Terra 26 juillet 2018 à 08h00 | Par Julien Piro

Stop aux idées reçues sur l’élevage : un scientifique prend la parole

Dans le cadre d’une conférence organisée vendredi 6 juillet par la chambre d’agriculture du Finistère à Briec, le scientifique Jean-Louis Peyraud a fourni nombre d’arguments pour réhabiliter l’élevage dans l’agriculture et plus largement dans la société. Il a rappelé que l’émergence des critiques des consommateurs vis-à-vis de l’élevage s’est amplifiée dans les années 1990 lorsque celui-ci a été pointé du doigt comme étant à l’origine du développement des algues vertes, puis dans les années 2000 comme participant à l’émission de gaz à effet de serre et, plus récemment, comme utilisant des pratiques faisant souffrir les animaux.

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La France a ainsi perdu en dix ans 9 % de bovins et d’ovins, 5 % de porcs, 10 % de veaux et jusqu’à 50 % de dindes.
La France a ainsi perdu en dix ans 9 % de bovins et d’ovins, 5 % de porcs, 10 % de veaux et jusqu’à 50 % de dindes. - © Annick Conté

Chercheur et spécialiste des productions animales, le rôle de Jean-Louis Peyraud consiste "à éclairer l’avenir". Ce qu’il a expliqué, lors de son intervention intitulée : "stop aux idées reçues sur l’élevage !", c’est que "les critiques se nourrissent de nombreuses fausses informations, a-t-il rappelé. L’élevage serait à l’origine de 18 % des émissions de gaz à effet de serre, selon un rapport de la FAO publié en 2006 ? Faux. Ce chiffre se situe à 14 %. Il faudrait 15 000 litres d’eau pour produire 1 kilo de viande ? Faux encore. Ce volume d’eau prend en compte la pluie qui a servi à faire pousser l’herbe".

 

La production recule

Ces ficelles continuent de prospérer dans des médias complaisants qui s’interrogent rarement sur l’exactitude de ces "fake news". Cependant les critiques demeurent dans un contexte de baisse de la consommation de viande dans les pays riches. Résultat, la production recule. La France a ainsi perdu en dix ans 9 % de bovins et d’ovins, 5 % de porcs, 10 % de veaux et jusqu’à 50 % de dindes. Les mêmes débats mobilisent les pays producteurs du nord de l’Europe, mais la situation diffère. En Allemagne par exemple, l’élevage a grossi de 30 % sur la même période. La raison ? "L’inadaptation des filières de production françaises" et la non prise en compte d’arguments qui, s’ils étaient mis en avant, conforteraient le rôle des filières aux yeux de la société.

 

Pas de cap

Pour Jean-Louis Peyraud, la France manque d’un cap stratégique clair "depuis une trentaine d’années", contrairement aux autres pays du nord de l’Europe. À ses yeux, il n’y a guère eu que le ministre Stéphane Le Foll à donner une orientation précise à l’agriculture, l’agroécologie. L’élevage a pourtant des atouts à faire valoir. Il est producteur de services économiques (800 000 emplois directs et indirects en France, toujours selon Jean-Louis Peyraud), nutritionnels (protéines) et environnementaux (biodiversité). Les paysages façonnés par l’élevage abritent une plus grande richesse faunistique que les plaines céréalières. L’élevage peut également être producteur d’écomatériaux. Évidemment, des erreurs ont été commises par le passé. Mais l’élevage a progressivement corrigé ses erreurs.

 

Des pistes nouvelles à explorer

Maintenant, il faut continuer à évoluer. Les différentes crises subies ces dernières années par l’élevage ont conduit les éleveurs à renforcer l’autonomie alimentaire de leur exploitation, par exemple en introduisant une plus grande variété de légumineuses dans leur assolement. Ils s’engagent dans la valorisation de la biomasse produite sur l’exploitation (production d’énergie) tout en obtenant un fertilisant de qualité. De ce point de vue, "on pourrait encore aller plus loin, poursuit Jean-Louis Peyraud, par exemple en extrayant l’azote et le phosphore des effluents pour le valoriser à part".

Acteur économique de premier plan dans les campagnes, l’élevage aura également son mot à dire dans les plans climat-air-énergie territoriaux qui se mettent en place en France pour lutter contre le réchauffement climatique. Ils sont obligatoires pour les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) de plus de 50 000 habitants depuis le 1er janvier 2017, pour les EPCI de plus de 20 000 habitants d’ici au 31 décembre 2018. Au plan national, il existe déjà des programmes collectifs de filière pour abaisser l’empreinte carbone des produits laitiers (Carbon Dairy) et carnés (Beef Carbon). Reste à mettre tous ces arguments en musique. Ce n’est pas là la plus mince affaire.

 

- © Terra

Réorienter l’élevage ?

Au cours de son intervention, Jean-Louis Peyraud a fait part de quelques réflexions d’ordre économique qui, de son point de vue, peuvent être dérangeantes. Ne faut-il pas, s’est-il interrogé, repenser l’équilibre entre les filières ? En développant le lait bio et en abaissant la place des troupeaux allaitants, à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre plus importantes qu’en bovin lait ? En diversifiant plus fortement l’offre pour mieux répondre à une demande de plus en plus segmentée ? "Pourquoi pas, a répondu Guy Le Bars, président de la coopérative Even et de la fédération des coopératives du Finistère. Mais il faut avoir la certitude que le marché rémunèrera ces produits qui coûteront forcément plus cher à produire". Il faut également veiller à la pertinence des informations de l’étiquetage pour ne pas désorienter le consommateur, a-t-il ajouté en substance.

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