Faut-il toujours répondre aux critiques qui sont faites sur l'agriculture ?
La réponse à cette question a été donnée lors des deux demi-journées qui se sont déroulées à Carhaix, les 5 et 15 novembre. Neuf agricultrices et agriculteurs du territoire se sont réunis afin d’être formés pour mieux répondre aux critiques sur l’agriculture de manière argumentée.

Toutes les personnes du groupe ont été confrontées directement ou indirectement à des situations où leur métier, leur travail, leurs pratiques, leur propos… ont été remis en cause. Les lieux de ces dissensions sont multiples. Ce peut être au sein du cercle familial, avec des amis, au supermarché, dans nos activités sociales et associatives, à l’école des enfants… Autant d’endroits où il nous est difficile d’entendre les critiques, parfois déclinées avec virulence, sur le quotidien de notre métier.
…coute attentive d'événements personnels
Le 5 novembre, Emmanuelle Tadier, responsable des relations presse à la chambre d’agriculture de Bretagne, s’est d’abord attachée à écouter les neuf stagiaires évoquer les situations au cours desquelles ils ont été touchés et, même à certains égards, blessés dans leur amour propre. Par la suite, elle a donné une définition à l’agribashing et le groupe a passé en revue la majorité des critiques formulées à l’égard de l’agriculture (bien-être animal, pesticides, antibiotiques, grandes exploitations, algues vertes, méthanisation, OGM, routes sales…). Le plus souvent, les exemples énoncés étaient des événements vécus.
Être fier de son métier avant tout.
Les positions des abolitionnistes sont-elles celles de Français ?
Cet échange a mis en évidence le fossé qui se creuse chaque jour un peu plus entre le monde agricole et les citoyens qui ne le connaissent pas ou très peu. Cette ignorance est aussi alimentée par la volonté d’une minorité d’imposer leur idéal. Ces minorités sont multiples et diversifiées. Leur rapport à l’animal et à l’agriculture en général n’est pas le même. Les "welfaristes" (PMAF, Fondation animale…), par exemple, ne sont pas contre l’élevage mais sont favorables à une meilleure prise en compte du bien-être animal dans les pratiques. Les "abolitionnistes" (L214, Boucherie abolition…) sont, quant à eux, contre l’élevage. Pour arriver à leur fin, ils mettent en œuvre des méthodes illégales et plus ou moins extrémistes et, le plus souvent, agressives. Ils développent une communication quasi quotidienne, intensive et négative et se font accompagner de stars du petit et grand écran pour développer leur idéologie.
Pourtant, Emmanuelle Tadier le répète : le regard de la population française sur l’agriculture est positif. Elle s’est basée pour cela sur le dernier baromètre Ifop 2019. À titre d’exemples, 74 % des Français ont confiance en leur agriculture (+6 points/2018), 68 % trouvent les agriculteurs modernes (+8 points/2018), 65 % les considèrent respectueux de la santé des Français (+8 points/2018)… Par contre, seuls 2 % de la population partagent le point de vue des abolitionnistes. Autant de chiffres qui peuvent amener les agriculteurs à être fiers de leur métier. Mais comment l’exprimer avec conviction ? C’était tout l’enjeu de la seconde journée de formation.
Quel argumentaire et quelle posture ?
Le vendredi 15 novembre le groupe a donc travaillé sur des argumentaires dans cinq productions (lait, porc, viande bovine, aviculture, cultures). Ceci afin de disposer d’éléments lorsque nous nous trouvons face à face avec nos détracteurs ou, tout simplement, des personnes qui se posent des questions sur l’agriculture. Deux par deux, les stagiaires se sont mis en situation. L’un étant l’agriculteur ou l’agricultrice et l’autre le membre d’une association anti agriculture. Moment compliqué s’il en est car, au-delà de nos propos, Emmanuelle Tadier a beaucoup insisté sur la posture.
À cet égard, la première chose à mettre en avant c’est d’être fier de son travail. Il faut parler VRAI et avec ses tripes et ses mots. Pas besoin d’être hyper-technique, il faut parler simplement et surtout, avec son cœur.
Règle de base cependant : identifier et repérer son interlocuteur ou l’interpellation qui nous est faite et, parfois, savoir dire STOP et couper court à tout échange.
Ces temps passés ensemble ont permis aux agricultrices et agriculteurs présents d’échanger et de se sentir plus forts. Pour autant, il reste encore du chemin à parcourir pour passer à l’offensive et être en totale confiance. C’est pour cette raison qu’une formation complémentaire va être mise en œuvre dans les prochains mois.










