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"Nous allons passer ce cap difficile, développer notre stratégie, accompagner l'agriculture"

Quelques jours après une grève des salariés qui a marqué les esprits, et à quelques jours des sessions chambre départementales, puis régionale, consacrées pour l'essentiel aux questions budgétaires et d'organisation, André Sergent, le président de la chambre régionale d'agriculture nous a accordé un entretien. Les chambres d'agriculture sont confrontées à des difficultés financières. Mais au delà de cette réalité qu'il souhaite expliquer, André Sergent et le bureau de la chambre régionale souhaitent reprendre la communication, donner eux-mêmes les chiffres, jouer la transparence et surtout tracer le cap, redonner du sens à l'action des chambres à travers un projet stratégique pour les prochaines années de cette mandature.  

André Sergent, président de la chambre régionale d'agriculture

Quels sont les éléments qui expliquent la situation financière difficile des chambres bretonnes ?

André Sergent. Lors de la précédente mandature nous avons engagé la régionalisation des chambres d'agriculture. Je n'ai aucun regret sur ce sujet. Mais lorsque l'on rentre dans ces logiques, on ne voit pas, dès les premières années, d'économies. Un exemple : lorsqu'on a décidé de fermer la station d'expérimentation de Guernévez dans le Finistère, entre le moment où la décision est prise et le moment où le dernier cochon sort de la ferme, il se passe 3 à 4 ans. 

Nous avons subi une baisse importante de nos ressources. Sur trois années de 2016 à 2018 leur variation représente 8,5 M€ (soit du fait de produits en moins soit du fait de charges en plus). En cumulé sur cette même période, le déficit du budget des chambres d'agriculture a atteint -1,7 M€ (NDLR : le budget consolidé des 5 chambres bretonnes représente 65 M€ annuel). N'oublions pas qu'en 2015 les chambres ont subi un prélèvement de 3 M€ sur leur fonds de roulement... ! Nous n'avons, avec le bureau, aucun regret sur la stratégie de régionalisation, qui a permis de maintenir la portée de la voix politique des chambres d'agriculture. Il fallait aller dans ce sens, et rester en lien direct avec les territoires. Trois stations d'expérimentation ont aussi été fermées. L'agriculture a besoin de recherche, mais n'a plus tout à fait besoin des mêmes modes de recherche. Il faut aller sur le big data, rechercher des partenariats avec des instituts. On ne pouvait plus garder toutes les stations.

 

Quelle est aujourd'hui la stratégie de la nouvelle mandature ?

A.S. Le constat a été vite réalisé. L'ancienne mandature avait des tableaux de bord financiers très clairs et parfaitement compréhensibles. Notre priorité a tout de suite été de retrouver un équilibre financier. Nous n'y étions pas, et surtout nous voulions construire un nouveau projet politique et un projet d'entreprise. Nous avons listé cinq priorités : le renouvellement et la transmission des exploitations agricoles, les transitions agricoles, le lien au territoire et les collectivités, être le porte parole de l'agriculture, la voix qui s'entend, et enfin les missions de service public. En affichant ces priorités stratégiques nous avons décidé d'arrêter nos 4 centres de formation en septembre 2020, le service bâtiments et installations classées, autant de prestations que nous faisions et qui étaient déficitaires, et nous avons décidé la réorganisation du service communication. Nous avons pris ces décisions en connaissance de cause. Notre ambition est de renforcer la formation des agriculteurs et des porteurs de projet en phase d'installation.

Lors de la précédente mandature j'entendais déjà qu'en Bretagne avec l'ensemble des acteurs présents il y avait trop de monde ! Il restait des places vacantes dans les formations en privé, en public, comme dans les maisons familiales. Autre constat, nos fermes supports pédagogiques étaient vieillissantes et il nous fallait entrer dans une logique d'investissement si l'on voulait poursuivre la formation. Or nous n'étions plus en situation d'investir. J'ajoute que sur un plan national la région Bretagne était la seule où les chambres proposaient ce type de formation. Les formations, les services, ne disparaîtront pas. Ils vont continuer avec d'autres acteurs, et dans le sens où la profession le souhaitera. Car chaque centre de formation a un conseil d'administration. Ce sera à la profession de s'y investir pour que les formations soient à la mesure de ce qu'on en attend. Mais on ne peut plus tous faire la même chose, sur un même territoire.

 

Ces décisions vont avoir des conséquences sur un plan social.

A.S. Effectivement. Nous estimons le nombre de licenciements à 62. Dans le même temps nous proposerons des reclassements pour 40 postes au sein des chambres d'agriculture. Toutes les propositions de reclassement n'aboutiront sans doute pas, mais on a le droit de penser que l'on y arrivera sur un certain nombre de cas. Compte tenu de ces éléments, le budget 2020 apparaît toujours négatif, à -1,7 M€ mais dès 2021 le prévisionnel redevient positif à +1,2 M€.

 

Quel projet demain pour les chambres d'agriculture ?

A.S. Avant de parler développement, il faut être sur des bases claires et solides. Les élus ont défendu l'utilité des chambres d'agriculture et justifié le maintien de la ressource notamment l'abandon du projet de baisse de 15 % de l'impôt. En contrepartie les élus ont acté la nécessité de se réformer notamment face à la baisse du nombre d'exploitations. Un contrat d'objectif va être signé avec l'État. On demande aux chambres d'agriculture d'intervenir sur l'accompagnement des exploitations. Si les chambres sont compétitives et pertinentes, elles continueront d'être présentes et l'on peut imaginer qu'il y aura encore des embauches demain dans les chambres. Même s'il y aura un passage compliqué sur un plan social, nous allons sortir de l'ornière.

 

C'est évidemment une période difficile pour les chambres d'agriculture.

A.S. On ne peut pas tout le temps être avec des résultats financiers déficitaires, ce n'est pas possible ! Il fallait passer par cette phase de décision. Décider, agir, retrouver les équilibres, et lancer le projet de mandature. Nous continuons à travailler avec les instances représentatives du personnel sur les conséquences sociales, définir un accord sur la procédure de reclassement et de licenciement, et les mesures d'accompagnement social. Ce que l'on décide là doit être salutaire. Pour l'ensemble des équipes il n'y aurait pire situation que d'être en situation difficile et de n'avoir ni stratégie ni décision prise. Nous allons passer ce cap difficile, redynamiser les choses et développer une stratégie pour accompagner l'agriculture.

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