Terra 21 février 2019 à 11h00 | Par Claire Le Clève

18 h d’astreinte par génisse élevée

Attention, risque de dérapage. Élever plus de génisses que de besoins en renouvellement a un coût ; 30 euros/1 000 l d’écart,18 h d’astreinte pour élever chacune d’elles, mobilisation de stock, de bâtiment… Est-ce bien utile ? Ils étaient une dizaine à étudier de près la question, fin janvier à Plouay.

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Élever une génisse coûte entre 1 200 et 1 500 euros, mobilise du stock, des besoins en bâtiment et représente 18 h d’astreinte.
Élever une génisse coûte entre 1 200 et 1 500 euros, mobilise du stock, des besoins en bâtiment et représente 18 h d’astreinte. - © CLC

 


Installé depuis 1988, en production laitière, Patrick Mentec l’a abandonnée pour se consacrer, depuis 2014 à faire grandir, pour quatre naisseurs, 120 génisses. "J’en ai élevé 750 depuis cinq ans sur un système très pâturant avec des objectifs de croissance : 200 kg à 6 mois, et des vêlages entre 24 et 28 mois maximum, suivant le gabarit", situe-t-il de ses indicateurs. A sa disposition, 50 ha d’herbe, sous forme pâturée, d’enrubannage ou de foin, dont 30 ha accessibles (MAEC depuis 2015). Il cultive également 50 ha avec du blé, colza, dont 6 ha de maïs pour l’ensilage. Une conduite qu’il a détaillée, mobilisant l’intérêt d’une dizaine d’éleveurs. Ils ont constitué un groupe sur cette problématique génisses, l’après midi du 21 janvier dernier, avec la chambre d’agriculture. "On assiste à un dérapage dans les élevages avec une très forte évolution du nombre de génisses en Bretagne. Les éleveurs s’interrogent et à raison", situe Pascale Guillermic, conseillère lait à l’antenne d’Hennebont, accompagnée de son homologue du Finistère, Pascale Morin.

Choisir une stratégie

Car avec les semences sexées, les petites génisses ont fait florès dans les élevages laitiers. Avec des marchés exports plus restreints (notamment vers les pays du Maghreb commençant tout juste à se ré-ouvrir ), elles restent en nombre, voire surnombre, dans les élevages bretons… "On a assisté à un peu de relâchement et de dérapage sur le suivi technique. Des âges de vêlage plus tardifs, etc...Les éleveurs veulent des repères techniques", notent les conseillères. Car élever des génisses pour le renouvellement coûte : moins de 1 200 euros pour le quart le plus économe du réseau d’élevage lait et plus de 1 500 pour le quart le plus dépensier. "Il y a 30 euros/1000 l de lait d’écart entre les élevages qui réforment près du tiers de leurs vaches tous les ans, et ceux qui ne réforment que 20 %". Or, "le taux de réforme obligatoire dans ce type de troupeau n’est que de 18 %". Une trésorerie mobilisée de manière insidieuse. "C’est nécessaire de poser sa stratégie de renouvellement pour ne pas se laisser déborder. On peut déléguer l’élevage, ou bien élever juste ce qu’il faut et avoir du croisement "industriel", ou élever ses génisses aussi pour en vendre, à chacun de voir", détaille Pascale Guillermic. Reste que pour élever une génisse, il faut lui consacrer 18 h. "Pour 70 vaches laitières, si le taux de réforme est du tiers, ce sont 50 journées de 8 h consacrées à cela, contre 30, pour 20 % de renouvellement". De quoi réfléchir sur ce à quoi consacrer du temps, ou pas.

 

Claire Le Clève

 

 

 

Pour les fourrages utilisés pour l'alimentation hivernale, les analyses sont un indicateur qui va de pair avec le suivi des croissances par pesée ou barymétrie
Pour les fourrages utilisés pour l'alimentation hivernale, les analyses sont un indicateur qui va de pair avec le suivi des croissances par pesée ou barymétrie - © CLC

Avec quelle alimentation

Le maïs ensilage est possible pour les petites génisses, à condition d’être attentif à le rationner. Cela veut dire qu'il faut mesurer combien on donne, avoir des repères, notamment des temps de consommation.

Pour réduire le temps de travail, on peut distribuer trois fois par semaine le maïs, à condition de bien mettre à disposition, de la paille à volonté, ce à performance zootechniques identiques.

Pour tout ce qui est enrubanné et ensilage d'herbe, face à la variation de la qualité de stock : être attentif au taux de MS (plus c'est humide, plus c'est encombrant et moins les génisses arrivent à couvrir leurs besoins). Il y a alors nécessité de complémenter en concentré.

Le mélange céréales-protéagineux est intéressant au niveau agronomique (rotations, structuration du sol, …) , mais très délicat à utiliser pour les génisses en raison de valeur très variable, difficile à appréhender. Besoin d'un suivi rapproché par pesées pour bien ajuster la correction de ce fourrage.
Globalement, pour les fourrages utilisés pour l'alimentation hivernale, les analyses sont un indicateur qui va de pair avec le suivi des croissances par pesée ou barymétrie).
Pour les plus jeunes, il peut être plus confortable de sécuriser les rations avec des fourrages moins variables en valeur alimentaire (telle que la paille, l'ensilage de maïs)
Bien retenir que si on dispose de stocks de moins bonne qualité, on les donnera plutôt aux grandes génisses confirmées pleines, pour assurer de bonnes croissances sur les plus petites.
Il est importance de trouver le compromis qui va bien à l'éleveur entre conditions et temps de travail, coût alimentaire, croissances des génisses et conditions d'alimentation (places à l'auge et bâtiment).

Pascale Morin/ conseillère lait/ chambre d’agriculture

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