Terra 28 août 2018 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Affaire Synutra : "l’absence de communication de Sodiaal fait des dégâts"

"On en est là. On ne sait rien et pendant ce temps, on laisse la rumeur courir et l’inquiétude enfler", se désole Marie-Andrée Luherne, présidente de le la section laitière de la FRESA. Au lendemain des révélations faites par la presse sur Synutra, elle réagit au sujet du projet de rachat par Sodiaal et des saisies conservatoire qui auraient été réalisées. Elle ne mâche pas ses mots, réclame la transparence, au plus vite.

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Marie-Andrée Luherne réclame d’urgence la transparence 
de Sodiaal et dénonçe "la chape de plomb" qui pèse sur l’affaire Synutra et une politique de communication délétère de la coopérative Sodiaal.
Marie-Andrée Luherne réclame d’urgence la transparence de Sodiaal et dénonçe "la chape de plomb" qui pèse sur l’affaire Synutra et une politique de communication délétère de la coopérative Sodiaal. - © Terra

"Nous avons interrogé Sodiaal qui n’a jamais voulu répondre. Des sociétaires l’ont également fait sur la relation avec Synutra, lors de l’assemblée générale en juin dernier où il leur a été rétorqué que ce n’était ni l’endroit, ni le moment pour répondre à ces questions", constate Marie-Andrée Luherne. "Nous producteurs de lait, nous sommes les principaux concernés tout de même !", s’insurge-t-elle. Il n’est donc pas surprenant de retrouver la même indignation et le même ton dans le communiqué de presse de la section laitière de la FRSEA Ouest paru le 24 août dernier. "Que nous apprenions par voie de presse les difficultés de Synutra n’est pas normal". Et Marie-Andrée Luherne de poursuivre : "les administratifs rétorquent qu’ils ne comprennent pas les interrogations des producteurs et qu’ils ne peuvent répondre au motif qu’une action judiciaire est en cours. En gros, c’est tu la fermes, cela ne te regardes pas !", s’offusque-t-elle à l’encontre de la communication menée par le groupe coopératif Sodiaal.

 

"Tous les producteurs de l'Ouest s'inquiètent"

Et de fustiger cette posture jugée délétère car au final, la crainte de la présidente de la FRSEA Ouest est de voir "une fois encore les producteurs en faire les frais", poursuivant "d’un côté, on a Lactalis, premier privé, plombé par une histoire de salmonelles. De l’autre, Sodiaal a fait ce binôme avec Synutra, partenaire chinois. Il en va de même avec la coopérative normande les Maîtres Laitiers du Cotentin (lire encadré). Tous les producteurs de lait s’inquiètent. Qui dit que ça n’impactera pas le prix payé", redoute-t-elle. Et de noter "qu’avec Lactalis, il n’y a pas eu de fixation du prix avec l’OP, Lactalis a décrété un prix, le médiateur va devoir intervenir. On paye l’effet salmonelles. Sodiaal s’est pris un boulet avec l’émission Cash Investigation et voilà qu’un deuxième boulet tombe. Ce sont les deux grands leaders qui fixent le prix du lait en France. S’il y a des difficultés à payer, ça va forcement se répercuter sur les producteurs. Et ça, c’est hors de question", affirme la responsable syndicale qui dénonçe également la stratégie déployée par la Chine en Nouvelle-Zélande, en Afrique… "Ils sont venus chercher notre savoir-faire et ils repartent avec", pointe-t-elle, amère, avant d’enchaîner "le directeur de Synutra est l’ancien directeur d’Entremont, quand on sait comment ça a fini. On prend les mêmes et on recommence !", dénonce-t-elle.

 

"On attend une explication rapide"

"Tout le monde a monté ses tours de séchage. Elles ont poussé un peu partout et tous se concurrencent les uns les autres plutôt qu’agir groupé pour conquérir des marchés… Il y en a assez. On nous cantonne à un lait apte à toute consommation, de qualité mais sans AOP, sans IGP. On a tenté le lait de pâturage, personne ne veut mettre le logo. On nous confine dans ce schéma !" reproche-t-elle, pointant une stratégie laitière dont pâtiraient les producteurs de l’Ouest de la France. "Je trouve anormal que les coopérateurs ne soient pas informés", dit-elle en constatant "la véritable chape de plomb qui s’est abattue. Je sais pertinemment qu’on ne peut tout savoir mais est-il normal de laisser enfler comme cela la rumeur ? La perte de confiance dans nos coopératives, c’est grave. Ils ne mesurent pas les dégâts que ça occasionne dans les campagnes. A chaque fois, il y a des producteurs qui lâchent le lait", s'inquiète encore Marie-Andrée Luherne. Avec la FRSEA Ouest, elle appelle de ses vœux la transparence sur l’affaire Synutra, "elle passe au minimum par une meilleure communication vers les sociétaires, les producteurs sont en droit d’avoir des réponses et des explications".

