Terra 08 décembre 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Agriculture de conservation, ils tracent le sillon

Techniques culturales sans labour, semis direct sous couvert... Venus de toute la Bretagne à l’invitation de la FRGEDA et de Res’agri 56, des "chercheurs des possibles" ont partagé leurs pratiques et expériences sur l’agriculture dite de conservation des sols, lundi dernier à Inguiniel (56).

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Venus de toute la Bretagne à l’invitation de la FRGEDA et de Res’agri 56, ils étaient nombreux à être venus partager leurs pratiques et expériences sur l’agriculture dite de conservation des sols.
Venus de toute la Bretagne à l’invitation de la FRGEDA et de Res’agri 56, ils étaient nombreux à être venus partager leurs pratiques et expériences sur l’agriculture dite de conservation des sols. - © Terra

"Avoir ça sur tout l’horizon. Une belle terre, bien meuble". La bise du Nord qui souffle sur les parcelles d’Hubert, Chantal et Thibaud Le Masle ne décourage pas la centaine de participants à regarder sous la phacélie, l’avoine diploïde, la vesse ou le radis chinois qui composent le couvert végétal. C'est l’un des trois ateliers de cette première visite. À la bêche, ils viennent de l’attaquer. "C’est beau comme sol. La décomposition de la matière organique, c’est extra", savoure-t-on.

Chercher des possibles

Depuis 17 ans, Hubert Le Masle, membre d’un groupe GIEE, expérimente les cultures sans labour sur les 80 ha de la ferme, "pour la portance des sols, pour favoriser le travail des vers de terre et économiser sur les coûts de mécanisation", justifie-t-il. "Et c’est une autre éthique de la préservation des sols", enchaîne ce producteur de porc et de volaille d’Inguiniel (56). Les attendus ne sont pas négligeables pour ceux qui adoptent ces pratiques combinatoires pour préserver leurs sols, pour y favoriser la production agricole, encourager les auxiliaires et tenir en respect les adventices.

Un peu plus loin, Thibaud Le Masle, le fils, détaille le matériel spécifique acquis après des essais fructueux pour l’occasion. "On aurait aimé l’acheter à deux exploitations", glisse-t-il face à un équipement de strip-till équipé d’un semoir* qui demeure cher. "Chez nous, le strip-till ne marchait pas bien en semis direct. On a équipé d’une petite dent le disque ouvreur et, c’est incroyable, on règle le problème de la régularité du semis sous couvert en maïs", rapporte un Vendéen.

…changes d'expériences

"Moins vous allez travailler votre sol, plus vous allez devoir concentrer l’énergie à proximité de la culture, surtout pour les cultures de printemps, à cycle végétatif lent, au risque de courir derrière la fertilisation", met en garde de son côté un éleveur finistérien. Il rappelle : "On ne nourrit pas la plante : c’est l’activité biologique du sol qui nourrit le système qui nourrit la plante". Plus loin, l’atelier semis direct bat son plein sur une parcelle conduite sans labour pour la deuxième année consécutive : du blé parmi du trèfle. C'est "une petite révolution" pour ces "chercheurs des possibles", comme se nomme Adrien, l’un des visiteurs. Après ce tour de parcelles, le groupe est allé voir la révolution en marche chez Jean-Marie Quemener, quelques kilomètres plus loin (lire l’encadré). Le retour en salle l’après-midi a permis d’aborder bon nombre de questions dont celles sur la transition vers une agriculture de conservation et les échecs vécus, sur la gestion des semis, des couverts et des rotations, de la fertilisation. Et celle d’actualité de la gestion des adventices, notamment avec la fin programmée de l’utilisation de l’herbicide glyphosate.

(*) Il permet le travail du sol en bande, localisé où seul le futur rang de semis.

Des services apportés

"On a commencé avec le trèfle suite aux travaux du Finistère. Et ça a révolutionné notre technique", résume l’un des éleveurs. "C’est une source d’azote qui nous manquait dans une phase de stockage de carbone", précise un des Finistériens, venus en nombre. Car cette plante de contre-saison aime chaleur et lumière. "Quand on récolte le colza, le trèfle s’exprime alors". Un trèfle particulièrement volubile chez Jean-Marie Quemener, éleveur de porc NE à Kernescleden : "j’attendais même un peu de froid avec impatience pour limiter sa pousse", raconte cet adepte du semis direct, notamment pour cette parcelle en blé après colza, sous couvert de trèfle. Pour les 180 ha de SAU, (avec fabrique d’aliments à la ferme), "on fait attention à nos sols, à la circulation des remorques. Nous avons des fosses satellites pour un épandage sans tonne". Une récolte de colza qui n’a pas été pénalisée par la présence du trèfle, "avec un rendement de 35 qtx/ha. On l’a laissé comme ça, sans repousse et le trèfle est monté. J’ai fait un passage de glyphosate par précaution et on a semé le blé en direct le 20 octobre. L’objectif, c’est de laisser le trèfle en couvert permanent". "En place, il se comporte comme une pompe à azote qu’il libère plus tôt, en janvier ou février, quand on en a besoin, note l’agronome Jean-Philippe Turpin. Avec ça on a 20 % de vers de terre en plus et la décomposition des pailles est bien meilleure".

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Edmond (35) | 11 décembre 2017 à 23:04:00

Bijr, L'article rend compte avec bcp de pertinence sur les ateliers de la matinée...j'y participais et les informations données dans chaque atelier nous encouragent à persévérer dans nos "expérimentations" ou itk perso...il faut se lancer chez soi et vérifier les protocoles possibles adaptés...ces journées la ne devraient jamais être vécues comme des "distributeurs de recettes... Vs ne relatez rien ou si peu du travail de l'aprèm en salle...j'y ai trouvé bcp d'hésitation chez les uns et les autres à participer en apportant ses idées et ressentis...c'est bien vrai qu'il n'y avait aucun conférencier à l'estrade ! c'est bon de se voir à partager nos expériences pour en mesurer les réactions des uns et des autres ...la synthèse de la matinée me semble très bien synthétisée ! avc un peu de détermination, vous pouvez prendre le mm chemein pour le travail de l'aprèm ! hâte de vous lire prochainement.

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