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PPA en Allemagne : la nouvelle équation porcine

Avec l’arrivée de la peste porcine africaine (PPA) en Allemagne, deuxième producteur et exportateur européen, la filière plonge encore un peu plus dans l’inconnu. Deux jours après la découverte de la maladie, la Chine, principal moteur de la demande mondiale, a bloqué ses importations en provenance d’Allemagne. Une décision qui risque d’alourdir le marché européen de quelque 800 000 tonnes de porc, soit 3 % de la production.

Abattage de porcs en Allemagne par an

Redoutée depuis des mois, l’arrivée de la PPA en Allemagne, suivie d’une interdiction d’exporter en Chine, met les filières porcines européennes face à une équation aux multiples inconnues. Au-delà des impacts attendus sur les marchés porcins de l’UE, une question apparaît comme centrale : qui pourra rafler les marchés perdus par l’Allemagne en Chine ?
Anticipant l’interdiction d’exporter vers la Chine, le prix germanique a dévissé de 20 ct/ kg lors d’une cotation exceptionnelle le 11 septembre. Le lendemain, l’Empire du milieu bloquait les importations en provenance d’Allemagne, suivi par six autres pays (Corée du Sud, Japon, Philippines, Brésil, Mexique et Argentine). La PPA a brusquement privé l’Allemagne de plus d’un quart de ses débouchés à l’export. Avec 603 000 tonnes en 2019, la Chine représente à elle seule 21 % des exportations allemandes. Facteur aggravant : les incertitudes autour de la valorisation des abats. En 2019, la Chine, la Corée du Sud et le Japon ont absorbé 42 % des abats exportés par l’Allemagne, a estimé l’Ifip le 16 septembre, lors d’une conférence organisée dans le cadre du Space. "Il va être très dur, voire impossible de trouver des acheteurs pour ces produits",  craint Matthias Kohlmüller, de l'agence d'information allemande AMI. Ce qui ne laissera probablement pas d’autre choix aux entreprises que de les écouler à prix nul, voire de payer pour s’en débarrasser.

La chute du prix du porc en Allemagne a déjà eu des répercussions dans les autres États membres.

Impacts sur les marchés européens

La chute du prix du porc en Allemagne, deuxième producteur et exportateur européen, a déjà eu des répercussions dans les autres États membres. En Hollande, le cours a perdu 8 ct/kg en une semaine. Le 17 septembre, le cours de référence français du MPB finissait la semaine à -0,7 ct/kg, mettant un coup d’arrêt à sa "dynamique haussière" (+9 ct en quatre semaines). En France, "on est relativement à l’abri pour la viande fraîche, souffle Pascal Le Duot, directeur du MPB. Mais elle ne représente que 20 % de la consommation".
Troisième fournisseur de la Chine derrière les États-Unis et l’Espagne, l’Allemagne y avait déjà envoyé 40 000 tonnes de porc au premier semestre 2020. Durant cette période, l’Empire du milieu a quasiment doublé ses importations par rapport à 2019, à 2,8 Mt. Et "les achats de la Chine vont être très importants jusqu’à mi-novembre en vue du Nouvel an", estime Pascal Le Duot. Les Américains apparaissent les mieux placés pour en profiter, avec un prix du porc autour de 1 €/kg contre 1,50 €/kg en moyenne dans l’UE. Un avantage compétitif accru par un dollar faible. Pour l’Ifip, ni les relations chahutées entre Donald Trump et Xi Jinping ni les conséquences du Covid-19 sur les abattoirs américains ne semblent freiner les "perspectives optimistes d’exportation". Avec des niveaux de prix comparables aux USA, le Brésil a aussi largement profité de la demande chinoise, au point de prévoir une production porcine record en 2021.
En Europe, "le Danemark, les Pays-Bas et l’Espagne pourront en partie compenser les volumes perdus par l’Allemagne", affirme Élisa Husson, de l'Ifip. L’Espagne, en particulier, a ravi à Berlin la place de premier exportateur de l’UE en 2019. Mais le potentiel de développement de ses exportations est "limité par ses capacités de congélation", nuance Boris Duflot, de l’Ifip. "On peut penser que c’est un goulot d’étranglement pour plusieurs exportateurs européens". Quant à la France, elle a augmenté ses exportations vers la Chine de 28 % au premier semestre 2020 (à 13 700 tonnes). Un rythme bien éloigné de celui de la croissance de la demande chinoise. Alors qui pour remplacer l’Allemagne sur le marché chinois ? Il faudra aussi compter sur… l’Allemagne elle-même. Le gouvernement fédéral a entamé les discussions avec la Chine autour sur la régionalisation, qui permettrait aux zones non infectées par la PPA de continuer à exporter, avec des "espoirs justifiés de relancer la commercialisation", d’après la presse allemande. Dans leur malheur, les éleveurs allemands peuvent se consoler en se disant que l’est du pays, touché par la PPA, représente moins de 14 % des abattages nationaux. Le nord-ouest du pays, lui, concentre les deux tiers de la production.

 

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