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En forêt, "le chêne sessile devient une espèce clé"

C’est à un spécialiste des chênes que le centre d’études forestières (Cetef) du Morbihan a fait appel, le 28 octobre pour animer sa réunion technique. Et si le changement climatique en cours risque de sonner le glas du chêne pédonculé, le sessile lui pourrait mieux s’y adapter. Avis d’expert.

 

"Tous les modèles concordent sur le réchauffement climatique. Il faudra que le forestier ait une stratégie sylvicole qui en tienne compte, avec une sylviculture résistante, anticipant les risques. Le pire serait de ne rien faire", prévient Alexis Ducousso qui ajoute optimiste, "beaucoup d’espèces peuvent supporter un changement climatique. Mais la conservation de la biodiversité est primordiale pour l’avenir. Or avec la disparition des écosystèmes, c’est de la ressource génétique qui disparait. C’est subtil car ça ne se voit pas", met-il en garde. Ce chercheur à l’Inra de Bordeaux, collecte les chênes. Il est à l’origine des tests de provenances qui devraient permettre, dans ce contexte, d’orienter les choix des sylviculteurs pour replanter. "Nous avons mis en place trois tests sur le chêne sessile en 2011. Il nous apporte un appui scientifique privilégié sur le suivi et l’analyse des données", apprécie Henri de Bronac, président du centre technique morbihannais.

Chêne sessile, bois de haute qualité

Car la forêt est "un paysage dynamique qui évolue. Le dépérissement des chênes pédonculés est à l’œuvre et le changement climatique accélère ce phénomène", cadre Alexis Ducousso. Le risque ? La disparition de notre chêne pédonculé, soit 13 % de la forêt française. Pour maintenir la vigueur économique et les apports environnementaux des feuillus, dopés par une longue tradition de la gestion la chênaie française depuis le haut moyen-âge, les hommes du bois s’intéressent à son cousin, le chêne sessile. "On le retrouve depuis les forêts de Scandinavie jusqu’en Italie du Sud, de l’Irlande jusqu’en Turquie. Il s’adapte aux zones chaudes, c’est une espèce clé offrant une biodiversité élevée", insiste le chercheur. "Il couvre 10 % de la surface forestière française et constitue le plus fort revenu de l’ONF", enchaîne-t-il. "La dernière vente avoisinait 800 euros du M3", confirme Marc Pasqualini de l’Office National des Forêts, "on gagne de l’argent en produisant de la qualité".

Tests de croissance

23 tests de provenances ont donc été lancés en Europe, depuis l’Écosse jusqu’en Turquie permettant de tester 116 populations de chêne sessile d’origines géographiques différentes, depuis les plus précoces jusqu’aux plus tardives. "En Bretagne, on teste 30 populations surtout française. On mesure annuellement leur croissance pour voir quelles seront celles les plus adaptées à la Bretagne", souligne Samuel le Port, conseiller forestier à la chambre d’agriculture de Bretagne. "Avec les capacités d’adaptation du chêne sessile, on devient optimiste, c’est une sacrée mauvaise herbe", note avec humour Alexis Ducousso. Reste qu’il faut "booster la diversité génétique. Les forestiers n’y font pas attention, c’est dommage", regrette ce chercheur qui souligne "les conseils d’utilisation ont évolué". Si on transfere en Bretagne des populations plus méridionales, en les sélectionnant dans une gamme de climat et avec une stratégie de transfert, le spécialiste conseille, "mélangez vos plantations de différentes provenances car vous mélangez ainsi la variabilité". Autre recommandation : "soyez exigeants sur l’origine de vos plants, passez un contrat de culture et vous aurez ainsi de la traçabilité et une garantie de grands crus".

Claire Le Clève

 

 

 

Accroche : avec la disparition des écosystèmes, c’est de la ressource génétique qui disparaît pour l’avenir. C’est subtil parce que ça ne se voit pas

 

 

 

Dans les bois

 

La forêt française couvre 16,5 millions d’hectares, soit 31 % de sa SAU, dont 380 000 ha en Bretagne, soit 14 % de sa SAU. La part des feuillus est de 70 % et le chêne peuple près de 32 % des bois. En Europe, 28 espèces de chêne sont représentées dont 26 dites thermophiles. Le chêne pédonculé couvre de 13 % de la forêt en France, 10 % pour le chêne sessile le plus à même de s’adapter aux changements climatiques à l’œuvre.

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