Terra 03 mai 2018 à 09h00 | Par Jean Dubé

Ce pays ne peut plus se permettre de continuer à perdre des paysans !

Le président national des Jeunes agriculteurs, Jérémy Decerle, était en Bretagne la semaine passée. L'occasion pour Terra de le questionner sur l'actualité de l'installation en agriculture et d'évoquer l'évenement Terres de Jim, organisé par les JA en septembre prochain à Javené (35).

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Jérémy Decerle, président national des Jeunes agriculteurs.
Jérémy Decerle, président national des Jeunes agriculteurs. - © Terra

En 2017, La Bretagne est l'une des régions françaises où l'installation se maintient à un  niveau élevé. Mais la dynamique d'installation et de transmission reste fragile. Sur quels leviers
les JA proposent-ils d'agir pour maintenir l'installation,
voire la développer ?

Jérémy Decerle. Il existe plusieurs leviers. Il faut développer encore le dispositif d'accompagnement pour offrir aux jeunes agriculteurs candidats à l'installation l'accompagnement dont ils ont besoin. En agriculture, les exploitations atteignent des niveaux de prix de plus en plus conséquents, comme d'ailleurs dans d'autres catégories socio-professionnelles. L'accompagnement se doit d'être adapté financièrement et humainement pour former les jeunes de la meilleure manière. Les jeunes agriculteurs et l'ensemble des acteurs de l'installation doivent en permanence se poser la question de l'efficacité des dispositifs proposés.

 

Le financement est-il aujourd’hui encore une question clé ?

J.D. Il est essentiel d'adapter les besoins financiers à la réalité des projets. Aux JA, nous avons parlé d'un "mur bancaire" : chaque jeune récupère auprès des partenaires les briques pour construire son mur de financement. Aujourd’hui, nous arrivons à peine à un financement personnalisé. Ceux qui s'installent ne bénéficient plus de la bonification d'intérêts. L'enveloppe n'a pas été perdue, elle a été répercutée dans la dotation, dotation cadrée au niveau national, dont une partie provient de l'Europe, avec des déclinaisons régionales. Nous pensons qu’il faut que d'autres acteurs de l'installation, des collectivités locales, des coopératives, le monde économique d'une façon générale accompagnent le jeune.

 

N'y a-t-il pas un risque que cela conduise à une modification fondamentale
du portage du capital ?

J.D. Nous souhaitons que les acteurs accompagnent et que les jeunes restent maîtres du capital dans lequel ils investissent, ou avec lequel ils sont censés travailler. Nous sommes plus favorables à des prêts, mais toute installation, tout type de projet, a ses particularités et nécessite que l'on s'y penche pour mettre en face les financements adaptés. Cela doit se gérer au cas par cas. Régionalement, chacun doit être soucieux de la mise en place de dispositifs pertinents et efficaces pour les jeunes.

 

La politique d’accompagnement des nouveaux agriculteurs doit-elle être axée uniquement sur l’installation ?

J.D. Effectivement, il existe selon moi un second levier : l'accompagnement des cédants et de la transmission. Notre ambition est que chaque exploitation cédée le soit à un jeune, et n'aille pas forcément à l'agrandissement. Nous avons devant nous ce défi à relever du renouvellement des générations. On ne peut plus se permettre dans ce pays de continuer à perdre des paysans. Un dispositif d'accompagnement de la transmission pourrait être -au moins dans l'état d'esprit- identique à ce que l'on propose aux jeunes, c'est à dire un accompagnement personnalisé des exploitations qui sont cédées.

 

L'enjeu, c'est l'accompagnement des 50 % d'exploitations qui seront cédées dans les dix ans ?

J.D. C'est effectivement le chiffre qui est régulièrement cité en ce moment. Aujourd'hui l'accompagnement est assez flou. Il existe des répertoires départ installation, qui sont censés mettre en relation des cédants potentiels avec des repreneurs potentiels. Il existe des systèmes pour "repérer" les cédants -avec les déclarations de cessation d'arrêt d'activité à la MSA- qui doivent permettre d'identifier la destinée des exploitations potentiellement cédées. Beaucoup d'outils existent, mais ils ne sont pas suffisamment coordonnés et manquent de solidité. Il faut mettre autour de la table un peu plus d'acteurs, des notaires, des conseillers fiscaux, des conseillers de gestion, des acteurs économiques, coopératives… Lorsqu'il est prêt a céder, le paysan dans sa cour de ferme discute avec ceux avec lesquels il a le plus d'affinités. C'est pour cela qu'il est essentiel que tous les acteurs soient aussi soucieux de la transmission et que les organisations professionnelles -avec en tête JA- essaient de faire toucher du doigt ces éléments.

