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La profession agricole renforce son engagement sur les phytos

Écophyto, Écophyto II et donc dorénavant Écophyto II+. Avec ce nouveau plan, le gouvernement entend remuscler la politique de réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires, partant du constat que les résultats sont pour l'instant insuffisants. La chambre d'agriculture, elle, s'engage dans ce plan d'actions, à travers notamment des actions d'accompagnement individuel et collectif des agriculteurs.

Dans un groupe Dephy, animé par la chambre d'agriculture dans les Côtes d'Armor, partenariat gagnant-gagnant via ce rucher mis en place sur culture de sarrasin, permettant d'améliorer le rendement du sarrasin et de faire une récolte de miel de blé noir.
© GIE Élevages/ ADA Bretagne

Le plan Écophyto est né en 2008, suite au Grenelle de l’environnement et avait comme objectif phare, la réduction de moitié de l'usage des pesticides à l'horizon 2018. Dès le départ, la formulation est ambiguë car elle ne précise pas s'il s'agit de tonnage, de matière active, des produits les plus utilisés ou les moins utilisés ou les plus toxiques... Toujours est-il que l'atteinte des objectifs s'est révélée compliquée. Et en octobre 2015, constatant que l'objectif ne pourrait pas être réalisé en 2018, le plan Écophyto a fixé l'échéance à 2025. "Il faut reconnaître que les résultats n'y sont pas", souligne Michel Stoumboff, directeur de la Draaf, lors de la journée organisée le 11 décembre à la chambre d'agriculture à Rennes, pour présenter Écophyto II+, qui vise donc à donner une nouvelle impulsion à la réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires. Accélérer le retrait des substances les plus préoccupantes et accompagner la sortie du glyphosate, promouvoir la reconnaissance et la diffusion des produits de biocontrôle, renforcer la prévention de l’exposition de la population aux pesticides, soutenir l'innovation et la recherche, accompagner les agriculteurs dans la transition... Autant d'objectifs à atteindre, avec un échelon régional qui se voit renforcé. Les moyens d'action sont donc augmentés en accordant une attention particulière à la prise en compte des enjeux liés aux usages, risques et impacts des produits phytopharmaceutiques dans l'ensemble des stratégies et plans d'actions régionaux concernés.

Accompagner les agriculteurs dans la transition.

Des exemples initiés en Bretagne

En Bretagne, depuis dix ans, c'est la chambre d'agriculture qui anime et coordonne le dispositif, avec de nombreuses actions notamment à travers les groupes, le réseau Dephy, les groupes 30 000, les collectifs GIEE/ AEP, mais aussi des conseils individuels ou encore la recherche sur les stations expérimentales. À l'image de l'essai mené à Auray avec deux systèmes : "On a d'un côté un système de référence, représentatif des pratiques actuelles des maraîchers qui tient lieu de système "moyen", du Nord et de l'Ouest de la France. Et de l'autre côté, un système à très bas intrants phytosanitaires", explique Maët Le Lan. Et d'ajouter : "On sait baisser l'indicateur de fréquence de traitements phytosanitaires (IFT), mais on augmente le temps de travail et la pénibilité, donc on réfléchit à des solutions comme la robotique".

Autre exemple d'action réalisée, mais dans un autre domaine, le groupe 30 000 dans la Cuma Vallée du Lié (22), constitué de onze agriculteurs, tous en polyculture élevage. Ils ont choisi de travailler sur la maîtrise des adventices par la réussite des couverts, le développement du désherbage mécanique, et une meilleure connaissance des adventices. "Avec ce travail, les agriculteurs du groupe ont le sentiment de prendre de l'avance et de réunir les conditions techniques, psychologiques et économiques, dans le sens de la réduction de l'usage des produits phytosanitaires", témoigne Anaëlle Macquet, animatrice à la Fédération des Cuma Ille Armor.

 

Avoir une approche systémique

Outils de diagnostics des problématiques phytosanitaires, avec le Crodip, stratégie de plantes appâts pour leurrer les ravageurs du maïs développée par d'aucy, groupe Dephy qui favorise le lien entre agriculteurs et apiculteurs, ou encore un autre groupe Dephy, animé par Agrobio 35 sur la fertilité des sols en lien avec la santé des plantes... Autant d'exemples présentés et qui montrent que sur la question des produits phytosanitaires, l'agriculture est en action. "On pourrait comparer les groupes à des pionniers, et faire le parrallèle avec tout le travail que nous avons mené sur les antibiotiques. Ça ne s'est pas fait du jour au lendemain, mais on a reussi", défend André Sergent, président de la chambre d'agriculture de Bretagne.

Sur le territoire régional, les différents témoignages exposés lors de cette journée tendent à montrer que réduire nettement l'usage des pesticides est réalisable. Plus compliqué en revanche de se passer des herbicides. Pour Olivier Allain, vice-président de la région Bretagne, "le système polyculture élevage breton est une chance pour la réduction des produits phytosanitaires, à condition d'avoir une approche systémique".

Avec ce nouveau plan, une soixantaine de sous actions ont été déclinées. "Le problème, c'est que ces actions ne semblent pas efficaces au niveau des résultats. On fait collectivement énormément de choses et la population ne le voit pas. Il faut que l'on définisse quelques actions prioritaires et que l'on arrive à leur donner de la visibilité", conclut Michel Stoumboff. Avec quand même un paradoxe, la baisse du budget alloué à la communication par l'État dans Écophyto II+.

 

 

Témoignages

Freddy Faucheux, agriculteur en polyculture et élevage porcin à Erbrée (35) membre d'un groupe 30 000 et en MAEC monogastrique depuis 2016

 

phytos

"Pour atteindre mes objectifs et réduire l'utilisation de phyto, je combine plusieurs leviers : réduction des doses, choix de variétés résistantes, association de cultures, allongement des rotations... Je consacre maintenant une part importante de mon temps à la formation et l'échange afin de retrouver mon autonomie décisionnelle et faire évoluer mon système. On peut ensuite faire des essais chez soi. Soit on gagne, soit on apprend ! Là ou c'est encore difficile, c'est la réduction des herbicides. Mais nous ne sommes qu'au démarrage du groupe 30 000 et les possibilités de progrès sont encore importantes".

 

Christel Gégu, producteur de lait avec son épouse à Saint-Poix (53) et membre du groupe Dephy de l'Adage 35 depuis 2010

 

phytos

"Le pâturage est le moteur de notre ferme. Tout est construit autour de lui. Les stocks d'ensilage d'herbe, de foin et d'enrubannage sont réalisés en période de forte pousse et destinés à la période hivernale. Nous stockons aussi du maïs ensilage qui représente dorénavant moins de 18 % de la SFP, depuis que nous sommes engagés dans une MAEC. Privilégier le pâturage permet de limiter l'utilisation de concentrés et de maîtriser le coût fourrager. Les 8 hectares de maïs et 3 hectares de blé que nous cultivons présentent l'avantage de passer derrière prairie, d'où un moindre salissement et un faible recours aux produits phytosanitaires".

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