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Green deal : des objectifs ambitieux mais à quel prix ?

Face aux défis du changement climatique, la commission européenne propose un projet d’envergure : le Green deal, avec un objectif clair : zéro émission nette en 2050. Pour opérer une telle transition, des réponses politiques globales doivent être apportées. Mais les conséquences pour la production et le revenu agricole pourraient être importantes.

Les mesures du second pilier devraient être ciblées sur les biens publics locaux, notamment la quantité et la qualité de l’eau, la fertilité des sols et la diversité des paysages avec une part de 35 % des dépenses du deuxième pilier consacrée à des mesures climatiques et environnementales.
© Pixabay

La feuille de route est claire : réduction du cheptel, augmentation des surfaces en légumineuses, réduction des importations de soja et une modification profonde des régimes alimentaires. Le volet agricole du "Green deal", annoncé le 20 mai dernier par la Commission européenne est ambitieux. Mais de nombreuses questions persistent : comment le mettre en place ? Quels impacts économiques et sociaux ?

 

Un portage politique à construire

Réduction de moitié de l'utilisation de pesticides d'ici 2030, baisse de 20 % de l'utilisation des engrais et une baisse de 50 % de la vente d'antimicrobiens pour les animaux d'élevage et l'aquaculture, telles sont les ambitions portées par le Green deal. Si les objectifs sont clairs, leur mise en place est plus problématique car l'exécutif communautaire ne dispose d'aucun levier pour les imposer aux États membres. La PAC à elle seule, ne permettra pas d’atteindre les objectifs du Green deal "si nous continuons comme si de rien n’était", estiment des chercheurs français de l’Inrae et AgroParisTech dans une étude menée à la demande du Parlement européen. Pour Hervé Guyomard, directeur scientifique à l’Inrae, il est nécessaire "d’avoir une application beaucoup plus stricte et efficace du principe du pollueur-payeur", en lien avec la mise en œuvre de la conditionnalité des aides de la PAC qui ne devrait pas être affaiblie et dont les dérogations devraient être supprimées.

Avoir une application beaucoup plus stricte et efficace du principe du pollueur-payeur.

Une transition agricole juste ne pourra se faire sans un alignement des nouvelles bonnes conditions agricoles et environnementales de la PAC avec les ambitions du Green deal et sa stratégie "Farm to Fork". Les auteurs de l’étude proposent également de réserver 20 % des aides du premier pilier aux mesures d’atténuation du changement climatique et un même pourcentage pour les mesures en faveur de la biodiversité. Ces fonds financeraient des écorégimes, au nombre de 8 : prairies permanentes, zones humides et tourbières, rotation des cultures, diversité paysagère, meilleures performances dans l’utilisation des pesticides, réduction des antimicrobiens, évaluation des émissions de gaz à effet de serre en élevage, bien-être animal.
Les mesures du second pilier devraient, quant à elles, être ciblées sur les biens publics locaux, notamment la quantité et la qualité de l’eau, la fertilité des sols et la diversité des paysages avec une part de 35 % des dépenses du deuxième pilier consacrée à des mesures climatiques et environnementales. Ces deux dispositifs permettront de récompenser les agriculteurs les plus vertueux en matière environnementale. Mais une telle politique réellement incitative dans le domaine ne sera pas sans conséquence sur la production et le revenu des agriculteurs.

 

Impacts sur le revenu

Mises bout à bout ces mesures pourraient en matière climatique conduire à une réduction de 8,7 % des émissions du secteur agricole de l’UE. Et en termes économiques, elles pourraient entraîner une baisse de 10 % des rendements végétaux et une réduction de la production animale (-12 % pour la viande de ruminants, -8 % pour le lait et -4 % pour la viande de porc et de volaille ainsi que pour les œufs). Conséquence pour les revenus : une baisse moyenne des revenus de toutes les exploitations entre 3 et 28 % selon les scénarios. Les revenus des exploitations biologiques pourraient augmenter quand celui des fermes conventionnelles pourrait reculer de 25 à 42 %.
Parallèlement, ces mesures doivent s’accompagner de changements fondamentaux dans le comportement des consommateurs, motivés par des politiques alimentaires et fiscales dépassant le champ d’application de la PAC.

 

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