 

Les États généraux de l'alimentation (EGA) ont été un temps fort. Mais l'installation et la transmission n'y ont pas vraiment été abordés.

J.D. Le sujet de l'installation et de la transmission n'a pas été mis en avant dans ce qui est ressorti des EGA. Mais, de fait, l'objectif pour la profession était de redonner du revenu au paysan, donc de redonner de l'attractivité au métier et lui permettre d'attirer un peu plus de jeunes. Donc cela répond en tout cas partiellement à la problématique d'installation. L'installation transmission reste un sujet transversal. Si le métier évolue dans le bon sens, c'est un point positif.

 

Certains jeunes se sont vu demander le remboursement de leur DJA pour des raisons de niveau de revenu. C'est ce qui est appelé la décheance de DJA. Quelle est votre position sur le sujet ?

J.D. Au moment de l'installation, pour chaque demande d'accompagnement financier DJA, une étude économique est réalisée. Celle-ci indique que vous atteindrez tel revenu. La règle veut que si l'on dépasse trois fois le revenu de référence, ou au contraire si on ne l'atteint pas, on doit rembourser tout ou partie de la DJA. Chaque préfet a le pouvoir de décider s'il ira rechercher la DJA perçue ou pas. Nous demandons que chaque dossier soit étudié au cas par cas. Le jeune qui est au dessus des trois Smic, qui vit bien, s’il avait bien connaissance du règlement, que la différence entre l'étude économique et la réalité n'est pas due au contexte agricole ou des choix de non investissement, on considère que ce jeune peut se permettre de reverser la DJA. Par contre, dans le cas d'un jeune qui dépasserait les critères parce qu'il a décidé de ne pas investir pour ne pas mettre en péril son exploitation, c'est plus difficile d'aller lui demander de redonner de l'argent. Il a plutôt essayé de gérer correctement son outil. Dans ce cas, on s'oppose fermement à la demande de déchéance. Pour ceux qui n'atteignent pas le revenu de référence, compte tenu du contexte économique général, ce n'est quand même pas très cohérent d'aller leur demander en plus de rembourser la DJA. Nous faisons confiance aux différents acteurs qui seront autour de la table pour prendre les bonnes décisions. Nous ne sommes pas opposés au fait de respecter le règlement. Chacun le connaît, a "signé au bas de la page". Mais, dans certains cas, prononcer la déchéance, c’est faire payer au paysan le prix de la fluctuation des marchés.

 

Terres de Jim va s’installer en Ille-et-Vilaine en 2018. Pourquoi les JA organisent-ils cet évenement et quelle est l’ambition par rapport à l’installation ?

J.D. Je n'étais pas né quand les finales de labour ont été créées ! Jusqu'à il y a cinq ans, suivant le département où l’on se trouvait, chacun s'identifiait avec un nom différent. Pour l'édition 2014 qui était en lien avec la finale mondiale de labour accueillie en France, le choix a été fait de donner une dimension différente et de créer une marque pour l'occasion. Un vote par internet a déterminé que l'événement s'appellerait Terres de Jim et la mascotte Jim Bataille. L’idée était de permettre d'identifier plus facilement l'action et de maintenir un événement national digne de ce nom. Pendant ces trois jours, nous faisons la promotion du métier, nous offrons au grand public une vision du métier et de ce qu'il apporte au territoire. Les jeunes qui passent voient bien que ce métier a des atouts, qu'il faut le mettre en avant et que des jeunes reprennent le flambeau.

 

L'édition 2018 sera-t-elle un bon cru ?

J.D. Bien sûr. On connaît les capacités des JA. Ils ont déjà démontré leur savoir-faire dans l'événementiel ! Je n’ai aucun doute sur la réussite de Terres de Jim en Bretagne, connaissant les fêtes départementales et les animations que peuvent proposer les jeunes agriculteurs d'Ille-et-Vilaine. Évidemment, ce n'est pas rien. On attend près de 100 000 visiteurs et notre ambition est que chacun reparte enthousiaste. Il faut préparer ce rendez-vous avec beaucoup de méthode, de stratégie, ce n'est pas un "petit truc" ! Je veux seulement affirmer à ceux qui viendront et passeront les trois jours sur place que nous mettrons tout en oeuvre pour qu'ils en repartent heureux !

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