performants, qui en veulent, qui travaillent durement, on a tout fait pour les casser, c'est révoltant.

Autre dossier difficile, celui de la filière porcine, et notamment le devenir des abattoirs.

J.J. Une proposition de reprise doit être faite par SVA Jean Rozé, pour le groupe Intermarché. Je ne connais pas exactement leur projet, mais il y aura probablement une reprise. Mais il faudra une réflexion de fond pour savoir ce qu’on doit faire et avec quelle organisation. La filière, les responsables politiques, devront être associés, l'administration devra être moins tatillonne, comprendre les enjeux, donner la possibilité aux producteurs d'investir, de s'adapter,  bref mettre de l'intelligence dans tout ça.

La filière porcine est-elle condamnée au déclin ? Existe t-il des perspectives dans un contexte obscurci par la situation en Ukraine ?

J.J. Qu'a-t-on fait depuis des années, à part mettre des bâtons dans les roues de cette production? La production a baissé. Et elle risque de baisser encore. Les outils d'abattage tournent moins, tout un enchaînement défavorable se met en place.  Mais il ne faut surtout pas tomber dans un pessimisme généralisé.

Les difficultés d'exportation, avec l'Ukraine, sont des problèmes politiques et géopolitiques. Il y en a toujours eu et on en aura tout le temps. Puisqu'on ne peut pas les éviter, il faut se préparer et réfléchir sur ce que l'on fait lorsque l'on est face à ces situations difficiles, afin d'essayer d'atténuer ces risques-là. En face de nous, les concurrents sont plus organisés, plus puissants.

Nous devons nous obliger à définir une stratégie bretonne ou grand ouest, différente.

Quelle est votre perception de la situation de l'agriculture bretonne aujourd'hui ?

J.J. J'ai envie d'évoquer le secteur du légume dont on parle peu. L'hiver peu froid a été complexe, difficile à gérer, pour cette filière. Les acteurs de cette filière travaillent pour être plus performants. On ne peut surtout pas leur reprocher de ne pas travailler pour structurer leur filière ! Mais lorsqu'ils investissent dans des stations de transformation et d'expédition, on leur crée les difficultés. Lorsqu'ils créent Combi-ouest pour développer le ferroutage, ils sont obligés de se battre contre la SNCF ou RFF.

Quelquefois le vrai problème en France est franco-français ! L'Etat, la société, ont plutôt affaibli la production agricole par de la complexité.

Il faut simplifier, il existe des perspectives, il faut à nouveau faire confiance aux gens, les écouter, laisser faire les initiatives, parce que la relance économique de la France passera par l’investissement. Ce n'est pas en taxant, en pénalisant les gens qui investissent que l'on va régler les problèmes de l'Etat. Celui-ci devrait être un facilitateur alors qu'il n'agit souvent qu'en contrôleur.

Il faudra aussi retravailler sur la question de la distribution, qui devra bien un jour intégrer ces problématiques de filière. Ce sera la même chose en lait, la suppression des quotas peut faire peur mais il faut aussi voir les opportunités. Nous avons une force, la qualité, la traçabilité, la garantie sanitaire, ce sont nos atouts face aux marchés mondiaux et ils sont énormes. Mais ces produits, et leurs qualités, ont une valeur, un prix, c'est aussi ce que réclament les paysans bretons.

Les chambres d'agriculture ont réagi de façon virulente à la décision de l'Etat de diminuer leurs budgets ? Que se passe t-il et quel est l'enjeu ?

J.J. L'Etat fait des prélèvements sur les réserves des chambres, sur leur fonds de roulement, ou en prélevant l’impôt à la source. Ce dernier n'a pas augmenté depuis 5 ans. Aussi les chambres d'agriculture doivent chaque jour se poser la question de l'efficacité de leur budget, et des actions qu'elles conduisent. Il serait bon que l'Etat fasse de même. Que chacun participe au redressement n'est pas choquant sur le fond. Mais il faudrait que l'Etat prenne ses responsabilités et se réforme. Tant que l'on n'aura pas fait cela, on devra tous contribuer pour "boucher les trous". C'est dramatique, et le déficit est tel qu'on le reporte sur les générations futures. Je trouve cela très choquant.

Une fois encore, c'est de l'argent qui quitte l'agriculture. Tout ce que les chambres font participe au développement de l'économie et l'emploi.  Ces prélèvements budgétaires vont diminuer les budgets recherche, développement, et remettre en cause des actions d'avenir.

Un projet de réorganisation régionale des chambres d'agriculture est en cours. Quelle en est l'ambition ? Qu'est-ce qui va changer pour les agriculteurs ?

J.J. Tout ce que l'on peut faire ensemble est fait, notamment en régionalisant. C'est déjà le cas sur la  recherche appliquée, et nous recherchons une structuration, une organisation plus simple, plus lisible, plus efficace. C'est l'ambition de notre projet "convergence".

Ce projet, c'est travailler pour être plus efficace, faire des économies, et être plus présents sur le terrain.  C'est aussi le sens de "l'histoire". Je vous renvoie au débat national sur la redéfinition des régions et de leurs rôles. Demain, la région sera le lieu où beaucoup de décisions se prendront.

Notre souhait est d'être acteurs, pour ne pas subir, partager entre nous et surtout définir l'ambition et le type d'agriculture vers lequel nous voulons aller.

Propos recueillis par Jean Dubé

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui