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Les pododermatites du poulet dans l’Union Européenne

Depuis la directive européenne de 2007 relative à la protection des poulets, tous les États membres doivent obligatoirement contrôler d’éventuelles carences en bien-être animal. L’évaluation du taux de pododermatites en post-mortem est un indicateur reconnu et couramment utilisé pour assurer ce contrôle. Néanmoins, en l’absence de précision réglementaire sur son utilisation, chaque pays peut l’utiliser comme il le souhaite. Des différences sont ainsi observées entre voisins.

Les pododermatites sont des lésions bien connues des éleveurs.
© Chambres d'agriculture de Bretagne

Les pododermatites font partie des problèmes fréquents en élevage de volailles de chair. Ces lésions des pattes, allant d’une décoloration à une nécrose des tissus selon la sévérité sont notamment dues à des brûlures d’ammoniac (irritation chimique de la peau). Elles sont induites par un contact prolongé avec une litière trop humide ou de mauvaise qualité. Le taux de pododermatites relevé en post-mortem à l’abattoir apporte de nombreuses informations sur les conditions de vie des animaux en élevage. Dix-huit pays de l’UE ont rendu le contrôle des taux de pododermatites obligatoire. D’autres, comme la Suède, utilisent couramment cet indicateur à l’abattoir bien qu’il n’y ait aucune obligation légale. Ainsi, on estime que 80 % des volailles dans l’UE sont couvertes par un système de notation des pododermatites. Néanmoins, il y a une forte hétérogénéité sur les modalités de contrôle et de suivi ainsi que sur le seuil à partir duquel la situation est considérée comme "à corriger".

 

Chez nos voisins

De nombreux pays de l’UE imposent aux éleveurs n’arrivant pas à limiter leur taux de pododermatites de réduire temporairement leur densité d’élevage. Par exemple, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni retirent la dérogation des 39 kg/m² aux éleveurs dépassant le taux maximal toléré. Chaque pays détermine ce niveau de pododermatites "à ne pas dépasser" et les actions mises en place en cas de dépassement. Il n’existe pas de système de notation officiel bien que de nombreux pays utilisent ou s’inspirent du modèle suédois à 3 niveaux (selon la gravité des lésions), développé dans les années 90. En Suède, la densité est limitée à 20 kg/m² avec une dérogation allant jusqu’à 36 kg/m² pour les éleveurs ayant au préalable un bon score de pododermatites. En cas de dépassement répété d’un premier seuil, les éleveurs suédois doivent réduire leur densité de 1 kg/m². S’ils excèdent le second seuil, la réduction est de 2 kg/m² avec des baisses de 1 kg/m² à chaque nouveau dépassement. Au Danemark, une baisse de densité est envisagée en dernier recours. Avant cela, il est prévu la mise en place d’un système de bonus/malus sur la rémunération des producteurs.

Une rémunération supplémentaire est ainsi distribuée aux éleveurs avec un très bon score et inversement pour ceux ayant un mauvais score de pododermatites. Ce système de bonus/malus est aussi présent en Pologne et en France.

 

80 % des volailles dans l'UE sont couvertes par un système de notation des podo-dermatites.

Et en France ?

La France a appliqué strictement la directive européenne et, contrairement à certains autres pays, n’a pas formulé d’exigences supplémentaires. Ainsi l’évaluation du taux de pododermatites à l’abattoir n’est pas une obligation légale. Tous les abattoirs ne peuvent se permettre de relever ce taux à cause du coût engendré. Néanmoins, depuis plusieurs années, des groupements et abattoirs l’ont inscrit dans leur cahier des charges et des grilles de bonus/malus sont progressivement mises en place. Les raisons sont diverses, allant de la prise en compte du bien-être animal et des attentes sociétales à une meilleure valorisation commerciale des pattes indemnes de lésions pour l’export vers des pays d’Asie, grands consommateurs de pattes de poulets. Pour le moment, il n’existe pas de consensus concernant le système de notation en France, chaque abatteur ayant sa méthode.

 

De l'évaluation aux résultats

Selon la Commission européenne, l’utilisation du taux de pododermatites en tant qu’indicateur a permis des améliorations en matière de bien-être animal au sein de l’UE. Les niveaux de pododermatites danois ont bien baissé entre 2002 et 2015 grâce à l’amélioration des paramètres d’élevage, l’introduction de nouvelles technologies et les conseils prodigués aux producteurs en difficulté. Néanmoins, on estime que 15 % de la volaille danoise est envoyée dans les abattoirs des pays frontaliers afin d’éviter des pénalités. Le taux de pododermatites est aussi en baisse depuis plusieurs années aux Pays-Bas. Cela serait dû à l’obligation d’enregistrer ses taux de pododermatites chaque année sur une base de données nationales et aux améliorations des pratiques d’élevage. Des baisses du niveau de pododermatites jugées sévères ont aussi été notées en Suède. Enfin, selon la Commission européenne, des améliorations encourageantes ont été observées en France et en Pologne suite aux relevés des taux de pododermatites à l’abattoir.

 

Comparaison impossible

L’évaluation du taux de pododermatites est validée officieusement comme indicateur du bien-être animal en élevage dans l’Union européenne. Néanmoins, il n’est pas possible de comparer directement les niveaux et les situations entre les pays de l’UE à cause des différences importantes parmi les protocoles d’évaluation et les paramètres de suivi.

 

Cet état lieux des pododermatites en Europe a été présenté lors de la journée volailles organisée par les chambres d'agriculture de Bretagne le 5 décembre à Loudéac.

 

poulet

 

Les densités en Europe

La directive européenne avait notamment pour but de limiter les densités d’élevage. Elle fixe la densité maximale en élevage de poulets de chair à 33 kg/m², tout en permettant deux dérogations à des densités plus élevées, une à 39 kg/m² et une à 42 kg/m². Ces deux derniers niveaux étant liés à des exigences supplémentaires (paramètres d’ambiance, documents administratifs supplémentaires,…). Cependant, plusieurs pays (Allemagne, Royaume-Uni, etc.) ont été plus exigeants que la directive et n’ont pas permis l’utilisation de ces dérogations ou uniquement de la première, pour des raisons de bien-être animal par exemple. La majorité des poulets européens est élevée à des densités comprises entre 34 et 39 kg/m². Seuls 26 % des poulets européens sont élevés à la densité maximale de 42 kg/m². Dans ces 26 %, plus de la moitié viennent de France.

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