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"Nous demandons de la cohérence à nos partenaires !"

Après des jours heureux, la filière porcine vit une période économique et sanitaire délicate. Ces dernières semaines, des débats de fond sur la mise en marché des porcs, la représentativité des élus et l'application au 1er janvier de la fin de la castration à vif sont venus perturber le calme apparent d'une filière qui avait retrouvée des couleurs avec un prix au plus haut depuis plus d'une décennie. François Valy, président de la FNP décrypte les enjeux pour cette fin d'année.

François Valy, président de la fédération nationale porcine.

La conjoncture porcine vous inquiète-t-elle en cette fin d'année ?
François Valy.
Cette période hivernale (décembre-janvier) est souvent délicate pour la filière porcine. Le prix affiché au MPB est de 1,21 euro. Le prix est descendu très vite. Nous l'expliquons par la poussée de la FPA, notamment en Allemagne, et la crise du Covid-19. Un faisceau d'indices concordants nous oblige à une grande vigilance sur la progression du prix français dans les mois à venir. Nous sommes relativement inquiets par le contexte économique et sanitaire qui nous entoure. La situation allemande est peu réjouissante avec un prix qui passe sous la barrière des 1 €/kg, un stock estimé d'un million de porcs en fin d'année et l'abattage des coches qui aurait progressé de 25 à 30 %. Dans le même temps, les éleveurs du Nord de la France qui exportaient en Belgique et en Allemagne se sont vu fermer des marchés. Près de 400 000 porcs reviennent donc sur le marché intérieur. À noter également le ralentissement cyclique des exports vers la Chine, qui ne repartiront qu'au printemps. Une conjoncture difficile qui se couple avec une hausse importante des matières premières (soja, maïs, blé) qui mettront le prix de l'aliment en tension et auront un impact très significatif sur les fermes. Enfin, la non-ouverture des stations de ski, liée au confinement français, interroge les salaisonniers, qui estime que la baisse de consommation de charcuterie impactera les débouchés. Malgré ces nouvelles préoccupantes, je rappelle que le prix français a tenu bon grâce à la démarche du "porc français" et du "manger français". Les contrats signés sous le label né, élevé, abattu et transformé en France permettent un maintien minimal du prix.

Dans ce contexte, qu'attendez-vous des négociations commerciales actuelles ?
F. V.
Lors des négociations commerciales, la tendance pourrait être grande de faire des contrats à bas prix avec des cochons européens. Nous demandons de la cohérence à nos partenaires ! Les industriels français de la transformation ne peuvent pas accélerer les importations lorsque le prix est bas à l'étranger. La stratégie doit être celle de la filière porcine française et pas une succession de choix opportunistes. Par ailleurs, je rappelle que le porc de qualité française, avec ses nombreuses normes, est reconnu dans le monde entier. Ainsi, le prix ne doit pas descendre sous excuse que le porc allemand est touché par la FPA. À ce jour, le territoire français est exempt de la maladie, il ne doit n'y avoir aucun impact sur le prix.

La représentativité du MPB continue d'inquiéter vos partenaires qui le remettent en question. Qu'en pensez-vous ?
F. V.
À ce jour, personne ne propose de meilleures options ! Détruire le MPB, d'accord... mais pour le remplacer par quoi ? Si c'est pour que chaque groupement, chaque abattoir, pratique des "prix maison", déconnectés du marché et où les fermes les plus éloignées qui ne remplissent pas un camion entier soient pénalisées, c'est non ! Critiquer le MPB c'est tirer sur une ambulance. J'ajoute que les abattoirs qui critiquent sont les mêmes qui viennent peu ou pas acheter au MPB. Je reconnais que le marché de Plérin manque de proportionnalité au vu d'une mise en marché des porcs très déséquilibrée entre les groupements mais la dissolution du marché ne ferait qu'accélérer les distorsions.

Réglementairement, la castration à vif ne sera plus possible à partir du 1er janvier. Ou en êtes-vous dans la préparation de son application ?
F. V.
Les auditions des responsables de l'amont et de l'aval sont en cours. Pour le moment, rien n'est acté mais plusieurs pistes sont à l'étude. En tant qu'éleveur, c'est le bon moment pour faire évoluer nos pratiques et gagner au niveau économique. Nous devons produire ce que le marché demande. Le problème initial du mâle entier, qui est l'odeur, aujourd'hui se maîtrise. Nous devons encore trouver des solutions pour l'élaboration de certains produits qui requièrent plus de gras (produit sec). Ainsi, pour certaines filières de qualité (labels, bio...) les porcs devront toujours être castrés. Cependant, pour nous, il est essentiel que cette pratique de la castration ne soit pas une charge supplémentaire pour les éleveurs. Les industriels qui souhaiteront du mâle castré devront le rémunérer... L'autre question qui reste en suspend est le choix des produits pharmaceutiques permettant l'anesthésie et notre capacité à nous les procurer.

Dans un communiqué, suite à l'élection du président de l'interprofession Inaporc, la Cooperl s'indigne de la reconduction de Guillaume Roué et intente une action en justice. Quelle est votre réaction ?
F. V.
La présidence d'Inaporc se veut tournante entre l'amont et l'aval. Lors de l'élection, l'aval n'avait pu s'entendre sur la personne proposée par la Cooperl et a décidé de reproposer Guillaume Roué à la présidence. Le vote l'a très largement conforté dans son poste. Pour moi, c'est un non-sujet, c'est à eux de s'organiser pour trouver une personne qui réponde à leurs attentes. Je souligne simplement que la Cooperl, une fois de plus, ne joue pas son rôle de leader et que personne ne sort grandi de cette action. Si la Cooperl persiste, ça sera autant de moyens en moins pour l'interprofession pour continuer à défendre les intérêts communs de la filière.

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