 

 


Pascal Nizan, administrateur Sodiaal et président de la zone Bretagne Ouest (ici lors d'une rencontre administrateurs-producteurs) appelle à relativiser. "Les producteurs de lait sont payés et le lait que Sodiaal livre chez Synutra représente moins de 5 % de notre collecte".
Pascal Nizan, administrateur Sodiaal et président de la zone Bretagne Ouest (ici lors d'une rencontre administrateurs-producteurs) appelle à relativiser. "Les producteurs de lait sont payés et le lait que Sodiaal livre chez Synutra représente moins de 5 % de notre collecte". - © Terra

"Pour entrer sur le marché chinois, il faut des partenaires chinois"

"Pour l’instant, je n’ai pas beaucoup de réponses de Synutra à des problèmes de Synutra !", explique Pascal Nizan, administrateur Sodiaal, président de la région Bretagne Ouest. Il dit ne pas détenir "plus d’infos que cela. Nous travaillons avec Synutra et nous voulons maintenir notre relation de partenariat avec Synutra", résumait-il à la veille d’un bureau qui devait réunir mercredi dernier les administrateurs de la première coopérative française et apporter quelques réponses aux rumeurs sur les transactions en cours entre les deux partenaires. Quant à répondre à l’inquiétude des producteurs qui redoutent la spirale infernale et la baisse des prix suite aux dettes fournisseurs impayées dont serait victime la première coopérative française ? "Aujourd’hui, les producteurs de lait sont payés", rétorque Pascal Nizan soulignant que "le lait que Sodiaal livre chez Synutra représente moins de 5 % de la collecte de Sodiaal. Il faut relativiser", invite-t-il en corrélant la polémique autour de Synutra au contexte des prochaines élections aux chambres d'agriculture et à une "surenchère syndicale'. L'administrateur Sodiaal demande ainsi "à chacun de travailler dans son domaine, de rester à sa place". "Le problème de Synutra n’est pas celui de Sodiaal. Cela reste une relation de partenariat et nous devons faire en sorte que cela perdure dans le temps" insiste-t-il en résumant son analyse : "Synutra est un partenaire présent sur le marché chinois. Pour entrer sur le marché chinois, il faut des partenaires chinois. Tout est mis en œuvre pour garder les meilleures relations possibles avec notre partenaire".

 


Maîtres laitiers du Cotentin : l'usine à l'arrêt depuis un mois

L’usine de la coopérative des Maîtres Laitiers du Cotentin (MLC) située à Méautis, près de Carentan dans la Manche, fabriquant des briquettes de lait pour la Chine, est à l’arrêt depuis un mois. Une décision expliquée par un changement de recette de la part de Synutra, son unique client. La date de reprise n'est pas encore fixée. "Notre client a formulé une nouvelle demande, ce qui nous oblige à modifier recette et ingrédients mais aussi à intervenir sur la chaîne de fabrication", précise- t-on du côté des Maîtres Laitiers du Cotentin. Cette modification de produit est "liée aux exigences du marché chinois", indique Guillaume Fortin, directeur général de la coopérative.. "On doit s’adapter pour le satisfaire en changeant notre processus de fabrication afin d’être en phase. C’est une question de temps pour répondre aux normes spécifiques demandées par l’Etat chinois". L'arrêt de la production  de lait vers la Chine n'a pour le moment pas d'impact sur la collecte.  / Sandrine Bossière – Agriculteur Normand

Sodiaal en chiffres

Sodiaal, première coopérative laitière de France, 3e en Europe a collecté en 2017 4,7 milliards de litres de lait dans 71 départements français auprès de 11 764 producteurs coopérateurs. Elle est à la tête de 70 sites industriels avec 9 100 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires de 5,1 milliards d’euros avec ses marques phares que sont Candia, Yoplait, Entremont, Cœur de Lion, Régilait, Richesmonts...

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