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Municipales, le défi de la représentation agricole

En mars prochain, plus de 1 200 communes bretonnes seront concernées par le renouvellement de leurs équipes municipales pour six ans. Les citoyens éliront maires, conseillers, adjoints… À la faveur de ces élections au premier maillon territorial, s’écrivent politiques et orientations locales qui touchent la vie et l’avenir des exploitations, partie intégrante des territoires. Alors, y aller ou pas ?

1 232 communes voteront en mars prochain pour renouveler leurs équipes municipales.

Être représenté est un enjeu crucial pour le monde agricole. Un engagement que les organisations professionnelles appellent de leurs vœux, y compris l’association des Maires de France par la voix de son président départemental, Yves Bleunven, maire de Grand-Champ, la semaine passée à Vannes, lors de la signature de la charte riverains. "Il serait souhaitable que plus d’agriculteurs et plus d’agricultrices s’investissent, vous seriez mieux défendus à plusieurs", insistait-il. Ce, tandis que l’agrandissement des structures et l’augmentation de la charge de travail offrent de moins en moins la possibilité d’être disponible. C’est le premier des freins pour rejoindre une liste. Mais il n’est pas le seul.

 

Les maires ruraux ont du vague à l'âme

Le malaise des maires ruraux, "plus décrocheurs dans les petites communes", rapporte l'Observatoire de la démocratie de proximité, est moins prégnant à l’heure où se rapprochent les échéances électorales. Mais il est encore bien réel et se traduit, pour plus de 30 % d’entre-eux, à ne pas vouloir se représenter au jugement des urnes (contre 12,5 % dans les communes de plus de 30 000 habitants et plus*). Force est de constater qu’ils ont encore du vague à l’âme. "Moins qu’en octobre 2018. À cette période, la relation entre les maires et les représentants de l’État s’était profondément abîmée", rappellent les conclusions de ce baromètre des édiles locales. Le grand débat national n’a pas pansé la plaie. Celle du "clivage entre une France d’en haut, incarnée par des élites éloignées des réalités territoriales (fracture numérique, mobilité, déserts médicaux, éducatifs…) et une France d’en bas, représentée par des maires aux capacités d’actions limitées", relèvent les rédacteurs.

Nous y avons notre place pour contribuer à nourrir les projets de territoire.

 

Smicards de la République ?

La loi Notre a aussi laissé des traces dans les relations entre communes et intercommunalités, "avec un sentiment de dépossession des compétences municipales". Autre facteur, l’évolution de la charge du maire, "et la professionnalisation de la fonction", envisagée comme véritable métier pour les maires des plus petites communes, contraints par de nombreuses obligations administratives et techniques, aux dépends de la nécessaire fonction de représentation, qui passe à la trappe. Quant à l’indemnisation ? Elle fait des maires des petites communes des smicards de la République..."Ils consacrent 22 heures par semaine à leur fonction et perçoivent 7,4 euros brut de l’heure d’indemnité". Du quasi bénévolat pour 91 % des maires, édiles de ces communes de moins de 3 500 habitants, communes rurales. Et bien que leur charge "ait un impact fort sur leur vie personnelle", pour autant, à l’heure de repartir ou pas, 60 % d’entre eux considèrent que la situation de leur commune s’est améliorée et reconnaissent donc leur utilité.

 

Ancrage de proximité

À l'heure des choix, reste que cet engagement au sein des équipes municipales est un atout de proximité pour participer "au bien vivre ensemble", à l’heure où l’agriculture souffre d’être dénigrée. C’est aussi un lieu où l’agriculture peut s'y montrer source de solutions aux problématiques de territoire en terme de productions locales, de maintien d'activités annexes, d’emplois, de relocalisation des consommations, d’environnement, de préservation des ressources et de la biodiversité... "Tout cela doit se faire par les acteurs du monde agricole et rural en nous impliquant fortement dans la vie des communes. Nous y avons notre place pour contribuer à nourrir les projets de territoire et nous sommes les mieux placés pour représenter les intérêts du monde agricole en transition", rappelait récemment André Sergent, président de la chambre d'agriculture de Bretagne.

* Chiffres issus de l’enquête de l’observatoire de la démocratie de proximité AMF-CEVIPOF/SciencesPo Novembre 2019.

 

Repères

Au 1er mars 2019, la France comptait 34 968 communes dans les 101 départements, dont 34 839 en métropole dans les 96 départements métropolitains et le Grand Lyon ; 50 communes dans les collectivités d’outre-mer ; 33 communes en Nouvelle-Calédonie.
La France est le pays d'Europe ayant le plus grand nombre de communes, dont la moyenne française s'établit à 1 800 habitants par commune. Au 1er janvier 2016, les 1 232 communes bretonnes comptent au total 3 306 529 habitants, soit 88 762 de plus qu'en 2011.

