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Biométhane, biodiesiel et micro-algues..., la Cooperl passe au vert

La coopérative Cooperl a inauguré jeudi 13 juin sur son site à Lamballe "le plus grand méthaniseur sans épandage en Europe", Emeraude bio-énergie. Au delà du biogaz produit, la coopérative a poussé très loin l'ingéniosité du recyclage des déchets ou "schéma d'économie circulaire", mis au point par sa filiale Environnement, et qui puise ses origines vingt-cinq ans en arrière.

Sur un site immense traversé en tous sens de canalisations et de modules en métal rutilant, dominé par une pièce maîtresse, un méthaniseur de grande capacité, le géant coopératif du porc vient d'abattre une nouvelle carte : la création à grande échelle d'un schéma d'économie circulaire. "La Cooperl a imaginé un système autonome où aucun co-produit n'est produit. Un outil unique avec zéro plan d'épandage", annonce fièrement Franck Porcher, directeur de l'équipe de 140 personnes de la filiale Cooperl Environnement à l'origine du projet. Inauguré en grande pompe mais en l'absence du ministre de l'Agriculture qui avait été annoncé un moment, le méthaniseur alimenté des déjections d'élevages et des déchets d'abattoir produit un biogaz qui sera injecté dans le réseau GRDF et alimentera 75 % des besoins en gaz domestique de la commune de Lamballe, l'équivalent de 3 100 logements de 100 m². Pour Patrice Drillet, président de la Cooperl, "c'est une chaîne de valeur unique au monde, la valorisation de tous les sous-produits amont et aval en matériaux nobles grâce à l'ingéniosité et la ténacité". Contraint dans les années 90 par une réglementation européenne forte et des exigences administratives subies, l'investissement, devenu une stratégie, représente sur le long terme quelque 200 millions d'euros en vingt ans injectés dans la politique environnementale. Ce que confirme Emmanuel Commault, directeur de la Cooperl : "Si la barre avait été moins haute, les solutions auraient été plus simples, moins coûteuses mais moins durables".

Une recette composée uniquement de co-produits

Aucune culture alimentaire ne rentre dans la recette mise au point pendant deux années par la R et D. La partie solide des déjections collectées auprès de 120 élevages équipés de racleur en V (ou Trac) et les eaux résiduaires de l'abattoir débarrasées de leurs graisses composent le mélange qui alimente le méthaniseur. Respectivement 38 000 tonnes de lisier et 72 000 tonnes d'eaux usées par an. Des prototypes ont été testés allant de 1 m3, 30 m3 à 1 500 m3. En effet, Cooperl a mis en œuvre un méthaniseur de 1 500 m3 en Chine sur le site de sa ferme d'animaux reproducteurs avant de multiplier par dix la capacité avec Emeraude bio-énergie sur son site à Lamballe. La capacité annuelle du méthaniseur équivaut à 156 000 tonnes de biomasse pour une production de 79 millions de kWh par an sous forme de biogaz qui une fois traité devient du biométhane injecté dans le réseau. L'investissement s'élève à 17 millions d'euros. Les éleveurs fournisseurs de la matière organique reçoivent un complément de prix correspond au rachat des déjections fixé à 20 € la tonne.

Un système conçu sans épandage

Le digestat issu du méthaniseur est ensuite centrifugé, sa partie solide une fois séchée est valorisée en fertilisant formulé selon le besoin des cultures et des clients (maraîchers, horticulteur, viticulteur...). En effet, créée en 1993, la filiale Fertival prend en charge le digestat solide jusqu'à la fabrication de granulés séchés par la vapeur d'eau générée par un co-générateur (incinérateur). Parallèlement, tout un process de vaporisation est mis en œuvre afin de traiter la partie liquide du digestat qui d'un côté produit un fertilisant liquide, le sulfate d'ammonium, et de l'autre une eau recyclée dans le méthaniseur et le lavage des installations industrielles. Sans cette prise en charge du digestat, celui-ci aurait été restitué au sol et 3 000 à 4 000 hectares d'épandage auraient été mobilisés. "L'outil est unique avec zéro plan d'épandage. Avec ce système, il y a la gestion de nos déchets et la libération de terres agricoles", remarque Franck Porcher.

D'autres projets à terme

Après le biogaz, les engrais et les amendements, la coopérative explore d'autres débouchés. Ainsi, la recherche sur la transformation des graisses en biocarburant a abouti à la mise au point d'un biodiesel appelé "P100" que la coopérative a la capacité de produire annuellement à hauteur de 10 millions de litres et qui pourrait en 2021 alimenter la majorité des véhicules et poids lourds du groupe. "Ce carburant avancé permettra d'être autonome sur notre flotte de véhicules", indique Franck Porcher. L'équivalent de 750 véhicules pour un bénéfice de 24 600 tonnes de CO2 économisées. À l'étude également, la production de microalgues valorisées demain sur les marchés des ingrédients, compléments alimentaires, alimentation animale, cosmétique... "Le co-produit devient une source forte de progrès, on crée de la valeur. Le mot "déchet" ne doit plus exister, tout se valorise", conclut Franck Porcher.

 

 

 

Ils ont dit

Emmanuel Commault, directeur général Cooperl / Le coût de revient du porc directement attribuable à l'environnement est de 7 à 9 %. Cela renchérit nos coûts. On va pouvoir alléger la facture de l'environnement, en le rendant encore plus circulaire. La coopérative investit, prend des risques pour le collectif.

Franck Porcher, directeur Cooperl Environnement / On veut créer de la valeur pour que les éleveurs vivent demain de leur travail.

Marc Le Fur, député / Des années d'efforts et de défis relevés. Une étape qui a quelque chose d'historique.

Arnaud Leroy, président de l'Ademe / Je milite pour que l'État continue à racheter du gaz vert pour ne pas casser la dynamique. C'est de l'emploi local, c'est réimporter notre facture et être moins dépend du gaz russe. Et même s'il y a le surcoût du made in France.

 

Environnement : la chronologie de Cooperl

1995 / Création de la première unité Dénitral de traitement biologique des lisiers en élevage.

1996 / Création de Fertival, site de production d'engrais et d'amendements organiques. Aujourd'hui 50 000 tonnes de fertilisants sont produits par an.

2000 / Centre de valorisation des boues (effluents industriels) qui produit soit de la bioénergie, soit des fertilisants (selon la nature).

2003 / Création d'une première station de traitement des eaux usées et recyclage par ultrafiltration et osmose inverse. Création d'une seconde en 2006. L'ensemble a une capacité de 500 000 équivalent-habitants.

2008 / Traitement et valorisation des déchets graisseux en biocombustible par un oxydateur thermique.

2016 / Toutes les calories "perdues" du site de production sont récupérées ("énergie fatale") par un réseau de 4,5 km de tuyauterie ou boucle d'eau très chaude, réutilisées pour le méthaniseur, l'abattoir, la production de micro-algues, de biocarburant, d'engrais...

2013-2016 / Phase de tests et de recherche sur la méthanisation.

2016 / Implantation à Linzhou (Chine) d'un méthaniseur de 1 500 m3 sur la ferme d'élevage de reproducteurs de Cooperl.

2019 / Inauguration du méthaniseur d'une capacité de 156 000 tonnes annuelles de biomasse.

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