 

 

Au conseil municipal, Marie-Claire Hénaff porte la voix des agriculteurs

Conseillère puis maire de Saint Vougay (29), Marie-Claire Hénaff a décidé de se représenter aux prochaines élections municipales. Portrait d'une agricultrice passionnée, qui a toujours eu à cœur de défendre son métier, au conseil communal ou communautaire.

 

municipales

L'agriculture ? Marie-Claire Hénaff y est venue un peu par hasard. Infirmière, elle décide de mettre sa vie professionnelle entre parenthèses à la naissance de son fils, le temps de s'en occuper. "Je me suis peu à peu impliquée sur l'exploitation de mon mari... et je n'en suis jamais repartie !" Aux côtés des ateliers lait et légumes, elle monte un élevage de veaux de boucherie. "Mais contrairement à Joël, je ne pouvais pas rester sur la ferme toute la semaine, sans voir personne". Elle rejoint alors le groupe de vulgarisation de sa commune et, à la chambre d'agriculture du Finistère, elle devient rapidement présidente du groupe féminin de la zone légumière, avant de prendre la tête de la Fdoda qui, au niveau départemental, regroupe les groupes de développement agricole.

 

Une seule femme

En 1989, quand elle se présente au conseil municipal de Saint Vougay, il ne compte qu'une femme. "Ce n'était pas simple de se libérer, se souvient Marie-Claire Hénaff. J'ai eu beaucoup de chance ! Mon mari comme mes beaux-parents ont toujours compris mon besoin de m'engager. Ils m'ont soutenue. Et ont fait en sorte que je puisse me rendre disponible, en faisant mon travail quand je n'étais pas là".

Après deux mandats au conseil municipal, elle devient maire de sa petite commune, d'un peu moins de 1 000 habitants. Un engagement qu'elle poursuit sans relâche depuis 2001 et qui l'a amenée à la vice-présidence de la CCPL, la communauté de communes du pays de Landivisiau, où elle se charge de l'aménagement du territoire. Des instances où les agriculteurs sont de moins en moins nombreux. "À Saint Vougay, une commune pourtant très rurale, sur 15 conseillers, nous ne sommes que trois", regrette Marie-Claire Hénaff. Pourtant, la jeune retraitée en est convaincue, il faut qu'ils soient présents au sein des instances communales comme communautaires pour faire entendre leur voix. "On défend bien ce qu'on connaît bien".

 

Promouvoir l'agriculture

"En France, on a la meilleure agriculture au monde et on ne le dit pas assez", répète à l'envi Marie-Claire Hénaff, qui avoue son "ras-le-bol d'entendre dénigrer les agriculteurs. C'est incroyable ! Tout le monde sait mieux que nous comment conduire notre métier Mais jamais ne me serait venue l'idée de dire à un chirurgien comment opérer !".

Pour tenter, localement, d'inverser la tendance, c'est sur l'agriculture que le conseil municipal de Saint Vougay a mis l'accent, au moment d'imaginer une vidéo pour promouvoir la commune. "On y a présenté toutes les productions". Et la discussion fait qu'ici, les projets d'extensions ou de mise aux normes d'élevage sont votés sans souci. "Je demande aux nouveaux arrivants de respecter l'activité économique de la commune, centrée autour de l'agriculture et des activités induites : mécanicien agricole, ETA... Mais en échange, les agriculteurs doivent, eux aussi, faire des efforts et entretenir de bonnes relations de voisinage".

 

L'agriculture, une partie de la solution

Au sein de la communauté de communes, c'est elle qui suit le dossier du PCAET, le plan climat air énergie territorial que doivent élaborer les intercommunalités de plus de 20 000 habitants. "Certes, l'agriculture est responsable d'une partie des gaz à effet de serre, relate Marie-Claire Hénaff. Mais il ne faut pas oublier qu'elle capture du carbone et participe aussi à la solution".

Tout au long de ses mandats, l'agricultrice n'a eu de cesse de défendre sa profession. À peine élue à la communauté de communes, elle soutient la mise en place d'une aide à l'installation pour les jeunes agriculteurs. "Et la commune vient d'adhérer à Agriculteurs de Bretagne. Il est important d'afficher notre soutien inconditionnel aux agriculteurs". Et c'est encore ce soutien qui a poussé la municipalité à faciliter l'installation de Gwen Gourvil, en lui louant un local. "Voilà un an qu'elle y vend des légumes produits sur la commune ou à proximité". / Chantal Pape - Terra

 

 

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